‹ Peter Brvegel l'ancien, son œuvre et son tempsChapitre 265 sur 273 · Repas de noces · texte numérisé non relu

Repas de noces

St Pétersbourg, Coll. de M. Semenoff.

Ce petit tableau très allongé en largeur, et ne comportant pour ainsi dire qu’un plan, est plus voisin du Repas de Noces gravé par P. Van der Borcht que de celui du Vieux Bruegel, à Vienne : la table, parallèle aux bords du tableau, en occupe presque toute la largeur.

DA. — La Fête des Rois (La Reine boit).

Bruxelles (Le Roy), Vente Auguste Coster, 4-6 Avril 1907. Bois, H. 28 cm. — L. 39 cm.

Ce tableautin, d’exécution rapide maïs assez riche de coloris, nous a paru voisin du tableau ci-dessus, de la collection Semenoff. C'est une femme qui a été désignée par la fève, car c’est elle qui porte la couronne, et qui boit selon le rite.

() 22. — Le Roi boit.

Nous n'avons vu de cette composition que des copies assez rudes, de la main, ou de l'atelier, de Peeter II Bruegel :

Amsterdam, Rijksmuseum, (prov. : coll. Hooghendijk à La Haye).

Lucques. Galerie du marchese Mansi.

Gand. Coll. M. le Professeur van Duyse.

(M. Pol de Mont nous en signale d’autres exemplaires, notamment à Utrecht).

L'original est, peut-être, le tableau qui appartient au comte Robert de Montesquiou, à Paris. Nous ne le connaissons que par une photographie insuffsamment détaillée, mais qui, en tous cas, prouve la supériorité de cet exemplaire d’une composition qui a évidemment eu du succès.

Sans oser nous prononcer de façon tout à fait catégorique, tant que nous n’aurons pas vu l'original, nous croyons reconnaître dans les types comme dans la composition, le style de Merten van Cleve.

La composition trahit limitation des œuvres de jeunesse du Vieux Bruegel.

On remarquera, tout à l’avant-plan, le même ustensile prosaïque que nous avons signalé dans les tableaux n°5 2 et 3.

Rappelons enfin qu’un texte prouve que le sujet : « Le Roi boit » a, en effet, été traité par Merten van Cleve (voir ci-dessous).

(2?) 28. — Le Massacre des Innocenis.

Original inconnu. (2) Copies par Peeter II Brueghel :

Anvers, Musée n° 832 (acquis en 1904 de l’antiquaire De Heuvel, à Bruxelles). Signé : P. BREVGHEL.

Bois, H. 73 cm — L. 104 cm.

Stockholm, Coll. de l'Université (legs de Mme Hélène Berg, née Bligh, à Heleneborg ; prov. : coll. Lüwenhielm ; coll. Huss). Bois, H. 74 cm — L. 106 cm.

Bruxelles (Le Roy). Vente Auguste Coster 4-6 Avril 1907. Bois, H. 72 cm — L. 104 cm.

Bruxelles (Fiévez). Vente 3 Avril 1907 :

Bois. H. 75 cm. — L. 105 cm.

Château de Beusdael (comte Jos. d'Oultremont-Warfusée). Aix-la-Chapelle, coll. M. Michiels-Ruben, Hôtel zum Kœnig von Spanien.

(x) Dans la galerie du marquis Mansi, ce tableau a pour pendant une copie réduite, de la main de Peeter II Brueghel d'après le Repas de noces, du Musée de Vienne. M. Emile Michel (Les Brueghel, Paris 1892, p. 18) cite, à tort, ces deux tableaux comme des originaux du Vieux

Bruegel.

(2) Il se pourrait que l'original fût le tableau du château de Beusdael, que nous n'avons

vu que rapidement, au cours d’une visite.

(Communication de M. Pol de Mont).

etc.

Ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, à propos du n° À 22, c’est bien à tort que cette composition est habituellement confondue avec celle plus grande, du Vieux Bruegel, au musée de Vienne. A titre de signalement, appelons l’atten. tion sur un détail : au tout premier plan, un peu à senestre, on voit un enfant mort, couché sur la neige, les bras en croix, et la tête vers le bord inférieur du tableau.

Faute de connaître l'original, nous ne pouvons tirer argument de l'exécution; la composition est voisine de celle du Vieux Bruegel au point d’avoir provoqué des confusions chez les auteurs qui en ont parlé de mémoire ; plusieurs motifs, tels que les supplications adressées au commandant, le paysan tenant un gros chien, les soldats défonçant les portes, etc. se trouvent. ici comme à Vienne. Cependant nous inclinons à croire que l'original de la présente composition est un pastiche par Merten van Cleve. Ce qui nous y porte surtout, c’est la structure de certaines figures, vrais corps d’outres, tels le paysan qui tient le chien, le soldat en cuirasse qui égorge un enfant, celui qui poursuit une femme, tous au centre du tableau. Ceux-ci rappellent fort d’autres personnages de Merten van Cleve, comme le paysan meurtrier du n° 1, et le paysan attablé qui coupe de la viande, du n° 2.

