‹ Pétersbourg et Moscou, souvenirs du couronnement d'un tsar;Chapitre 6 sur 75 · UN AÏEUL DU MÉDECIN MALGRÉ LUI · texte numérisé non relu

UN AÏEUL DU MÉDECIN MALGRÉ LUI

L’un des premiers explorateurs de la Russie, je ne sais si ce n’est Olearius, raconte qu’au temps du grand-duc Boris Godounoff, il se trouvait à Moscou un boyard du nom de Dmitri Paulovitch JarnefT, dont la femme Nadejna Ivanovna n’avait pas une conduite exempte de tout reproche. — Dmitri , qui connaissait sa femme et savait qu’il n’y avait pas de remède à son mal, se consolait avec l’eau-de-vie de grain, qu’il trouvait d’autant meilleure, qu’en ce temps c’était du fruit très-défendu, et que ceux qui étaient surpris à vendre de l’eau-de-vie en Moscovie étaient condamnés à avoir les narines fendues, supplice fort usité alors en ce pays. Dmitri goûtait avec délice

cetteconsolation suprême, qui amène l’oubli avec les maux d’estomac, et de temps, en temps en manière de passetemps et d’expiation , il administrait ou faisait administrer à son indigne épouse quelques coups de fouet vengeurs. Nadejna criait, pleurait, poussait des lamentations à attendrir tout autre qu’un mari trompé, vouait Dmitri Paulovitch à toutes les malédictions infernales, mais ne se corrigeait pas. Toutefois , depuis quelque temps, Jarneff avait pris l’habitude de faire fouetter sa femme le dimanche et le jeudi, après le repas du milieu du jour et avant d’aller dormir. Il disait à Nadejna que cela lui procurait des rêves aimables et roses, et qu’au moins il dormait plus tranquille, ayant conscience d’un devoir accompli. Or, si Nadejna aimait hors la loi, elle haïssait du plus profond du cœur la loi représentée par son mari, et s’ingéniait à chaque heure de jour et de nuit à trouver une vengeance qu’elle ne trouvait pas. Ce qu’il lui fallait, car Nadejna n’était pas une femme vulgaire, ce n’était pas seulement n’être plus fouettée; ce n’était pas encore être débarrassée de Dmitri, c’était rendre à ce dernier souffrance pour souffrance, mais cela au centuple ; c’étaient des raffinements de vengeance comme étaient si ingénieuses à en inventer les Romaines de la décadence, ces reines admirables de cynisme et de hardie impudeur, des voluptés âcres et des cruautés exquises ; ce que voulait Nadejna, c’était voir Jarneff souffrant toutes les douleurs des damnés* mais à la manière des damnés, c’est-à-dire d’une façon durable. Elle l’eût vu prêt à tomber sous le couteau acéré d’un meurtrier, qu’elle aurait sauvé son mari, car le tuer d’un coup c’était lui arracher sa vengeance. — Toutefois notre gracieuse héroïne avait beau chercher et chercher encore, son es-

prit infécond ou trop désireux de trouver ne trouvait pas, et, d’ailleurs, fallait-il encore, pour jouir pleinement de son œuvre, ne pas trahir la main qui frapperait. Elle en était arrivée à désespérer de rien imaginer de digne d’elle, et elle allait choisir quelque moyen vulgaire répugnant à sa nature, quand le bruit se répandit dans Moscou que le grand-duc était malade, en proie à un violent accès dégoutté, que ses médecins ordinaires se déclaraient impuissants à vaincre , et qu’il promettait de grandes récompenses et de grands honneurs à celui qui , médecin ou non , boyard ou paysan, trouverait un remède qui pût apporter quelques soulagements à ses cruelles douleurs. — C’était un jeudi, et comme elle venait d’être battue au grand esgaudissement de son mari, que Nadejna apprit cette nouvelle; dès lors sa résolution fut prise; ce n’était pas certes la réalisation de son rêve le plus cher qu’elle allait obtenir, mais au moins était-ce quelque chose d’inhabituel et de sûr à la fois. — Sans plus tarder elle se rendit au château et demanda à pénétrer près du czar, disant qu’elle apportait un remède souverain. On l’introduisit aussitôt, et se jetant aux pieds du souverain étendu sur un divan de cuir, elle lui dit : « Ah ! seigneur, que ne suis-je mon mari ! demain vous seriez guéri. » — Et comme le grand-duc la regardait étonné : « Oui, seigneur, il possède contre la goutte un remède unique et sûr, et il n’y a pas huit jours qu’il a guéri de cette maladie un de nos paysans, que j’ai amené avec moi, et qui confirmera mes paroles par son témoignage. Mais, seigneur, Dmitri Paulovitch prétend que, pour le bien de la Moscovie, il faut que vous mouriez, et c’est pour cela qu’il ne vous apporte pas son remède. » Le czar surpris, mais peu habitué à une confiance ahso-

