‹ Petit BobChapitre 13 sur 18 · BOB AU JARDIN D'ACCLIMATATION · texte numérisé non relu

BOB AU JARDIN D'ACCLIMATATION

Bob et Pabbé descendent de voiture à l'entrée du Jardin , d'acclimatation.

j OB. — Costume de matelot en grosse serge bleue. Col I très ouvert. Tricot rayé bleu et blanc. Mollets nus. Chaussettes bleues.

L'abbé.

€ LÉON • tenu en laisse par Bob.

Bob, regardant le cocher qui part au trot* — Où va-t'y donc, m'sieu Tabbé, Pcocher ?

Vous avez donc pas donné les ordres ?

L'abbé. — Ne vous inquiétez pas de cela.

Bob. — Que si, que j'm'en inquiète!...

Comment ! on nous attend pas ?

L'abbé. — Non. Lorsque vous êtes au Jardin d'acclimatation, on ne peut pas vous en faire sortir ; il est inutile de priver tout cç temps madame votre mère du coupé.

l86 PETIT BOB

Bob . — Ah I pour rVenir, nous prendrons un fiacre, alors ?

L'abbé. — Du tout; nous reviendrons à

pied.

Bob, indigné. — A pied !I A pied du Jardin d'acclimatation à la rue du Cirque ! Ah ; jamais d'ia vie, par exemple !

L'abbé. — Vous ferez ce que je vous dirai

de faire.

Bob. — A pied I quand nous aurons déjà été avant sur mes pauvres jambes I T'nez, m'sieu Tabbé, n'finassons pas... Avouez-moi tout d'suite q 'c'est encore un nouveau système d'traitement q'vous avez inventé pour vos maladies et q'vous voulez m'imposer...

à moi q*je m'porte bien...

L'abbé. — Bob...

Bob. — C'est dTégoïsme, ça aussi!... que )• n'ai pas besoin d'me droguer, moi, et d' faire les pareilles courses I,..

L'abbé. — Si vous répondez encore un mot... un seul... je vous emmène sans vous montrer les Fuégiens.

BOB AU JARDIN D 'aCC L I M ATATI ON 187

Bob. — Bien, m'sieu l'abbé. {A Léon.) Viens, mon pauv* Léon... On n'nous aime pas... on nous victimise...

L'abbé, haussant les épaules. — « Victimise I »

Bob. — Je m'comprends, c'est tout c'qui m' faut... Léon aussi m'comprend... Est-ce pas, Léon ? Mon pauvre ami ! tu m'aimes, toi... c'est pas toi q'tu m'frais souffrir en m 'imposant des courses trop longues, q'ça m'est très mauvais... parce que ça t'serait boni... Mais t'es pas une personne raisonnable, toi... tu sais pas faire du mal aux autres pour t'en faire du bien, tu...

L'abbé, énervé, — Avez-vous fini ?

Bob. — J'expliquais à Léon les bienfaits d'I'éducation, m'sieu l'abbé ; mais du moment q'ça vous vexe... et c'est visible q*çq vous vexe, n'en parlons plus.

L'abbé. — Vous avez depuis quelque temp^ pris une manière de raisonner quand même, en ayant Tair de parler à votre chien, qui est très déplacée ; votre conduite me fait beau-

l88 PETIT JbOB

coup de peine, Bob, et, si vous continuez, me verrai forcé dé vous quitter.

Bob. — Oh I m'sieu Tabbé, vous nVoudriei pas? c'est pas sérieux?

L'abbé. — C'est tout ce qu'il y a de plus sérieux, au contraire.

BoB, les larmes aux yeux. — Oh! non, m'sieu Tabbé, dites-moi q'non I JVous aim^ bien, allez, m'sieu l'abbé, tout d'mêmeque j'suis méchant... JVrais désolé de n'plus vous voir, quoiqVous soyez souvent bien nice avec moi...

L'abbé. — Encore T

Bob — Pardon, m'sieu Tabbé, ça m'a échappé... JVous aime beaucoup... et vous aussi, vous m'aimez... au fond... C'est pas une manière d'aimer agréable, faut êtr'juste, mais enfin, si c'est la vôtre, d'manière, y a rien à dire!... Avouez q' vous auriez du chagrin de n'plus voir vot Vieux Bob... Allons, avouez q'ça vous manquerait. (// se suspend à Vabbé et essaye d'arrwer à Vembrasser en s accrochant à sa ceinture et à son rabat.)

BOB AU lARDIN d'aCCL I M ATATIO N ïSg

L'abbé, attendri, se raf us tatit. — C'est bon, c^est bon... vous êtes insupportable , c'est fâcheux, car vous avez une charmante nature» Bob, et il faudrait peu de chose pour...

Bob, modeste. — Oh I m'sieu Tabbé, charmante nature est p't'être beaucoup dire, mais enfin... {S'arrêtant,) Ah! les voilà!!l

L'abbé. — Qui ?

Bob. — Ben, les sauvages, m'sieu l'abbé I Vous voyez pas, ces machins bruns qu'on aperçoit là-bas... couchés parterre. Ah!

mais I y sont tout nus I . . .

L'abbé, assujettissant ses lunettes. — Tout

nusl... Etes-vous sûr de cela? Il me semble au contraire que j'en vois un vêtu de noir, avec un bonnet bleu. . .

BoB. — Mais c'est pas cal Clui-là, c'est Vprécepteur...

L'abbé^ — Comment, le précepteur ?

Bob. — Enfin, oui... c'iui qu'est chargé d'ies diriger.. . car y ont pas l'air très mtelligent, m'sieu l'abbé. Vous trouvez pas, dites?

igO PETIT BOB

L'abbé. — Mon Dieu... il est assez difficilf f^ juger cela. A cette distance...

Bob, vexé. — Allons tout près, alors...

L'abbé. — C'est que, plus près, il y a tellement de monde....

L'abbé et Bob cherchent à se faufiler le long du grillage, à l'endroit le plus rapproché des Fuégiens. Bob tire sans pitié sur la laisse de Léon, qui pousse des cris horribles. Tout le monde se retourne.

L*abbé. — Mais faites donc attention, Bob; vous étranglez Léon.

Un individu habillé en monsieur, s'adressant à l'abbé. — C'est pour injurier le président que vous donnez son nom à votre chien. Cest du propre. [Uabbé ne répond pas.) Gomme c'est malin, d'appeler son chien comme le président!... Sale moutard, va I

Bob, exaspéré. — Ah I mais vous m'embêtez, à la fin III J'appelle mon chien comme ça m'plaît, et ça n'regarde personne, entendez-vous, l'homme?

Un ouvrier en blouse. — Bravo, Tmou-

Page 1