GYP
BOB AU SALON
Bob (huit ans).— Costume anglais en velours bleu 1*01. Col et manchettes immenses. Cheveux blonde coupés carré sur le front. Chaussettes de soie bleue, mollets « couleur cuir » durs comme du bronze.
k^ON GRAND-PÈRE.
Bob. — Cesfy bientôt, dis, q' nous allons trouver V portrait de maman ?
Grand-père. — Mon enfant, je n^en sais rien; je suis absolument perdu...
Bob. — Comment tu t' perds, une grand personne ? C'est-y aussi grand que V Bois ici ?
Grand-père. — Je te dis que, avec cett^*
nouvelle organisation, je ne retrouve rien, mais tu ne peux pas comprendre ça...
Bob. — Alors, pourquoi me V dis-tu, si je n' peux pas comprendre? Cest égal, je voudrais bien voir maman, moi.
Grand-père. — Nous allons chercher.
Bob — Ah I cette dame bleue I elle est bien jolie! c'est qui? dis?
Grand-pêre cherchant. — i3o4. Portrait de madame G. P.... C*est de Carolus Duran.
Bob, admirant. — Ah! c'est très beau; cette belle robe bleue! Mais c'est pas maman qui fait des tours de force comme ça avec ses mains; vois- tu, grand-père, comme ça plie bien ?
Grand-père. — Ne crie donc pas comme tu le fais. Tiens, regarde cet amour d'enfant en rouge, je suis sûr qu'il est bien plus sage que toi? i
BoB, changeant de conversation. — Est-ce que nous n' cherchons plus maman? Oh!
grand-père! quel grand tableau !
BOB AU SALON
Grand-père. — 253o. Bataille de Gnin^ tvald.
Bob. — Ahl C'est une bataille, je croyais q' c'était un tremblement de terre! Tiens, voilà encore une bien jolie dame, là en robe blanche avec beaucoup d' violettes; vois donc, elle a Tair démarcher- Est-ce que maman est debout? Moi j]aime mieux qu'on soit assis quand on a pas de chapeaux; chez soi, on est assis, dis?
Grand-père. — Oui, ça dépend... Voilà le portrait du général de Galliffet!
Bob. — Ah! qu'il est rouge 1 Pourquoi l'at-on fait si rouge q' ça ?
Grand-père. — Parce que c'est la couleur à la mode, et qu'elle lui plaît probablement.
Bob.— Voilà encore des dames, mais pas maman! Pourquoi donc, dis, qu'elles font toutes faire leur portrait à l'hôtel?
Grand-père. — Pourquoi à Thôtel ? Qu'estce qui te fait penser à cela ?
Bob. — Dame, y a pas de tableaux, pas
TEIIT BOB
d' meubles, pas de petites tables avec des petites choses dessus; ça ressemble pas à chez nous, ça I ça ressemble à quand nous voyageons dans les hôtels.
Grand-père.— C'est vrai, petit Bob, ce que tu dis là; tout ça est sec et froid ; ce sont des portraits qui n'ont rien de tranquille ni d'intime, tout est sacrifié à TefiFet, et TefiFet se résume en une note heurtée ou criarde qui attire Toffil et généralement ne le fixepas. Ces portraits nous montrent des femmes jolies souvent, élégantes presque toujours, dans des cadres d'or, mais pas dans leurs cadres naturels ; si les peintres comprenaient à quel point cette absence de vie dans les accessoires enlève de vie à leurs modèles, ils prendraient plus de soin de la mise en scène.
Bob. — Je ne comprends pas bien ce que tu dis; cette bataille-là c'est des soldats turcs?
Grand-père. — Oui, mais on dit « ce sont » des soldats.
Bob. — C'est-y comme ça qui sont, dis, grand-père, les Turcs?
BOB AU SALON
Grand-père. — Je n'en sais rien, je ne les ai jamais vus.
Bob. — Grand-père, ceux-là qui sont couchés dans l'herbe, qui regardent des cygnes, qui sont tout nus, c'est des hommes ou des femmes?
Grand -PÈRE. — Ce sont, on dit « ce sont »
des femmes.
Bob. — Oh! la jolie dame en jaune, là-haut, tout là-haut, avec tout plein d'œillets sur sa robe! Oh! grand-père, c'est celle-là q' jaime le mieux ! J' voudrais bien que V portrait d' maman soit comme ça! Pas toi, dis?