lue dans la parole de ses sujets, fit arrêter Nadejna, et ordonna d’aller quérir sur-le-champ Dmitri Jarneff. — Notre boyard venait de s’éveiller, et, encore étendu, il rêvait à cette nouvelle source de voluptés, certaines celleslà et sans crainte dedéceptions, qu’il s’était créées en faisant battre sa coupable épouse deux fois la semaine; il se complaisait dans la vengeance en passant avec douceur la main dans sa longue barbe, se disant toutefois qu’il y avait à regretter que le dimanche fût si loin du jeudi, et concluant enfin que le monde était mal fait et les semaines trop longues. Ses méditations furent interrompues par les envoyés du czar, qui, sans lui donner un mot d’explication ni une minute pour rassembler ses idées, l’entraînèrent au palais. — « Le remède, le remède ! lui cria le souverain dès qu’il l’aperçut, ou je te fais fouetter ! » Dmitri resta interdi tet sans réponse. — «Ne m’entends-tu pas, continua Godounoff, monstre indigne, qui, pouvant le guérir, veut laisser mourir son maître? »Et comme Jarneff ne comprenait guère et ne répondait pas, sur un signe du czar, on le fouetta au vif et on le jeta en prison. — Là, tout en songeant que s’il y avait plaisir à faire fouetter les autres, il y avait vraiment désagrément à être battu, notre homme cherchait l’explication de ce qui lui était arrivé, et sans voir bien clairement le pourquoi ni le comment, il s’écria d’instinct : « C’est ma femme! » et s’exaltant peu à peu sous l’empire de la douleur et de la colère, il criait à tue-tête : « C’est ma femme ! c’est ma femme !. ..Oh ! quand je la reverrai... » Sur ces entrefaites arriva dans le cachot un médecin du czar, qui tâchant de calmer notre pauvre boyard, lui expliqua ce qu’on attendait de lui. .—-« Ah! mon Dieu! mais je suis perdu alors! s’écria-t-il;- jamais je n’ai rien su, bien moins en-

PÉTËRSBQURG ET MOSCOU.

core la médecine qu’autre chose... Oh! ma femme! » Et il serrait les poings avec rage. Si Nadejna l’avait vu alors, elle aurait pu, si exigeante qu’elle ait été, avoir un moment de satisfaction; mais Nadejna rêvait de son côté, dans un cachot, à la fin de cette aventure dans laquelle elle s’élait embarquée, et redoutait une issue fâcheuse. — Le soir venu, le czar fit comparaître Dmitri, qui, larmoyant et gémissant, demanda grâce, disant que sa femme était une infâme, ce qui était aussi vrai que Dieu était au ciel et que le czar était grand ; cela lui valut cinquante coups de fouet et toujours le cachot. — Quinze jours durant, il subit, soir et matin, ce désagréable traitement, et ce, pendant que sa femme, mise en liberté dès le second jour, venait le visiter soir et matin après le fouet, le réconfortant, le consolant et l’exhortant à céder par amour pour elle et par amour pour son pays, lui disant que le czar était plus qu’un homme, puisqu’il était plus près de Dieu, etmilleautreschoses confites en douceur et bien faites pour exaspérer le boyard et le faire devenir fou, si l’étendue de son esprit peu développé lui avait permis cette maladie des hommes intelligents. — Ces exhortations de chaque jour et sa constance, sa patience angélique à soigner son mari, et à souffrir sans se plaindre sa mauvaise humeur et sa dureté, avaient fait très-bien venir Nadejna du czar et de sa cour ; on lui avait accordé une pension de cinquante roubles, dont on lui paya Je premier quartier en peaux de fouines estampillées , monnaie encore employée quoique tombant déjà en désuétude; bientôt même, récompense à son dévouement au souverain : Nadejna reçut la grivna , ce collier fait de nœuds d’argent, que les grands-ducs accordaientà leurs favoris, et quarante peaux de ces martres zibelines qu’aiment encore tant les

