‹ Peter Brvegel l'ancien, son œuvre et son tempsChapitre 9 sur 273 · UE · texte numérisé non relu

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par le mysticisme qu’elle réclame pour être sincère et nous avons montré qu'elle fut surtout, sous sa main, un moyen allégorique. La Patience est l'essai de cette formule nouvelle, qui devient dès lors l’un des types caractéristiques de composition que Bruegel emploie dans sa première manière. Il en naît aussitôt la suite des V'ices et il en sortira encore la peinture de la Dulle Griet, de la collection Mayer van den Berghe, et le 771omfle de la Mort.

La constatation qu’il n'existe pas de peintures de Bruegel datées d’un millésime antérieur à 1558 n’est pas la preuve qu’il n’en ait pas exécuté avant cette époque. Sans parler du Pañnage devant la porte St.-Georges, nous avons mentionné plus haut que Rubens possédait deux paysages peints qui pourraient répondre à des gravures de la suite des grands paysages, et que l'empereur Rodolphe II possédait de son côté une « Histoire de Dédale et Îcare » qu'on pourrait rapprocher de la gravure éditée par Hoefnaegel. Il n’est donc pas superflu de dire que les compositions de l'Ane à l'Ecole, du Doyen de Renaix, de la Sorcière de Malleghem, du Mercier endormi pillé par les Singes auraient pu être peintes au même titre que celles de la Danse de Noce (1) et de l'Alchimiste qui furent composées dans les mêmes années 1557 à 1550.

Il suffirait d’ailleurs pour prendre cette question en considération de se rappeler que Bruegel pratiquait la peinture en détrempe et que ce procédé était fragile au point d’avoir causé la perte de tout l'œuvre de certains maitres qui l'avaient utilisé exclusivement. M. Justi explique de cette manière la disparition de nombreuses compositions de Bosch (2). Ce ne serait pas trop s’avancer de soupçonner qu'il pourrait en être de même pour des peintures de la première période de la vie de Bruegel. Cette explication se corrobore en ce qui concerne la Danse de Noce, par exemple, de l'autorité de van Mander qui donne d’une toile peinte en détrempe une description qui se rapporte assez à la gravure de van der Heyden de 1558.

Cette apparition des premières peintures à l'huile que nous connaissions de notre artiste coïncide à peu près avec l'évolution de

(x) Dans la biographie de P. van der Heyden (Biographie Nationale de Belgique t. XVI col. 498, n° 47 et 48), M. Hymans donne la date 1558 à une Noce de village et à une Mariée à table gravées par Pierre van der Heyden d’après Bruegel. L'une de ces mentions concerne évidemment la Danse de Noce, qui n’y est pas citée sous ce titre.

(2) Jusrt, ouvr. cit.

l'orthographe de sa signature. Parmi les grands paysages gravés il en est deux portant la signature avec l’#4: le Pagus Nemorosus et les Wilites Requiescentes ; tandis que l’h existe toujours en 1558 dans les dessins et les gravures des J’ices, du Jugement dernier, de ÆTck, il disparait dans un autre paysage Milites Requiescentes, ne se retrouve plus dès 1558 dans les gravures du Doyen de Renaix et l'/ne à l'Ecole, et manque en 1559 dans les dessins et les gravures des V’ertus.

D'autre part, presqu'en même temps, dessins et gravures cessent d’être signés avec le b minuscule et en caractères italiques : P. brueghel. Déjà les grands paysages /nsidiosus Auceps, Plaustyum Belgicum portent avec l'H des signatures en capitales. La signature en capitales sans l’initiale du prénom et avec le v lié à l'E, se trouve dans quelques pièces seulement : en 1557 dans le Doyen de Renaix, en 1558 dans la peinture des Proverbes, en 1559 dans le dessin de l'Espérance, dont la gravure supprime même complètement l'E, et dans le tableau du Combat de Carnaval et Carême, en 1560 dans le dessin et la gravure de la Tempérance. Puis, après cette hésitation, se présente la forme définitive BRVEGEL, qu'on ne trouve précédée de l’initiale p du prénom que dans quelques dessins de paysages de 1560: un cours d'eau aux rives rocheuses (dessin de l’Académie des Beaux-Arts de Vienne), une église sur une hauteur (Cabinet de Berlin), un paysage rocheux et un paysage brabançon (tous deux au Louvre).

À part ces exceptions, tous les dessins dé 1550 et 1560 et tous les tableaux jusqu'à la mort de l'artiste sont signés BRvEGEL. Les signatures des peintures avant le mariage de l'artiste en 1563, sont accompagnées de dates en chiffres arabes et après 1563 en chiffres romains. Quant aux gravures et aux dessins, à partir de 1561 ils ne sont plus signés en caractères fixes : tantôt l'artiste emploie l'italique, tantôt la capitale et les associe indifféremment à des chiffres romains de même caractère, ou à des chiffres arabes. Dans les dessins, il paraît même user, aux dernières années de sa vie, d’un monogramme composé de ses initiales en majuscules cursives.

Devant ces différentes remarques, il est indubitable que l'année 1559 marque dans la vie esthétique de Bruegel la fin de la période de tâätonnement pendant laquelle l'artiste se cherche luimême. Pendant cette crise il éprouve ses forces dans diverses directions, il établit une première base de travaux et d’études sur lesquels il va élever son superbe édifice.

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