VI. INVENTAIRES DES COLLECTIONS IMPÉRIALES AU VITISSIECLE
Au début de cet examen des anciens inventaires, nous avons annoncé que nous nous abstiendrions de le poursuivre au delà du siècle qui suivit la mort de Bruegel. Nous ne relèverons donc point toutes les mentions contenues dans les catalogues et inventaires qui vont se multipliant depuis la fin du XVIIe siècle. On pourra en trouver un grand nombre dans les recueils d'anciens catalogues de ventes, depuis Hoet jusqu’à Mireur, sans compter les catalogues contemporains.
Nous faisons pourtant ici une exception en faveur des collections impériales d'Autriche, d’une part parce que nous savons combien leurs fondateurs avaient recherché les œuvres du maître, et d’autre part parce que, ayant les principales œuvres authentiques sous les yeux, les directeurs de ces collections étaient moins en danger de confondre les originaux avec les copies ou imitations, que les amateurs de pays où les points de comparaison certains manquaient, ou échappaient à l’examen, étant confondus parmi les imitations.
INVENTAIRES DU PALAIS DE PRAGUE. 1/10, 1/97, 1703 etl1782.
Rappelons que les Suédois, lors du pillage de 1648, ne laissèrent presque rien des trésors artistiques du Hradschin. Les collections que nous y trouvons au XVIIIe siècle, sont donc de formation nouvelle, et proviennent en grande partie d’envois faits de Vienne, ou d’autres résidences impériales.
L'histoire de ces collections nouvelles, pendant tout le cours du XVIIIe siècle, nous est particulièrement bien connue, grâce à une série très-complète de documents, publiés par M. Wendelin-Boeheim, dans le tome X du Yahrbuch der Kunstsammlungen des allerhüchsten Kaïserhauses, de Vienne. Parmi ceux-ci, le plus ancien inventaire est celui, assez sommaire, du 8 avril 1718. — Par contre, l'inventaire du 5 octobre 1737, établi par colonnes, indique méthodiquement la matière du support, la nature de l’encadrement, les dimensions (en aunes et pouces (r)), etc. Le même plan fut suivi dans les documents postérieurs analogues, tels que l'inventaire dressé le 20 octobre 1763, à la suite du transfert des objets auparavant conservés dans la «schatzkammer » ou « kunstkammer », dans une autre salle appelée « bildersaal ». Cette pièce, pour la désignation et l'attribution des œuvres d’art, ne s’écarte pas sensiblement de celles qu’on trouve dans l'inventaire de 1737, c'est pourquoi nous n’en reproduirons pas les termes. Il ne semble pas pourtant
(1) Nous ne sommes malheureusement pas parvenus à savoir quelles étaient les longueurs exactes de ces unités de mesure.
que les tableaux soient restés tous longtemps en paix dans leur nouvelle résidence, car en 1773, nous pouvons, malgré l'absence de désignation des peintres, en reconnaître plusieurs, dans un relevé sommaire des tableaux ornant la partie du palais habitée par le baron de Czesky (à moins qu’il ne faille conclure que la « bildersaal » faisait partie de cet appartement).
Enfin, à la suite d’un décret du 21 septembre 1781, l'administration du palais prit une mesure grave : celle d'éliminer un grand nombre d’objets de collection, de natures diverses : œuvres d’art, minéraux, machines et instruments, etc., plus ou moins détériorés, ou jugés de minime intérêt. L’inventaire qui en fut dressé le 3 janvier 1782, et dont les numéros et les rubriques sont empruntés à celui de 1763, contient de plus, dans une colonne spéciale, l'évaluation de chaque objet, ce qui semble indiquer qu’il s'agissait d’un projet de vente. Certains signes conventionnels marquent pourtant que des objets furent réclamés par d’autres institutions, mais ce ne fut le cas pour aucun des tableaux qui nous intéressent.
Dans cet arrêté d'expulsion se trouvent malheureusement comprises deux œuvres « originales » de « Alt-Brügel ». (x)
Un seul des tableaux qui sont cités dans ces divers inventaires. est connu de nos jours : c’est la Conversion de saint Paul, du Musée impérial de Vienne. (voir son histoire ci-dessus A. 12).
Bruegel est désigné sous la forme « alt Briegel » (1718) ou « alt Brügel » (1737 etss.) mais parfois le qualificatif est omis, de sorte qu’on ne sait s’il s’agit de lui, ou de Hans, son fils ; d’ailleurs il arrive que, même avec le qualificatif afé, il s'agisse d'œuvres de celui-ci (voir n° 113 de l'inventaire de 1718, et n° 537 de celui de 1737).
Par contre, les mentions suivantes semblent bien viser le Vieux Bruegel ; la première surtout mérite d'attirer notre attention :