JOUTE ENTRE CARNAVAL ET CARÊME
Copie par Peeter II :
Bruxelles, Coll. M. L. Joly : Bois, H. 42. — L. 70 cm.
Ce petit tableau, manifestement de la main de Peeter II, nous donne une autre version de l'épisode, que celle du grand tableau du Combat entre Carnaval et Carême, au Musée impérial de Vienne, à laquelle pourtant elle se rattache étroitement.
La composition est beaucoup plus naïve : rigoureusement symétrique. Carnaval et Carême sont chacun à cheval sur un tonneau, calé sur un chassis de bois monté sur roues. De part et d'autre le tonneau est poussé, et non tiré; de chaque côté le nombre des personnages est de six. On peut se demander si c’est bien une copie d’après Bruegel et non d’après un pastiche par un de ses imitateurs, ce que pourraient faire supposer certaines erreurs de dessin qui ne paraissent pas être le fait du copiste. D’autre parf certaines figures, par exemple celle de l'enfant masqué à dextre du premier plan, semblent bien trahir un original de Bruegel lui-même.
Si l'original était effectivement de celui-ci, il faudrait le placer très tôt dans sa carrière, non seulement avant la grande composition de 1550, à Vienne, mais même avant celle dont témoigne la gravure de Hoghenberg, éditée par Hier. Cock, et que nous ne connaissons que par la description de F. Müller : Beredencerde Beschrijving van Nederlandsche Historieplaten, Amsterdam 1863, t. I, p. 63, où déjà la composition est plus variée.
Les University Galleries, à Oxford, possèdent un dessin, de main inconnue, qui reproduit la moitié dextre de notre composition (côté Carnaval). — Ce dessin est probablement le même qui, vers 1810, faisait partie de la Collection Paignon-Dijonval (catal. n° 1210) :
«Un homme assis sur un tonneau défoncé, dans lequel on voit une femme faisant des gaufres; ils sont accompagnés d’autres personnages tenant des ustensiles de cuisine, dessin à la plume, lavé d’encre de Chine, sur papier blanc. L. 11 pouces sur 8 pouces. »
Comme cette collection fut achetée en bloc par S. Woodburn, dont la collection fut vendue à Londres en 1854, l'identité est probable
Nous avons signalé plusieurs autres cas de l'existence parallèle de grandes compositions synthétiques, et de tableaux ou gravures traitant l’un des épisodes de celles-ci. Citons, pour le Combat entre Carnaval et Carëme, outre le présent tableau, les Noces de Mopsus et Nisa, la Mascarade d'Ourson et Valentin, et rappelons à ce propos les trois tableaux de Wascarades, qui se trouvaient à Prague. — De même pour Le Vin de la Saint-Martin nous avons trouvé dans d’anciens catalogues la mention d’une petite composition de Saint Martin faisant la charité, quinous est peut-être conservée dans une peinture de Jan Brueghel à la Pinacothèque de Munich. Rappelons enfin le tableau perdu du Chevalier saint
Georges, jadis à Prague, en le rapprochant de la représentation du Combat de saint Georges contre le dragon, qui se voit au fond de la gravure de la Kermesse, dite de la Saint-Georges.
Voir notre reproduction.
VI” GRAVURES DONTAPASPECT