Les tableaux que nous avons groupés dans cette liste présentent, entre eux, à côté d’indéniables analogies de style, des différences de facture assez marquées. Celles-ci s'expliquent en partie par la rapidité de la production de Merten van Cleve. Il semble, en effet, avoir travaillé à bon marché, car pas plus que plus tard le fils aîné de Bruegel, il ne fit fortune, ainsi que nous l’apprend M. J. van den Branden. L'exécution plus ou moins lâchée ou serrée répond sans doute au prix qu’il attendait de sa peinture. Une autre explication nous est fournie par le fait qu’il employait, nous l'avons vu, de nombreux élèves. Ajoutons enfin que ses quatre fils, qui eux aussi devinrent peintres, peuvent avoir fait des tableaux dans le genre de leur père. Nous en trouvons la preuve au moins pour son fils Jooris, lequel, au témoignage de Carel van Mander était mort jeune, après avoir excellemment débuté dans la peinture de tableaux à petites figures. Le château du Hradschin, à Prague, contenait de lui, lors de l'inventaire de 1621, deux tableaux originaux : Ein nachtmascara vom Georgen Kleff (Zimm. n° 1126) — et Wie Christus dem Petro im schiff erscheint, vom Georgen von Kleff (Zimm. n° 1180). Le premier des deux sujets rentre tout à fait dans le genre de son père, de sorte que peut-être il y aura lieu plus tard de faire des distinctions parmi les peintures qui montrent le

style de celui-ci.

Quoi qu’il en soit, Merten van Cleve est celui des émules du Vieux Bruegel qui s'approche le plus de lui par la composition, et même par l'allure générale du dessin, de sorte que lorsqu'on ne connaît une œuvre perdue qu’à travers des copies par Peeter II Brueghel, il y a lieu de se méfier du danger de confusion.

Pour compléter ce que nous savons de Merten van Cleve, citons les sujets de ses œuvres tels que nous les trouvons dans d’anciens textes.

M. J. van den Branden a extrait de divers inventaires de mortuaires anversoises de 1574 à 1669, les mentions suivantes :

« Een Sint Fans predicatie, op paneel ; — Ses stucken schilderije, op panneel, olieverve,.… van de Tweelf Maenden des Faers ; — Voesterheer (voir ci-dessus 2 à 7?); — een stuck … lanck ende smal, zijnde de Historie van Susanna ; — Boer ende Boerinne; — een cleyn stucksken, daer de Castaene uyt het Vier worden gelangt; — Afbrekinge van *t Casteel deser stadt van Antwerpen; — een Coninckdrinck (cf. 21 ou 22); — eene Boerenbruyt, die slapen gaet ; — de vijf sinnen ; — een Sint Martensvier.… »

L'inventaire de Granvelle de 1607 ne mentionnait que l’« Assassin » identifié ci-dessus.

L’inventaire du château de Prague de 1621 cite, sous le nom de « Martin Kleff »: Ein Narr mit einer semmel in der hand (Zimm. n° 1119) — Ein ruina vom Colliseo (Zimm. n° 1143). Le codex 8196 citait de plus: Ein Kuchel, mais le manuscrit publié par M. H. Zimmermann corrige l'attribution et lui substitue le nom de Spranger. Enfin un appendice ajouté après-coup au codex 8196 et concernant sans doute des acquisitions plus récentes, mentionne encore (fol. 54 b.): Ein Panchet von Baltasar, von Martin de Klew.

L’inventaire de la mortuaire de P.-P. Rubens 1640, mentionne sous le n° 226 : Un bordel de Marten van Cleef.

Nous avons cité à propos du n°2, le passage de l'inventaire de l’archiduc Léopold-Guillaume, 1659, qui le concerne, et à propos du n° r, le passage des inventaires de Prague de 1718 et 1737. Ce dernier document cite de plus : Ein Bauernmahlseit, peint sur bois, cadre doré : H. 1 el 17 zoll. L. x el 20 zoll. (Cf. ce dernier sujet avec les n° 4 et 6).