Grand père. — Non! c'est rudement fatigant d'avoir sous le nez un portrait comme celuilà, pour le reste de ses jours. Quand on renouvelle un portrait tous les ans, à la bonne heure ! Mais avoir une robe jaune comme ça pour toujours, il y a de quoi devenir aveugle ou fou.
Bob. — Grand-père, c'est une rue qui est en eau ca ?
Grand PÈRE. — Oui, c'est à Venise, c'est le canal.
Bob. — Est-ce qu'il y en a à Paris, dis, des canals?
Grand-père. — On dit des «canaux». Non, il n'y en a pas I
Bob. — Ahl tant ptsi
Grand-père. — Pourquoi ?
Bob, — Parce que j'aurais voulu en voir; là-bas c'est des Turcs, ici, c'est des rues comme à Venise ; quand donc que nous verrons quelque chose q' j'aurai vu d' vivant ?
Grand -PÈRE. — Bob, il faut absolument réformer ton langage; c'est affreux, à ton âge tu devrais parler convenablement; je suis bien sûr que tu n'entends pas tes petits amis parler comme ça
Bob, indifférent. — Je n'sais pas, mais y font aussi bien des autres choses qu'on me sJéfend, va I
Grand-père. — Tu n'es pas fatigué?
Bob. — Non, mais je voudrais bien trouver maman; ahl voilà une bien jolie dame, grand-père I
BOB AU SALON
Grand père. — Où ça?
Bob. — Là, en robe noire, sur un fauteuil contre lequel elle est assise. Ah! comme elle est jolie avec ses cheveux gris!
Grand-père. — Ah I c'est un portrait de Jacquet! Où vois-tu des cheveux gris? ils sont blonds!
Bob. — Moi ça m' paraît gris. Pourquoi, dis, grand-père, qu'elle est assise devant le fauteuil au lieu d'être dessus ?
Grand-père. — Mais elle est dessus, c'est la perspective qui te fait cet effet-là.
BoB. — Grand-père, la perspective c'est d'avoir l'air devant les choses sur lesquelles on est, dis, alors ?
Grand-père. — Mais non, tu es trop petit pour comprendre cela!
BoB. — Ah! ce monsieur qui est couché, qu'il est laid !
Grand-père. — C'est le Marat de Mélingue.
BôB. — Pourquoi, dis, qu'on fait poser des gens si laids q' ça? Ahl les belles prunes I
et les guêpes! Ohl que j'en voudrais bien comme ça, de prunes! c'est quoi, dis?
Grand père. — Dieu, quel langage! c'est le Régal des mouches deBergeret.
Bob. — Et ce chat! Ce chat qui grimpe dans l'arbre, oh ! son œil, le bel œil 1
Grand-père. — Il va manger le pauvre oiseau et ses petits; ça s'appelle : Au secours t
Bob. — Oh! le beau chat! Moi, j'aime à toucher les chats, c'est flexible! J'en voudrais bien moi, grand-père, un, de chat I
Grand-père. — On dit : « Grand-père, je voudrais bien un chat.»
Bob. — C'est vrai, va!
Grand-père. — Je te dis de répéter convenablement.
Bob. — Eh bien I Grand-père, je voudrais bien un chat.
Grand-père. — Oui, mais tu n'en auras pas, c'est très dangereux.
Bob, vexé . — Ah ! c'était pas la peine de me faire répéter alors I Voilà beaucoup, beaucoup de portraits! Mais tout ça, c'est pas du tout des
BOB AU SALON
dames comme maman, c'est plutôt des dames comme nous rencontrons aux Champs-Elysées, tu trouves pas, dis ?
Grand-père. — Oui, oui.
Bob. — Tu sais, avec des p'tits chiens, aux chaises? que tu m' dis toujours qui faut pas les toucher, les chiens, qu'ils mordeni?
Pas vrai, dis, grand-père, que tu m' dis toujours ça ?
Grand-père, impatienté — En attendant nous ne trouvons rien, avec ce diable d'arrangement nouveau ; allons-nous-en.
Bob. — Oh I pas encore, dis ? Tiens, cette belle dame là-haut, en velours rouge, ça doit ttre r portrait d'ia République, est-ce pas?
J'en ai vu une toute pareille, que c'était son portrait, qu'on m'a dit. Et tous les poissons dans le filet! Vois donc combien il y en a beaucoup I
Grand-père. — C'est la Pêche miraculeuse de Lehoux.
