‹ PestalozziChapitre 9 sur 201 · Môrikofer, ibid., p · texte numérisé non relu

Môrikofer, ibid., p

ENFANCE ET JEUNESSE DE PESTALOZZI. do

il ne me parla jamais d'amour... Un jour que je lui montrais un élégant assortiment de rubans, pour obtenir son approbation : « Gela est très beau, dit-il, mais aussi longtemps que votre pauvre voisine aura plus besoin d'un thaler que vous de ce ruban, vous pourrez donner à votre argent un meilleur emploi ». Je laissai là le ruban, je renonçai aux superfluités l.

Pestalozzi avait eu soin de parler à son amie, dans la lettre où il faisait l'aveu de son amour, de ses idées politiques et de ses projets d'avenir. Anna lui déclare qu'elle pense comme lui sur ce point :

Vous m'avez exposé ouvertement la façon dont vous vous proposez de servir la patrie. J'approuve tout cela. Ménalque et mon frère m'ont fait comprendre ces choses, j'y ai réfléchi, et cette manière de voir est devenue aussi la mienne. Aucun amoureux, avant vous, ne m'avait parlé ce langage; et qui sait si ce n'est pas là ce qui m'avait toujours empêchée d'arrêter mon choix 2?

La correspondance continua. Anna était touchée du sérieux du jeune homme et de la profondeur de ses sentiments; plus sensible à la beauté morale qu'aux avantages extérieurs et aux biens de la fortune, elle aima bientôt à son tour.

Tu aurais peu à remercier la nature, écrit-elle, si elle ne t'avait pas donné de grands yeux noirs, qui révèlent la bonté de ton cœur, l'étendue de ton esprit et toute ta sensibilité 3.

Au moment de demander à Anna Schulthess de lui engager définitivement sa foi, Pestalozzi se sentit pris d'un scrupule; il voulut loyalement éclairer celle qu'il aimait sur les défauts de son caractère, lui faire connaître

i. Môrikofer, Zùrcher Taschenbuch, 1859, p. 88*

Page 1