XVI
De I’Instruction publique en Russie. — Aperçu général. — Notice sur la hiérarchie des établissements d’instruction publique. — Plans d’études. — Journaux et publications périodiques dans tous l’empire.
Pendant les deux mois que nous passâmes à Moscou, nous eûmes l’occasion de visiter Y Université et plusieurs Gymnases; dès lors, curieux de savoir à quoi nous en tenir relativement au mode d’organisation de l’instruction publique en Russie, nous nous adressâmes à un professeur du cinquième gymnase, M. Vialet, un Français, qui nous communiqua les renseignements suivants. Nous lui laissons la parole :
« La Russie entière est divisée, pour l’instruction publique, en cercles universitaires de plusieurs gouvernements chacun. A la tête d’un cercle se trouve un curateur qui reçoit ses instructions du ministre de l’instruction publique, et dirige la division. Dans la règle, il y a une université dans un cercle, et un gymnase dans chaque ville de gouvernement, de même que des écoles de district dans les villes de district, et des écoles primaires attachées à plusieurs paroisses dans les villes. Les capitales et quelques autres grandes villes ont, selon les besoins, plusieurs gymnases et écoles de district.
» A la tête des universités se trouvent des recteurs qui sont secondés dans leurs fonctions, pour la partie scientifique, des doyens des facultés. À la tête des gymnases se trouvent des directeurs, qui ont des inspecteurs pour aides dans la partie de l’enseignement.
» Les gymnases sont de sept classes ou cours qui sc font en sept ans, et c’est par la première classe que l’on commence, de sorte que la septième est la classe la plus élevée. Les trois classes inférieures sont des cours généraux où l’on enseigne l’histoire sainte, le catéchisme, la langue maternelle, le français, l’allemand, les éléments du latin, la géographie, l’histoire de Russie, l’arithmétique, les commencements d’algèbre et de géométrie, la calligraphie et le dessin. Les quatre classes supérieures sont en deux sections : une dite classique pour les jeunes gens qui veulent aller à l’université après avoir fait leur gymnase , l’autre pour ceux qui veulent se préparer directement pour le service de l’État. A cette seconde section il faut ajouter une troisième, dite réale , pour les industriels, mais qui n’existe que dans fort peu de gymnases, comme, par exemple, au troisième de Moscou. Il va sans dire que certains objets, comme l’étude des langues vivantes, de la statistique, des mathématiques, etc., sont communs aux sections, et d’autres particuliers à chacune d’elles, comme les langues anciennes à la section classique, le droit à la section dite pour le service public, et la technologie à la section des industriels. Mais enfin, les sciences qu’on enseigne dans les hautes classes sont : le catéchisme sur une plus vaste échelle, et l’histoire de l’église; le russe accompagné d’une étude approfondie de l’ancienne langue slave, puis la rhétorique, la poésie et l’histoire de la littérature; les
langues anciennes, et, parmi les langues vivantes, le français et l’allemand ; la géographie, la statistique, les mathématiques, la physique, l’histoire naturelle, la technologie, la chimie, la mécanique et le droit russe, la tenue des livres et le commerce.
» Des gymnases, et en général de la direction d’un gymnase, dépendent toutes les écoles de district et les écoles primaires d’une certaine étendue, des capitales, ainsi que d’un gouvernement quelconque dont le gymnase porte le nom.
» Les écoles de district répondent à peu près aux trois classes inférieures des gymnases, et dans les écoles primaires de paroisse on enseigne seulement à lire, à écrire, l’histoire sainte, le catéchisme et le calcul.
» Les professeurs ont, chacun, leur spécialité, et le nombre en diffère selon le nombre des élèves et les objets qu’ils enseignent, et qui constituent soit seulement les cours inférieurs, soit les cours supérieurs, ou bien qui vont progressivement de la première à la dernière classe. Les professeurs, comme le directeur et l’inspecteur, sont des fonctionnaires de l’État.
» Les fonds des gymnases proviennent en partie de la munificence des souverains, en partie des dons gratuits et des legs qui ont été faits à différentes époques par des particuliers. Les appointements des employés de toutes les catégories sont fournis par le gouvernement môme.
» Auprès de la plus grande partie des gymnases, il y a des pensionnats, où les jeunes gens sont élevés aux frais des parents ou bien aux frais de la couronne. Mais il y a beaucoup plus d’externes qui ne payent qu’une petite contribution annuelle, laquelle entre dans les sommes économiques de l’établissement.
» Les élèves de la section classique qui finissent avec succès leurs cours obtiennent des certificats de capacité, lesquels leur donnent le droit d’admission à l’université pour y suivre la spécialité qu’ils choisissent; ceux de la section pour le service public obtiennent à leur tour des certificats qui les font admettre dans les bureaux administratifs, aux charges publiques, et ceux de la section industrielle, une fois munis de leurs certificats, se mettent ordinairement à la tête des entreprises pour lesquelles ils se sont préparés.
» Les éminents, qui finissent les cours et le sont dans tous les objets, reçoivent des médailles d’or et d’argent pour prix ; dans les autres classes, on donne des livres. »
De retour à Pétersbourg, non encore complètement édifié sur cette question capitale de l’instruction publique je m’adressai, pour avoir des renseignements complets, à S. E. M. Noroff, ministre de l’instruction publique, homme d’érudition profonde en même temps que plein de bienveillante courtoisie, et il voulut bien me communiquer la notice que j’insère ici, et une autre non moins curieuse sur les publications périodiques russes, que jedonne plus loin; car il me paraît intéressant au plus haut degré, pour nous autres Français, de savoir où en est aujourd’hui l’élément littéraire en Russie, et je crois que ces deux documents sont propres, plus que tous autres, à aider à la solution de cette question.