élégantes du dix-neuvième siècle, en tous pays.— Dmitri Paulovitch Jarneff, grâce aux coups qu’il recevait chaque jour avec une régulalité et une ponctualité désespérantes, grâce encore, plus peut-être, aux rages indicibles dans lesquelles chaque jour aussi deux fois le venait mettre sa femme, bonne, douce, complaisante quand il y avait des témoins de leur entretien , vrai serpent au venin brûlant quand ils se trouvaient seuls, Dmitri n’était plus que l’ombre de lui-même, et appelait la mort de toutes les forces de son âme, quand une nuit, un peu reposé et calme (il n’avait pas vu sa femme dans la soirée), il réfléchit qu’il y avait un moyen sinon de se sauver, au moins de tenter son salut, et qu’il fallait se résoudre à être médecin, quitte à risquer de tuer le czar; aussi, quand l’officier et l’exécuteur arrivèrent le lendemain dès l’aube, il les arrêta et leur dit : « Eh bien ! j’y, consens, je sauverai le czar. » — Grande rumeur au palais : dès ce moment on soigne notre homme, on l’héberge et le dorlotte, et, lui, ordonne aussitôt que des courriers partent, l’un pour les bords del’Occa, l’autre pour les rives du Volga, un autre pour la forêt du Jesna, recommandant à chacun de lui rapporter une botte d’herbes et de simples cueillis en ces divers lieux. — Ceci fait, il mit infuser toutes ces plantes et en composa des bains pour le grand-duc, qui, au lendemain du premier bain se trouvant mieux, fit fouetter encore son nouveau médecin pour avoir tant lardé à le soulager, et le fit combler de présents pour l’avoir soulagé. — L’accès, sans doute, ayant fini son cours, car, pas plus que Dmitri Paulovitch, je ne crois à la vertu de ses simples, le grand-duc se trouva sur pied en moins d’une semaine, et Jarneff retourna chez lui avec le titre de premier médecin hono-

raire du grand prince. — De retour au logis, quand pour la première fois Dmitri aperçut Nadejna, il eut une folle envie de l’étrangler; mais il réfléchit que s’il manquait son but, il pourrait en avoir des ennuis, et se dit en homme que l’expérience a rendu sage : « Non, non, soyons aimable et bon. » Et depuis lors, ajoute la chronique, ces deux modèles des époux vécurent heureux, riches et aimés de leur souverain, honorés de leurs égaux et respectés de tous.

Un dégel partiel. — Le Mari à la Campagne. — La Neva au pont de Troistzky. — Les Champenois de la Russie : Histoire d’un Dindon, d’un Anglais et d'un Petit-Russien, — Deux Enseignes en langue française.

Pétersbourg, 30 novembre-12 décembre 1856.

