Aveugles à la chasse au porc
Amiens, coll. M. Jean Masson, prov.: coll. Habich, à Cassel (reprod. dans le catalogue).
Le sujet dérive d’une composition de Bosch.
b) Peintures :
G. — Tentation de saint Antoine.
Vienne, Kunsthistorisches Hofmuseum n° 658.
Peinture à la détrempe sur toile.
H. 67 cm. — L. 105 cm.
() Conf. ci-dessus pp. 160 et 161, et 216. René van Bastelaer attribue de plus à Jan Verbeeck un 6€ dessin : Danse de noces (coll. M. J. Masson). Ce dernier nous est inconnu.
La lettre - L.: qu’on y remarque, est sans doute un faux monogramme de Lucas de Leyde.
Comme style et comme composition, cette Tentation de saint Antoine est très semblable au dessin n° 2 cité ci-dessus et incontestablement de la même main.
Le tableau est probablement identique à celui qui figure dans l'inventaire du Palais de Prague de 1737 (n° 45r) sous le nom de « Hüllen-Brügl ».
On sait que les peintres malinois pratiquaient beaucoup, sinon principalement, la peinture à la détrempe, et Carel van Mander le dit expressément pour Frans Verbeeck.
Les deux tableaux suivants sont des peintures à l’huile :
@) 7. — Danse grotesque de moines et de nonnes. Anvers, Galerie de feu le chev. Mayer van den Bergh n° 106. Bois, H. 67. — L. 253 cm.
Un des personnages est dans une pose identique à celle d’une des figures du dessin n° 4 (Bruxelles). La peinture est d’une pâte assez grasse et d’un coloris corsé.
@) 8. — Mme sujet.
Amsterdam, Rijksmuseum, n° 345 (acquis à Paris de 1896). Bois, H. 74. — L. 238 cm.
Le sujet de ces deux compositions est assez obscur. Le panneau d’Amsterdam porte l'inscription : « Dit is den dans van Luther met zijn nonne », mais celle-ci a été ajoutée après coup.
Le catalogue du Rijksmuseum l’intitule : Carnaval, et ajoute que, d’après un renseignement fourni par M. À. Warburg, il faudrait y voir « le triomphe des quarante jours de jeûne. »
Ces diverses compositions présentent de la manière la plus frappante certaines particularités déjà signalées à propos de Pieter van der Borcht, à savoir la tendance à ranger les personnages sur un plan, ou à peu près, en forme de frise; (voir par exemple les n° 7 et 8); cette tendance se traduit même ici par une conséquence nouvelle : lorsqu'il faut représenter plusieurs plans, au lieu de les présenter en perspective les uns derrière les autres, l'artiste tend à les superposer en forme de registres ou de zônes, disposition fort marquée par exemple dans la Tentation de saint Antoine, de Vienne, et dans les dessins d'Oxford nos 2 et 3.
Pour le reste, Jan Verbeeck appartient au groupe des peintres drôles : ses types sont chargés à l’extrême : il y cherche le grotesque plutôt que l’accentuation du caractère, et de même, dans le choix de ses sujets, il vise à la drôlerie et non à l'observation aigue et sincère de scènes de mœurs populaires : de là ces costumes bizarres et anachroniques. Tout son style est assez éloigné de celui de Bruegel. Nous le citons pourtant ici, à cause de l’analogie des sujets traités, des confusions qui en sont résultées dans les attributions, et de la confirmation qu'il fournit à notre attribution des œuvres de Frans Verbeeck.
Quel est le rapport personnel entre Jan et Frans ?
M. Neeffs s'occupe d'un Jan ou Hans Verbeeck qu’il croit fils de Frans. Le personnage en question ne devint qu’en septembre 1560, l'élève de Philip Vervoort (et non Verwoest), et franc-maître seulement le 19 janvier 1569. Celui-là (ou bien un autre Jan Verbeeck reçu franc-maître en 1593) joua un grand rôle dans le métier des peintres malinois à la fin du xvre siècle et au commencement du xvrre. 11 reçut un grand nombre d'élèves de 1594 à 1625 (nous en compterions douze, s’il ne fallait craindre la confusion avec un Hans Verbeeck /e jeune qui paraît depuis 1610 comme recevant des élèves, dont plusieurs font l'apprentissage comme graveurs). Ce Hans Verbeeck est sans doute le même qui en 1599 peignit les figures de Bacchus et de Cérès pour l’Entrée des Archiducs, qui fut doyen en 1594, 1506, 1597, 1599, 1602, 1603, 1604, 1606, 1607 et était dès 1600 « peintre de
leurs Altesses ». On remarquera que son prénom est généralement donné sous la forme Hans.
Mais la date du dessin d'Oxford (1560) prouve qu'il ne peut être l’œuvre de cet artiste. La signature d’ailleurs présente l’initiale I (Jan), et d'autre part le style est d'accord avec la date. Le Jan Verbeeck qui nous intéresse n’est donc pas le fils de Frans, dont parle M. Neeffs, mais problablement son frère. Nous trouvons en effet dans le livre de M. Neeffs la mention d’un Jan Verbeeck reçu francmaître comme « laymaker » et peintre la même année 1553, d’où nous datons la maîtrise aussi de Frans.
D'autre part M. Hyacinthe Coninckx dans son « Livre des apprentis », cite un Jan Verbeeck qui reçoit un élève par charité dès le 9 oct. 1552 : n’y a-til pas erreur de date soit ici, soit par rapport à la maîtrise de Jan en 1553? — Un second élève, Antonius de Poeter est inscrit en août 1559. Il s’agit sans doute dans ces passages, du Jan Verbeeck, auteur des œuvres mentionnées ci-dessus.
Répétons-le : seules les recherches minutieuses d’un généalogiste consciencieux pourront faire jaillir des archives de Malines, la lumière qui nous fait défaut pour placer dans leur vrai jour le groupe des peintres malinois, dont il a été question ici.
En terminant ce travail, nous tenons à exprimer notre gratitude à tous ceux qui nous l'ont facilité; nous citerons tout particulièrement M. Gustav Glück, le distingué conservateur du Musée impérial de Vienne, qui a mis une inlassable obligeance à faire pour nous diverses constatations de détail dans les collections impériales, et à nous signaler des renseignements intéressants, ainsi que M. le professeur Max Dvorak, de l'Université de Vienne, et Dr. Max Friedlaender, l’'éminent directeur du Kaiser-Friedrich-Museum à Berlin, que nous avons déjà cités à propos des tableaux qu’ils nous ont appris à connaître. M. Pol de Mont, directeur du Musée d'Anvers, a appelé notre attention sur plusieurs copies. MM. les directeurs de la Kunsthalle de Hambourg, du Musée Grand- Ducal de Darmstadt et du Musée d'Augsbourg ont bien voulu contrôler certains points dans leurs galeries. Enfin nous adressons nos remerciements à M. Neiïoustroïeff, conservateur du Musée de l’Ermitage à St-Pétersbourg, au prince Argoutinsky-Dolgoroukow, et surtout à M. le conseiller Delaroff, qui nous ont très aimablement guidé dans l'exploration des collections publiques et privées de St-Pétersbourg, comme à toutes les autres personnes qui nous ont fourni des indications utiles.
GEORGES H. DE Loo.