BûB. — C'est singulier, grand-père, la
pêche miraculeuse I je croyais q' jamais Dieu n' faisait d' mal à personne?
Grand-père, — Eh bien ?
Bob. — Et les pauvres poissons, dis ? çi leur fait pas d' mal, tu crois ? Vois donc quel œil y font. J'en voudrais bien, dans un bocal, des poissons I des rouges, que j' voudrais!
Ohl grand-père III une femme géante! If comme où tu m'as mené, à Saint-Cloud 1 tu te rappelles plus, dis ?
Grand-père. — Mais où, où une géante ?
Bob. — Là, en haut ! Je crois que celle que nous avons vue était encore plus grosse que ça ! mais, par exemple, elle avait l'air moins distingué.
Grand-père. — Mais, petit misérable, c'est le portrait de la reine Isabelle, par M. de Pommayrac. Ne crie donc pas tout haut des réflexions pareilles.
Bob, tout bas. — Tu t' rappelles bien, dis, maintenant? q' tu m'as fait toucher le mollet qu'elle m'a offert, q' je n' voulais pas, et
BOBAIJ SALON II
puis que t'as dit qu'y fallait pas refuser parce que c'était son p'tit bénéfice?...
Grand- PÈRE. — C*est bon, c'est bon, tu es assommant avec tes souvenirs; tu ferais beaucoup mieux d'appliquer ta mémoire à retenir tes leçons, car tu es faible comme science, mon pauvre Bob.
BoB. — Grand-père, depuis que je suis là, y m'est venu une idée I
Grand-père. — Voyons cette idée?
BoB. — C'est de m' faire peintre I
Grand-père. — Ah I et quel genre choisiras-tu ?
BoB. — Quoi ? quel genre ?
Grand-père. — Les batailles ? les tableaux religieux? les animaux? le paysage? le portrait ?
BoB. — Je me ferai peintre de femmes.
Grand -PÈRE. — Vraiment ?
Bob. — Oui, je crois que c'est encore ce qu'il y a de mieux! Je n' ferai que des jolies, j' les mettrai dans un appartement, oh ! mais un pour de vrai 1 où il y aura des tapis, des
paravents, des coussins, des tableaux, des fleurs, et un tas de p'tites choses en porce-
ine sur de belles p'tites tables en peluche,
mme maman. Je ferai du feu dans la che-
née, une lampe allumée et une pendule qui
nnera ; tu verras si ça sera pas joli, mes tableaux !
Grand-père. — Ce sera superbe, je n'en doute pas, mais il faut nous en aller. Bob !
Bob. — Oh! nous passerons pari' jardin, dis ? j'ai vu des si belles bêtes blanches, que j' voudrais bien les revoir.
Grand-père. — Soit.
Bob, en arrêt devant un buste. — Tiens t grand-père, voilà la tête du monsieur qui est couché là-haut, q' tu m'as dit que c'était M Marat.
Grand-père. — Mais non, mais non, viens donc!
Bob. — C'est pas lui, qui que c'est, alors?
*:herche, puisque tu asun dictionnaire.
Grand-père. — C'est M. Emile de Girardin, mais qu'est-ce que ça peut bien te faire?
BOB AU SALON t3
BoB^ pensif . — C'est que j' voudrais bien en avoir une comme ça, de tête..., pour jouer..., pour... Tu n' voudrais pas m'en acheter une comme ça, dis ?
Grand-père. — Tu es fou ! allons, viens Bob. — Nous reviendrons, dis, grand-père î GRiND-pÈRE. — Certainement non.
Bob. — Costume de toile « rouge cardinal », à col marui très ouvert, chapeau matelot bordé de rouge^ chaussettes rouges.
Son grand-pbre.
Ils entrent; l'ouvreuse désigne des places au qua» trième rang. Grand-père va y monter, Bob le tire par son paletot.
Grand-père. — Qu'est-ce que tu veux ?
Bob. — Nous allons monter là-haut, dis?
Grand-père. — Mais oui.
BoB. — Y en a pas des plus près, dis^ grand-père, des places?
Grand -PÈRE. — Plus près de quoi ?
Bob. — Eh bien ! du rond ?
Grand-père. — Si, mais on y est très mal, on reçoit du sable dans les yeux.
Bob. — Oh I ça m'est égal !
Grand-père. — A toi, c'est possible, mais
moi, ça nîfC...