Dans la spécification des tableaux trouvés dans la Schatzkammer de Vienne en 1747-48 : Ein Landschaft, worauf ein bauernkirchtag, von Martino Clev (le même tableau dans l'inventaire de la Weltliche Schatzkammer, 1750, est qualifié paysag de moyenne grandeur). :

Les sujets qu'annoncent ces titres s'accordent bien avec ceux des tableaux groupés par nous dans la liste qu’on vient de lire.

LES ÉMULES MALINOIS DE BRUEGEL

Peeter Baltens Custodis, et Merten van Cleve appartenaient, l’un et l’autre, au milieu artistique anversois, contemporain de Bruegel. — A Malines aussi, florissait vers cette époque, une école de peintres qui cultivaient les mêmes sujets empruntés à la vie des paysans, école d’où sortiront successivement Îles van Valkenborch, Vinckeboons, etc.

Malheureusement, comme on va le voir, l’histoire de l’école de Malines est encore loin d’être établie de façon satisfaisante. Nous y rencontrons plusieurs artistes homonymes, dont l’exacte situation chronologique et la filiation présentent de nombreuses et graves obscurités, malgré les recherches de M. Emm. Neeffs. Il en est ainsi notamment des familles Bol, van der Borcht et Verbeeck. On connait la Parabole des Aveugles gravée par Pieter Verheïjden, d’après une composition de Hans Bol. Si M. Hymans n’a point fait erreur en lisant la date 1551 sur l’un des exemplaires de cette gravure, il y aurait lieu de songer à l'oncle du célèbre paysagiste, (ce dernier, né en 1534, ne devint franc-maître, que le 10 février 1560). Dans ce cas, ce Hans Bol l'aîné pourrait être considéré comme

2 LARGE Mai à

un précurseur de Bruegel. Il serait donc intéressant de retrouver l’exemplaire daté de la gravure.

Nous nous bornerons à dire quelques mots de Péter van der Borcht et de Frans et Fan Verbeeck.

PIETER van DER BORCHT.

Nous ne connaissons avec certitude aucun fait biographique relatif à cet artiste, qui se révèle seulement à nous par la signature Pebyus van der Borcht que portent certaines gravures, jointe aux dates 1559 et 1560. Le fait qu'une de ces gravures représente une scène de patinage à Malines, nous fait supposer qu’il appartenait à la famille de peintres du même nom, établie en cette ville :

Un Jacques van der Borcht y reçoit un élève en janvier 1560, avant Pâques (1561 n. st.) En 1563, il est doyen du métier des peintres (1). En 1567-68, il reçoit de la ville de Malines un payement de 7 livres. Il fut père de Paulus et de Pieter, qui furent l’un et l’autre reçus bourgeois d’Anvers le x juillet 1597.

Paulus van der Borcht avait été inscrit au métier des peintres d'Anvers dès 1567 ; il y paya sa cotisation annuelle pour 1588-80, et fut doyen en 1593 et 1594.

Son frère Pieter (11?) van der Borcht commença par travailler à Malines, où il reçut en 1575-76, un payement de 30 sous pour les armoiries du pape, du roi, du cardinal de Granvelle, et de la Ville de Malines. Il ne devint franc-maître à Anvers qu’en 1580, paya sa cotisation en 1588-89, fut doyen du métier en 1591-92 et 1592-93. Ce personnage est manifestement identique à l'artiste que nous connaissons par de nombreuses gravures signées habituellement PE. V. BORCHT. (parfois des seules initiales P. B.) et datées de 1580, 1582, 1585, etc. Ces gravures représentent deux suites nombreuses de scènes de la Bible : 6x pl. de l'Ancien Testament et 39 pl. du Nouveau Testament (la dernière signée PETRUS. VAN DER BORCHT. 1585); — des sujets des Mélamorphoses d'Ovide ; — des scènes comiques de Singes ; etc.

Probablement il est identique aussi au peintre dont les tableaux sont cités dans les inventaires de Prague de 1621 (Zimm. : 1095, Le Déluge; 1177, L'Arche de Noë;, — le n° 1102 Loth et ses deux filles, lui était aussi attribué par le Codex 8196, mais le manuscrit corrigé, des Archives des Finances, le donne à Hieronimus Bosch) ; — dans l'inventaire de l’archiduc Léopold-Guillaume, 1659 (deux paysages de même grandeur : 3 Spann 1 Finger de haut, sur 3 Spann 9 Finger de large, représentant tous les deux des sites montagneux ; dans l’un un mendiant et une mendiante avec un enfant et un voyageur avec un enfant, assis sur un âne; dans l'autre, un berger avec son troupeau et un homme qui attache un sac sur le dos d’un âne); — dans l'inventaire de Vienne 1747-48 (deux paysages de « Van der Prück», sans prénom, dont l’un, petit, avec des personnages d'Ovide) ; — Enfin le Catalogue de la vente Klinkosch, Vienne 1889, mentionne sous son nom : un dessin à la plume, teinté d’aquarelle, représentant un paysage avec rivière et château-fort, signé, et daté de 1605.

