‹ Petit carême de MassillonChapitre 11 sur 45 · SECONDE RÉFLEXION · texte numérisé non relu

SECONDE RÉFLEXION

Je dis leur ennui: etrc'est une seconde * réflexion que me fournit le malheuc des grands qui ont abandonné Dieu.

Non seulement les passions sont plus violentes dans cet état si heureux aux: yeux du monde, mais l'ennui y devient plus insupportable.

Oui, mes frères, l'ennui, qui paraît devoir être le partage du peuple, ne s'est pourtant, ce semble , réfugié que chez les grands : c'est comme leur ombre qu1 les suit par tout. Les plaisirs , presque tous épuisés pour eux, ne leur offrent plus qu'une triste uniformité qui endort ou qui lasse : ils ont beau les diversifier, ils diversifient leur ennui. En vain ils se font honneur de paraître à la tête de toutes les réjouissances publiques : c'est une vivacité d'ostentation; le cœur n'y prend presque plus de part: le long usage des plaisirs les leur a rendus inutiles : ce sont des ressources usées, qui se nuisent chaque jour à elles-mêmes. Semblables à un malade à qui une longue langueur a rendu tous les mets insipides, ils essayent de tout, et rien ne les pique et ne les réveille; et un dégoût affreux, dit Job, succède à l'instant à une vaine espérance de plaisir dont leur âme s'était d'abord flattée : et spes illorum abominatio animœ (i).

(i) Job. , c. n, v. 20.

DE CARÊME. Io5

Toute leur vie n'est qu'une précaution pénible contre l'ennui , et toute leur vie n'est qu'un ennui pénible elle* même : ils l'avancent même en se hâtant de multiplier les plaisirs. Tout est déjà usé pour eux à l'entrée même de la vie ; et leurs premières années éprouvent déjà les dégoûts et l'insipidité que la lassitude et le long usage de tout semble attacher à la vieillesse.

Il faut au juste moins de plaisirs, et ses jours sont plus heureux et plus tranquilles. Tout est délassement pour un cœur innocent. Les plaisirs doux et permis qu'offre la nature , fades et ennuyeux pour l'homme dissolu ? conservent tout leur agrément pour l'homme de bien : il n'y a même que les plaisirs innocens qui laissent une joie pure daus l'âme; tout ce qui la souille l'attriste et la noircit. Les saintes familiarités et les jeux chastes et pudiques d'Isaac et de Rébecca , dans la cour du roi de Gerare, suffisaient à ces âmes pures et fidèles. C'était un plaisir assez vif pouç

ïc6 TROISIEME DIMANCHE David de chanter sur la Ivre les louanges du Seigneur, ou de danser avec le reste de son peuple autour de l'arche sainte. Les festins d'hospitalité faisaient les fêtes les plus agréables des premiers patriarches , et la brebis la plus grasse suffisait pour les délices de ces tables innocentes.

Il faut moins de joie au dehors à celui qui la porte déjà dans le cœur; elle se répand de là sur les objets les plus indifFérens; mais si vous ne portez pas au dedans la source d^ la joie véritable, c'est-à-dire la paix de la conscience et l'innocence du cœur , en vain vous la cherchez au dehors. Rassemblez tous les amusemens autour de vous; il s y répandra toujours du fond de votre âme une amertume qui les empoisonnera. Raffinez sur tous les plaisirs , subtilisezles , mettez-les dans le creuset ; de toutes ces transformations il n'en sortira et résultera jamais que l'ennui.

, Grand Dieu , ce qui nous éloigne de vous est cela même qui devrait nous

rappeler à vous : plus la prospérité multiplie nos plaisirs, plus elle nous en détrompe; et les grands sont moins excusables et plus malheureux de ne pas s'attacher à vous y 0 mon Dieu , parce qu'ils sentent mieux et plus souvent le vide de tout ce qui n'est pas vous.

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