BoB, vivement. — Grand-père, puisque c'est pour moi q' nous venons, j' t'en prie, veux-tu, dis?
Grand -PÈRE. — Allons^ soit.
Ils s^asseyent au deuxième rang, après une courte lutte, Bob voulant absolument s'asseoir au premier.
Grand-père. — Es-tu content ?
Bob.— Très content; mais il n'y a personne.
Grand-père. — Parbleu ! il est huit heures I et puis, à présent, le samedi est bien dégarni.
Bob. — C'est plus amusant, dis, le samedi ?
Grand-père. — Certainement^
Bob. — Pourquoi, dis ?
Grand-père. — Plus amusant... c'est-àdire, il y a plus de monde, voilà tout.
BoB. — Aimes-tu le monde, toi, grandpère?
Grand-père. — Ça dépend, je...
Bob. — Oui, j' sais bien, va ; tu aimes un; monde, mais pas celui qui vient à la maison...
Grand-père, ahuri. — Comment?... Comment?...
Bob. — Un jour qu'il y avait du monde à dîner, tu as dit à papa en prenant le café :
« Sapristi ! sont-ils ennuyeux ces animauxlà I » Alors... j'ai pensé...
Grand-père. — Quoi donc, monsieur Bob?
BoB. — Damel que, à ton cercle,... ou bien n'importe où, tu connaissais des autres mondes plus amusants q' chez nous...
Grand-père. — Ah! tu écoutes ce qu'on dit?
Bob. — C'est du mal ça, dis, grand-père, que j'ai dit ?
Grand-père. — Pas précisément, mais un enfant ne doit jamais écouter la conversation des grandes personnes.
Bob. — Aussi j'écoute pas, jamais; j'entends seulement ; tu comprends, quand je suis là... sans pouvoir jouer ? Ah 1 on vient avec
un râteau arranger quelque chose. Ça va commencer, dis?
Grand-père. — Oui! voilà un clown qui fait son entrée.
Bob. — Tu les aimes, dis, toi, les clowns?
moi je les aimais quand j^étais petit, à présent ça n' m'amuse plus tant que les chevaux.
Grand-père. — Vraiment ? quand tu étais petit ?
BoB, sérieux. — Oui. Oh! cet homme sur le cheval, sans rien pour se tenir I... Oh!
grand-père, c'est une belle carrière d'être dans un cirque, dis ? On dit toujours qu'il faudra que j'en choisisse une, de carrière, je crois q'c'est celle-là que j'choisirai, {Criant.) Grand-père?
Grand-père. — Quoi ?
Bob, — Pourquoi que tu n' me réponds plus, grand-père? tu regardes tout T monde qui arrive? Ohl il en arrive beaucoup...
beaucoup d' dames surtout... et bien jolies...
Grand-père. — Ne parle pas si haut et
occupe-toi de ce qui se passe dans la piste au lieu de regarder dans la salle.
Bob. — Mais ça m'amuse, et puisque nous sommes ici pour m'amuser... c'est toi qui Tas dit...
Grand-père. — Moi, qu'est-ce que j'ai dit?
Bob. — Rien ! q' nous étions ici pour m'amuser... Tiens! voilà mon oncle I
Grand-pfre. — Où ça ?
Bob. — Là, debout, par où q' les chevaux arrivent... y nous a vus, y vient...
L'oncle s'assoit près du grand-père et ils causent.. Bob examine attentivement sa voisine.
Bob. — Grand-père, laquelle aimes-tu V mieux, dis ? la dame qui est sur le cheval ou bien celle qui est assise à côté de moi ?...
Grand-père, vexé. — Bob, si tu ne veux pas te taire, je vais t'emmener.
Bob. — Alors... je ne peux plus rien t'dire^ dis ? ça sera pas amusant.
Grand-père. — Si, mais pas tout haut.
Bob, à demi-voix. — Grand-père, moi je
trouve qu'il y a des presqu' aussi beaux costumes dans les dames qui regardent que dans celles qui sont à cheval dans le rond.
Grand-père, distrait^ reprenant sa conversation. — Oui... oui...
BoB, tirant. — Ainsi, tiens, cette p'tite dame qui vient d' passer, qui m'a marché sur un pied et qui a dit bonjour à mon oncle.
Grand-père. — Comment, qui a dit bonjour à ton oncle î
Bob. — Oui,en passant... comme ça qu'elle a fait... tn frisant son œil... et avec la tête comme ça...
