Morf, I, pp. 1G
Puis il y avait la question religieuse : Pestalozzi n'était pas, sans doute, de ceux « qui tournent en ridicule le chapelet et le livre de prières des pauvres gens 1 », mais ce n'en était pas moins un ce hérétique », et, comme l'avaient écrit Truttmann et Meyer, il eût fallu un ce catholique ». Enfin, on sait tout ce qui manquait au solitaire de Neuhof, au point de vue des avantages extérieurs, pour conquérir l'autorité nécessaire et faire respecter sa personne. Mais Pestalozzi, nous venons de le dire, était décidé à ne reculer devant aucun obstacle. Plein d'ardeur et d'espoir, il quitta Lucerne pour Stanz le 7 décembre. Sa femme, qui était restée à Neuhof, se montrait inquiète; elle craignait qu'il n'échouât. Voici en quels termes il lui écrit pour la rassurer :
La question de savoir ce qui adviendra de ma destinée et de la vôtre ne peut plus rester longtemps douteuse. J'entreprends la réalisation de l'une des plus grandes idées de l'époque. Si ton mari n'a pas été méconnu, s'il mérite en effet le mépris et les rebuts qu'on lui a infligés, il n'y a pas de salut pour nous. Mais si j'ai été mal jugé, si je vaux ce que je crois valoir, tu peux attendre bientôt de moi secours et appui. Mais pour l'instant tais-toi, chacun de tes mots me perce le cœur. Je ne puis supporter ton éternelle incrédulité. Ainsi, écris-moi des paroles d'espérance. Tu as attendu trente ans : attends encore trois mois. Je n'ai pas encore ici d'enfants; on travaille aux réparations du bâtiment. Le gouvernement soutient l'entreprise avec sagesse et me montre de la bienveillance -.
Les premiers élèves entrèrent dans l'établissement le 14 janvier 1799 3. Déjà quatre semaines plus tard, Truttmann pouvait écrire au ministre Piengger : (( L'orphelinat va bien. Le père Pestalozzi travaille