Mais M. Alf. von Würzbach, à qui nous empruntons ce dernier renseignement, distingue ce peintre-dessinateur de celui de 1559-60, et cette distinction nous paraît fondée : celui-ci semble, d’après les dates, appartenir à une génération plus ancienne, et surtout il faut remarquer que l'aspect du groupe des gravures de 1559 et 1560 diffère considérablement de celles de 1580 et années suivantes. Dans ces dernières, les proportions des personnages sont allongées et les visages insigni-

(x) L. Neeffs, Histoire de la peinture et de la sculpture à Malines, t. 1. p.478.

fiants, tandis que les gravures de 1559-60, au contraire, nous font voir des figures aux jambes courtaudes, et aux têtes enfoncées dans les épaules, et des visages aux traits accentués de façon caricaturale : nez crochus, mâchoires proéminentes, etc.

Il est fort à souhaiter que de nouvelles recherches dans les archives de Malines projettent bientôt quelque lumière sur cette question. Quoi qu’il en soit, nous n'avons à nous occuper ici que de ce groupe de gravures que nous désignerons comme œuvres de Pieter 1er Van der Borcht. Voici celles que nous connaissons :

4. — Kermesse villageoise, datée de 1559, et éditée, à Anvers, par Bertholomæus de

Mompere, avec la légende :

« De droncharts verblijen hem in sulcken feeste Kijven en vichten en dronken drinchen als beestë Te heymissen de ghaenne tsiÿ mans oft vrouwen Daer ôme laet de boeren haer hermisse houwen. »

Voir notre reproduction.

C’est une kermesse synoptique comme celles de Bruegel, que publiait, sans doute vers la même époque, Hier. Cock. On peut supposer que c’est le succès de celles-ci qui incita Berth. de Mompere, le grand marchand d’art anversois, (francmaître depuis 1554), à demander des sujets semblables à P. van der, Borcht. Cependant, nous appelons l'attention sur ce point, que celui-ci ne fut pas un pasticheur des procédés de composition de Bruegel, comme le furent, par exemple, Peeter Baltens et Merten van Cleve. On remarquera qu'ici, comme dans les autres gravures du même auteur, la composition est traitée fort en largeur, avec séparation nette des premiers plans d'avec les arrière-plans. Le milieu de la composition est occupé par un groupe d'arbres, qui la coupe en deux, formant en quelque sorte deux compartiments. Or l’un et l’autre trait, qu’on ne rencontre point chez Bruegel, peuvent dériver de l’imitation de la grande kermesse synoptique, gravée par Hans Sebald Beham, et datée de 1535 sur le deuxième état. En effet, la Kermesse de Beham se déroule sous forme de frise, et est divisée au milieu par un arbre. Ainsi se pose le problème que voici : le groupe des paysanneries malinoises doit-il son origine à l’imitation de Bruegel? ou bien, remonte-t-il plus haut, à des ancêtres communs, au nombre desquels il y aurait lieu de ranger la gravure allemande ? ou bien encore, est-il issu d’un croisement d’influences ?

Voici d’ailleurs quelques autres caractéristiques des compositions de P. van der Borcht : personnages entassés les uns sur les autres; — recherche de mouvements très-animés (voir la danse); — incongruités variées étalées au tout premier plan. (1)

2. — Noce villageoise, signée FECIT PETRVS VAN DER BORCHT 1560. (D’après M. A. v.

Würzbach, l’exemplaire de l’Albertina à Vienne porterait la date 1550.) — BERTOLEMEES DE MOMPRE EXCVDEBAT. — H. 36.2 — L. 50.2 cm.

La composition ne comprend guère qu’un plan; le fond est formé par le drap d'honneur tendu derrière la table présidée par la mariée, qui y reçoit les cadeaux d'usage.

Les autres caractéristiques de la gravure précédente, se retrouvent ici.

(1) Plusieurs de ces particularités : Premiers plans nettement séparés des autres qui ont l'aspect d'une toile de fond ; arbre central, coupant en deux la composition ; étalage d’incongruités à l’avant-plan, etc., se retrouvent dans un tableau de Kermesse, qui appartient à M. François Empain, à Bruxelles, provenant de la collection Firmin Mignot, (Bois, H. 86 — L. 141 cm.) — La facture et le coloris de cet intéressant tableau, n’ont d’ailleurs aucune parenté avec ceux de Bruegel et de ses imitateurs.

Page 1