GIL BLAS
LE père Dumont eut une idée. Il l'appela Gil Blas et lui mit en bavoir une phrase de Jules Janin. Villemot et Richepin l'allaitèrent d'amertumes et d'ironies. Maizeroy la sevra avec des fondants à la canth aride. Silvestre lui apprit à rire et Vallès à mordre. L'idée grandit et s'éleva au-dessus du médiocre.
Alors Sarcey bava. 11 revêtit ses insignes de délateur accrédité auprès de Sa Majesté Marianne. Il se passa au cou la chaîne d'acier où est suspendue une feuille de vigne, emblème de sa charge. La pudeur des épiciers sur laquelle il veille condamna.
Honnie par les imbéciles, l'idée réussit. Son usine littéraire fut installée supérieurement. Le patient Mendès y construit sur des pointes de seins des chroniques futiles comme des châteaux de cartes et compliquées comme des créations de confiseurs. Le gros Maupassant tourne en style d'amateur les petites aventures et les petites pensées des petites gens. Banville y fait de la musique. Zola établit au rez-dechaussée ses énormes, puissantes et bruyantes machines dont trépide le monde lettré. Alexis y dissèque des âmes et Monin y anatomise des corps. Le baron de Vaux potine, Xau raconte et Ginisty bavarde.
Et l'usine marche, et l'idée encaisse, et tout ce bruit plaît.
GILLE (Philippe).
CE nom évadé de la Comédie Italienne a porté bonheur à vingt pièces sans mélancolie : Le Serpent à plumes, les Charbonniers, l'Ecossais de Chat ou...
GINISTY (Paul).
IL fait de la critique au Cil Blas, de la chronique partout, dirige la Vie Populaire, qui prospère, collabore avec Gramont, et passe le reste de son temps à rendre service à ses camarades. Puis, chaque soir, se couche, en se disant : — Encore un jour perdu pour l'Art ! — Poseur, va !