Mon cher Auguste,

Non, décidément, je le répète, tu n’imagines, tu ne saurais imaginer ce que c’est qu’un dégel dans ce pays-ci. — Ah! parce que nous connaissons le macadam des boulevards et la boue de Moscou, nous croyons savoir ce que c’est que du gâchis : erreur dont je suis revenu depuis trois jours ; les rues de Pétersbourg présentent en ce moment la seule chose vraiment digne de ce nom que j’aie rencontrée; il n’est littéralement pas possible de traverser à pied une rue quelconque de la capitale de toutes les Russies, la Perspective moins que toute autre, eût-on aux pieds les galoches et les plus solides et les plus haut montées. J'ai été, avant-hier soir, horriblement puni d’avoir voulu tenter cette impossibilité : j’étais sur la place Michel, que tu connais, et je voulais aller du Dom Lazareff au théâtre; tu vois cela de là-bas, et ce n’est pas loin; eh bien! après maintes tentatives infructueuses et après avoir embarqué dans mes galoches un petit déluge de neige

fondue, je dus prendre un traîneau pour rentrer chez moi changer de chaussure et me faire ensuite ramener au théâtre, où Ton donnait, d'ailleurs, le Mari à la Campagne , après lequel madame Brohan a été rappelée cinq fois. Près de madame Brohan, jouait madame Paul Ernest, qui, pour n’exciter pas les applaudissements enthousiastes du parterre russe, n’en est pas moins charmante ; un peu timide peut-être en son jeu, elle ne donne pas assez ce qu’elle pourrait donner, mais elle a de vraies qualités, joue avec intelligence et esprit, et ce rôle de madame de Nohan est un de ses bons rôles; aussi l’y a-t-on justement applaudie. Vernet. malgré les souvenirs que j’ai de Bégnier, a été pour moi, comme pour tous, un très-amusant Colombey, et Bondois un Poligny plein d’entrain. — Yoilà comme tout va à peu près pour le mieux au théâtre Michel ; mais revenons à notre dégel : je te le disaishier et le répète aujourd’hui avec horreur, grâce (quel mot!) à la fonte des neiges, peu à peu on sent reparaître cet affreux pavé pointu que tu connais et que je commençais à oublier, et pour comble de disgrâce, si l’on ne peut pas marcher à pied, il est aussi presque impraticable de se faire voiturer; j’ai cependant aperçu ce matin quelques rares droskys revenant on ne sait d’où , et qui ont l’air complètement dépaysés auprès du traîneau qui règne encpre, tout en pataugeant dans un pied de neige fondue, et rebondissant à chaque minute sur le pavé avec des soubresauts à vous casser les reins. Quant aux calèches, on y est comme dans des balançoires mal suspendues : jeté à chaque minute de côté ou d’autre, horriblement cahoté, et comme dans tout véhicule d’ailleurs, par le temps qui court, rompu et brisé au bout de dix minutes. — La Néva seule est

encore agréablement carrossable ; il y a bien un peu d’eau sur ses soixante centimètres de glace (épaisseur mesurée) ; mais qu’importe que le traîneau patauge? on roule avec douceur et rapidité ; cela ne laisse pas, d’ailleurs, que d’être assez étrange, de passer presque à pied sec et de courir en voiture sur une rivière de douze à quinze cents mètres de largeur (laNévaa, au pont de Troistzky, en face la forteresse, douze cents mètres de large ; il faut douze minutes pour la traverser ; près de la Bourse, à l’endroit où elle se bifurque, elle est plus large encore), et cela quand depuis quatre jours déjà on a quatre ou cinq degrés Réaumur au-dessus de zéro; mais un académicien des sciences vient de me dire, pour me guérir de mon étonnement à ce propos, qu’il fallait six à sept semaines aux glaces névatiques pour se débâcler quand arrive le grand dégel. Ah! au fait, voilà qui ne doit pas être propre, le grand dégel du printemps; à en juger par ce dégel partiel dont nous jouissons en ce moment, ce doit être un impraticable petit déluge de boue, d’eau, etc., horrible mélange de choses innommées, que, je l’espère, je n’aurai pas à affronter, car en ce temps de doux printemps, j’aurai revu Paris, la grand’ville, et mon quai et ma rivière de Seine, qui, comme on me l’écrivait dernièrement , charrie plus d’illusions perdues que de glaces. — Ces illusions perdues me font songer à une petite histoire que je te veux conter. — J’étais l’autre soir aux Italiens , où madame Bosio , Lablache, de Bassini, Calzolari. et Tagliafico chantaient le Barbier. Pendant un entracte, j’allais rendre visite à une fort jolie femme de ma connaissance, qui joint à un esprit naturellement très-piquant une prononciation de notre langue assez étrange pour donner quelque chose