Grand-père. — Eh bien, après ?
Bob, avec admiration. — Elle avait une robe magnifique qui doit coûter bien cher 1
Grand-père et Toncle ne peuvent s*empêcier de rire.
Bob. — Pourquoi mon oncle a dit : « Satané crapaud ? » dis, grand-père ? où il est, le crapaud ?...
Grand -PÈRE. — Nulle part. Je t'ai déjà dit de ne pas écouter ce que nous disons.
Bob, piqué. — C'est donc toujours du ma) q' vous dites? [Heureusement pour lut\ grand-père n'entend pas,) Grand-père ! 1 1 voilà c' que nous avons encore vu d' plus beau ! (// le tire.)
Grand PÈRE. — Quoi ?
Bob. — Cette belle dame à moitié toute nue ! avec un corsage de velours vert. Oh !II C'est-y sur une corde, dis, qu'elle est ?...
Grand-père. — Non^ c'est sur un fil de fer.
Bob, effaré. — Mais alors, en s'assej^ant dessus comme ça, elle va s' couper en deux^ tu vas voir ?...
Grand-père. — Mais non, mais non.
BoB. — Pourtant, T chef m'a montré un fil de fer comme ça, une fois q' j'étais à la cuisine, qu'y coupe le beurre avec, que c'est effrayant comme ça Y coupe.
Grand-père. — Vlan ! une assiette cassée !
Bob. — Oh ! elle est bien adroite, tout d' même, de lancer tout ça en l'air et d' n'en laisser tomber qu'une!
Grand-père. — Encore I ahl décidément ça ne va pas ce soir !
Bob, gravement. — Elle n'est pas en forme, probablement.
Grand-père, stupéfait. — Tu dis ???
BoB. — Je dis : elle n'est pas en forme.
Papa dit comme ça des tireurs, ça veut dire <}ue...
Grand-père. — Je sais, je sais.
Bob. — Ah ! c'est q' tu avais l'air de n* pas comprendre, tu ouvrais des gros yeux...
comme on ouvre quand on comprend pas.
Grand- père. — Il est ridicule qu'un enfant emploie certains mots...
Bob, chaJîgeaJît la conversation. — Tu trouves pas, dis, grand-père, qu'elle est bien, bien belle, cette dame ?
Grand-père. — Quelle dame ?
Bob. — Celle des assiettes ! Ah I elle descend, elle s'en va... applaudis, grand-père; ta canne... iTÎ'/s fort!
Grand-père. — Oui, oui, mais pourquoi ?
Bob. — Pour qu'elle revienne donc ! y
BOBAIJ CIRQUE 23
reviennent tous quand on fait du bruit...
Vois-tu... ah! des bouteilles...
Grand-père. — Ça t'amuse. [A ronde.
Moi, je trouve qu'elle pourrait se dispenser de '^ien faire, et...
Bob, simplement. — Oh 1 oui III pourvu qu'on la voie!...
Grand-père. — ...
Bob. — Comme elle salue bien, grandpère, sans s* tortiller comme les autres d'avant, sans faire des grimaces non plus...
Moi, j' trouve qu'elle a l'air très distingué ; tu trouves pas, toi !
Grand-père. — Si, si. Regarde les vélocipèdes.
Bob, froidement. — Ça m'amuse moins, beaucoup moins.
Une cocotte de troisième ordre, à toilette insensée, enjambe pour passer au rang au-dessus. Elle couvre de ses jupons la tête de l'oncle, qui rattrape son chapeau en marmottant quelques mots presque inintelligibles.
Bob, vivement. — Où... où est-elle? Monire-la-moi.
Grand-père, étonné. — Montrer quoiî qu'est-ce que tu veux voir ?
Bob, très haut. — La grue III
ÛRAND-pÈRE, très vexé. — Mais...
Bob. — Est-ce qu'elle est apprivoisée ?
est-ce qu'il y en a beaucoup au cirque ?...
Tous les voisins rient.
Grand-père. — Bob, tu ne sais ce que tu dis...
Bob, qui voit bien que grand-père n'est pas content et qui comprmd vaguetnent quil a fait une bêtise. — C'est pas moi, c'est mon oncle. .
Grand père. — Tais-toi...
