An Helvetiens Volk. Œuvres, éd. Seyfîarth, t. X, p
2, IbicL, pp. 279-281.
RÉVOLUTIOiN HELVÉTIQUE, STANZ (1798-1799). 131
furent massacrés, le bourg de Stanz fut en grande partie brûlé. Le rapport officiel du ministre de l'intérieur Rengger évalue le nombre des morts, du côté des Nidwaldais, à 386 (259 hommes, 102 femmes et 25 enfants), et celui des maisons incendiées à 340.
Le lendemain même du jour de la prise de Stanz, Pestalozzi écrivait pour le Helvetisches Volksblatt un article où, tout en déplorant le sang versé et en exprimant sa pitié pour les victimes de la guerre, il affirmait de nouveau avec énergie que le peuple du Nidwald avait mérité son sort :
La corruption morale et politique a dû être bien profondément enracinée dans la masse de ce peuple , pour que l'odieux agent des prêtres, le capucin Paul, ait réussi à lui faire rejeter avec mépris, au nom d'un Dieu de charité, toute charité et toute conciliation; pour qu'il ait pu l'acheter ainsi à prix d'or et l'amener, par la violation de toules les règles du droit politique et du droit de la guerre, par l'oubli de tout sens moral, à exaspérer contre lui l'ennemi au degré où. il l'a exaspéré *.
Nous avons tenu à donner ces citations caractéristiques; la plupart des biographes de Pestalozzi, animés de sentiments hostiles à la révolution helvétique, ont gardé sur ce sujet un silence qui peut donner à leurs lecteurs une idée absolument fausse de la manière dont Pestalozzi appréciait les événements du Nidwald 2. On voit qu'il se place résolument du côté
1. Cet article est ainsi daté: Montag, den -10. Herbstmonat, am Morgèn. OEuvres, éd. Seyffarth, t. X, p. 307.
2. M. Morf et le Dr Hunziker sont les seuls,, croyons-nous, qui aient parlé avec impartialité du rôle joué par Pestalozzi dans la révolution helvétique. Môrikofer {Die schweizerische Literatur des 18. Jahrhunderts, pp. 430 et 431) condamne en ces termes l'attitude de Pestalozzi en 1798 : « A l'époque de la honteuse révolution {schmachvolle Révolution) de la Suisse, Pestalozzi, dans
de la révolution et de la France; sans se laisser égarer par de fausses apparences, il dénonce les fauteurs de troubles comme les agents payés de l'Autriche, comme des traîtres à la patrie.
Quelques semaines après les événements du Nidwald, le gouvernement helvétique transféra son siège d'Aarau à Lucerne (octobre), et Pestalozzi l'y suivit. Ce fut alors que se produisit l'idée de créer à Stanz un asile pour les orphelins que la guerre avait privés de leurs parents. On ne sait pas au juste si c'est au ministre Stapfer ou au directeur Legrand qu'il faut en faire remonter l'initiative. Quoi qu'il en soit, le 18 novembre 1798, un arrêté du Directoire helvétique décida la fondation de cet institut, et chargea les ministres Stapfer et Rengger de présenter un plan d'organisation et de proposer un directeur pour l'établissement à créer. Rengger s'adressa à deux fonctionnaires qu'il avait délégués dans le Xidwald, Truttmann, sous-préfet d'Arth, et Meyer, et leur demanda de lui désigner « deux époux à qui la direction de l'orphelinat put être confiée )). Les délégués cherchèrent en vain; le 30 novembre, ils répondirent qu'ils n'avaient trouvé personne; ils ajoutaient que, « vu les dispositions du peuple, ils conseillaient de ne" choisir qu'un catholique l ». Sans s'arrêter à cette sage recommandation, Stapfer et Legrand proposèrent à Pestalozzi
sa croyance exaltée à la noblesse de la nature humaine et aux droits de l'homme, s'écarta si fort du chemin du droit et d'une sage politique, qu'il se laissa aller à se faire le porte-paroles de la révolution dans une série de petits écrits... Xous n'avons pu passer sous silence cette triste page de la vie de Pestalozzi (dièses dunkle Blatt aus PestalozzVs Leben)\ nous avons dû montrera quel point il avait pu méconnaître les principes de liberté et d'indépendance nationale. » 1. Morf, 1, pp. Ki.j-lGti.
d'aller à Stanz. Celui-ci avait espéré jusqu'alors voir s'ouvrir bientôt l'institut d'éducation dont le Directoire avait déjà agréé le plan; il désirait l'installer en pays protestant, et, si possible, à Neuhof même. Néanmoins, renonçant aussitôt à ses projets personnels, il accepta sans hésiter la proposition qui lui était faite. « L'ardent désir de réaliser enfin le grand rêve de ma vie m'eût fait consentir à tenter mon essai sur les plus hautes Alpes, sans feu ni eau, si j'ose ainsi parler, pourvu qu'on me permît d'essayer enfin 1 . »
Un arrêté du Directoire helvétique du 5 décembre remit « au citoyen Pestalozzi la direction immédiate de l'orphelinat de Stanz » , et arrêta les détails du plan d'organisation; il affecta à cet établissement une partie des bâtiments extérieurs du couvent des Glarisses 2, et ordonna au ministre de l'intérieur de mettre une somme de 6000 francs à la disposition du comité administratif, composé de Pestalozzi, de Truttmann, et de Businger, curé de Stanz 3.
La nomination de Pestalozzi, les historiens sont unanimes à le reconnaître, fut une faute du Directoire. Les conditions où l'auteur de Léonard et Gertriide allait tenter son expérience pédagogique étaient les plus défavorables qui se pussent imaginer. La population ignorante et fanatique du Nidwald, encore toute frémissante des émotions de la lutte où elle avait succombé, devait voir d'un œil hostile l'envoyé du gouvernement helvétique, quelles que fussent la droiture de ses intentions et la largeur de sa charité .
1. Pestalozzi und seine Anstalt in Stanz (Wochenschrift fur Menschenbtldung, 2e éd., p. 100).
2. C'est par erreur que Pestalozzi (ibid., p. 100) appelle ce couvent le « couvent des Ursidines ».