de plus piquant encore à ses appréciations ; assis derrière elle, nous passions en revue les loges qui nous faisaient face, quand nos regards s’arrêtèrent sur celle d’un ministre étranger représentant d’une cour peu aimée quoique amie ; sur le devant de la loge, le ministre et son premier secrétaire, qui certainement parlaient politique, il est impossible d’avoir l’air de tant s’ennuyer en parlant d’autre chose. Derrière ces deux personnages principaux, un jeune attaché qui ne jouit pas d’une réputation d’esprit fort étendue, et qui paraissait ne penser à rien tout en ne disant rien. — « Si vraiment, me dit madame de...., il pense, en voulez-vous la preuve? — Oui. — Et elle commença ainsi :

« Les paysans de la Petite-Russie sont les Champenois de notre pays, et quand on veut un terme de comparaison à l’imbécillité, on dit ici : bête comme un Petit- Russien, ce qui, je le répète, n’empêche pas qu’ils n’aient leur finesse et leur instinct, et que leur réputation ne soit pas plus méritée que celle des Champenois de France. — Donc, un paysan de la Petite-Russie qui jamais n’avait quitté son gouvernement, je ne sais s’il était de Kiev, de Pultava ou d’Ukraine, s’en vînt à Pétersbourg, et un beau jour, amené par le hasard ou la fantaisie, se trouva au marché aux oiseaux ; là il vit conclure une affaire qui l’étonna au suprême degré et le fit longuement réfléchir : il avait vu vendre un colibri gros comme le doigt deux cents roubles argent. Le résultat de ses réflexions fut un départ subit pour son pays, où il arriva tout en joie; il confia à sa femme, dès son arrivée, que les habitants de Pétersbourg étaient des imbéciles, et que sa fortune était faite ; et, sans plus d’explication, il chargea une voiture, kibitka ou télègue, de tout un

troupeau de dindons gros, gras et dodus à faire plaisir. Mais, hélas ! il avait compté sans la longueur de la route, et sans les 25 degrés de /roid qui vinrent peu à peu lui enlever les plus belles pièces de son chargement, le plus clair de ses espérances ; toutefois il continua sa route sans se décourager, et arriva à Pétersbourg avec trois seulement de ses volatiles : deux qui moururent encore avant l’arrivée au marché, et un dernier plus vaillant et non moins beau, que notre homme vint étaler triomphalement sur la place, disant : Si l’on paye un moineau d’Odessa 200 roubles, que ne me payerat-on pas cette grosse et belle bête? Et il attendit. — Bientôt un acheteur, enveloppé dans une magnifique pelisse de martre , et suivi d’un domestique en livrée qui portait une cage, passa devant notre homme. « Que fais-tu là? lui dit-il. — J’attends. — Quoi ? — Qu’on m’achète mon oiseau. — Un dindon ? —

Oui. » Et sur ce éclat de rire inextinguible de Pamateur. — Le marchand sefàcha. « Pourquoi ne m’achèterait-on pas mon dindon? n’avez-vous pas acheté peutêtre très-cher cette petite bête que porte votre domestique? n’achète-t-on pas tous les jours ces horribles criards qu’on appelle des perroquets? eh bien! mon oiseau est plus beau que tous ceux-là. Et voyez quelle taille, quelle grosseur ! A la bonne heure ! » Et il se rengorgeait. « Mais, fit l’amateur, ces autres oiseaux que tu cites chantent ou parlent. — Eh bien ! le mien pense, fit le Petit-Russien. » Et l’amateur, satisfait de cette réponse, lui paya son dindon cinquante roubles. — Voilà comme quoi notre Anglais pensait.

Et sur ce, adieu, mon cher ami, et que Paris te soit agréable et doux.

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