‹ PestalozziChapitre 66 sur 201 · Morf, I, p · texte numérisé non relu

Morf, I, p

jour et nuit avec une ardeur incroyable. Il y a 62 enfants travaillant et mangeant dans la maison; mais 50 seulement peuvent y coucher, faute d'un nombre suffisant de lits. C'est chose merveilleuse de voir ce que fait cet excellent homme, et les progrès déjà accomplis en si peu de temps par les élèves, qui sont pleins du désir d'apprendre l. »

C'est à ce moment que, de son côté, dans la joie de son œuvre commencée, Pestalozzi écrit à son amie, la citoyenne Hallwyl, à Halhuyl, une lettre qu'il faut reproduire ici, — cri de triomphe et de reconnaissance s' échappant d'un cœur longtemps ulcéré :

Chère et bonne amie , cela marche, cela marche et tout va bien! J'efface la honte de ma vie; la vertu de ma jeunesse est renouvelée. Comme un homme qui, enfoncé des journées entières jusqu'au cou dans le bourbier, voit la mort s'approcher et l'accomplissement du plus pressant voyage rendu impossible, ainsi j'ai vécu des années, de longues années dans le désespoir et la rage de mon indicible misère. J'aurais voulu cracher au visage de ce monde qui m'entourait et contemplait mon impuissance. A quoi pouvais-je me cramponner pour me sauver? Mais maintenant me voilà tiré de ma fange; je vois et je sens ma destinée redevenue l'égale de celle des autres nommes; je suis de nouveau un homme, et c'est un bonheur pour moi que de me réconcilier avec mes semblables, même avec ceux qui ne se lassaient pas d'amener de l'eau dans le fossé de ma misère.

Brisez la coupe de ma misère, et buvez dans un verre d'homme à ma délivrance, à mon œuvre et à ma guérison! Adieu. Venez me voir. Adieu 2.

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