BoB, continuant. — Il a dit : quelle grue t I Grand-père. — Tu as mal entendu..,
BoB. — Pas du tout, il l'a dit comme ca..
d 'abord c'est la seconde fois qu'y parle d'anî- «naux, que tu m' dis après qui sont pas
Grand- père. — Bob, pour la dernière fois^
BOBAUCIRQUE 25
je te défends d'entendre ce qu'on dit ; si tu • recommences, nous partirons*, tu comprends tout de travers...
Bob, d'un air entendu. — Oh ! ça ???...
Grand-père. — Tiens, regarde Élisa.
Bob. — Elle est bien gentille 1 Oh ! le joli cheval ! Est-ce qu'elle monte mieux que maman, dis ?
Grand-père. — Elle monte mieux que personne.
Bob. — Qu'est-ce qu'y a après ?
Grand-père, regardant le programme.
— Après... l'entrée d'un clown.
Bob. — Et après le clown, ça sera-t-y Promiscuité ?
Granj^-pere. — Hein ???
Bob. — Oui, j' me réjouis d' savoir si elle m'amusera, parce que papa dit qu' non, et alors. . .
Grand-père. — Je ne comprends pas un mot de ce que tu demandes, quel nom distu ?
Bob, agacé^ appuyant. — Pro-mis cuité^
j'ai très bien prononcé, et elle joue V samedi, papa Ta dit... Ainsi...
Grand-père. — Tu rêves.
BoB. — Tout à rheure, quand maman a voulu venir au cirque, papa a dit : Je ne comprends pas comment cette Promiscuité du samedi peut vous amuser t
Grand-père, riant. — M. Bob a encore écouté ce qu'on disait, sans comprendre, naturellement.
Bob, très piqué. — Ah I (Silence.)
Grand-père. — T'amuse-t-il, ce clown?
BoB. — Oh ! oui ; demain j'essaierai d' faire comme lui... Avec une tête d' loup... ça n' doit pas être très difficile... Grand-père, c'est moins... honorable de faire ça que d* sauter sur les chevaux, est-ce pas?
Grand-père. — C'est très honorable aussi.
BoB. — Est-ce que tu ferais bien tout ça, toi, dis?
Grand -père, riant. — Non.
BoB. — Ohl je pense bien q' tu voudrais pas ; mais, si tu voulais, tu pourrais, dis ?
Grand-père. — Pas davantage.
Bob. — Alors, pourquoi q' tu m' dis toujours, quand j' peux pas apprendre mes leçons, qu'on peut tout c' qu'on veut ?
Grand-père. — Ce n'estpas la mêmechose du tout.
BoB. — Eh bien ! explique.
Grand-père. — Expliquer quoi ?
Bob. — La différence.
Grand-père. — Tu ne comprendrais pas.
Bob. — Si, puisque je « veux» comprendre.
Grand-père. — Allons, viens, voilà la fin ; donne-moi la main, pour ne pas te faire bousculer. (Ils sortent.)
Dans la foule à la sortie.
Bob. — C'est égal, tu m'as emmené, mais tu m'as rien expliqué toujours !
Grand-père. — Bob, tu es insupportable.
Bob. — C'est pas répondre, ça !
Grand-père, menaçant. — Bob !...
Bob. — Ben, j' s'rai gentil, mais tu m' diras quelque chose ?
Grand-père. — Quoi?
Bob. — Promets-le, q' tu V diras ?
Grand-père. — Par exemple!...
Bob. — Promets-le, j* te dis, et j* te V dirai...
Grand-père, énervé, — Oui là !
Bob. — Ben, est-ce pas q' mon oncle a parlé d' crapaud et qu'il a dit : « Quelle grue ! »
Grand-père, exaspéré. — Oh 111
Bob. — Robe anglaise en toile à voilejà grand col marin très décolleté; manches relevées au-dessus du coude; chaussettes rayées rouge et bleu ; bras et mollets couverts d'égratignures ; poches bourrées de choses qui forment de grosses bosses. A côté de lui, un énorme griffon d'arrêt qui a l'air d*un ours.
Bob, assis dans Therbe, cause avec son chien, et lui fait admirer les objets qui sortent de ses poches inépuisables : un livre, de la ficelle, un mouchoir, des sous, un couteau, des prunes, etc., etc. De temps en temps le chien s'endort; mais, dès que Bob le voit incliner sa grosse tête, il lui plonge les mains dans la barbe et le secoue vigoureusement.
Un monsieur descend de voiture devant la grille.