‹ Petit carême de MassillonChapitre 2 sur 45 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Sire ,

Comme le premier penchant des peuples est d'imiter les rois, le premier devoir des rois est de donner de saints exemples aux peuples. Les hommes ordinaires ne semblent naître que pour eux seuls ; leurs vices ou leurs vertus sont obscurs comme leur destinée : confondus dans la foule, s'ils tombent ou s'ils demeurent fermes , c'est également à l'insu du public; leur perte ou leur salut se borne à leur personne : ou du moins leur exemple peut bien séduire et détourner quelquefois de la vertu; mais il ne saurait imposer et autoriser le vice.

Les princes et les grands , au contraire , ne semblent nés que pour les autres. Le même rang qui les donne en spectacle les propose pour modèles ; leurs mœurs forment bientôt les mœurs publiques : on suppose que ceux qui méritent nos hommages ne sont pas indignes de notre imitation : la fouie n'a.

Ï3E LÀ PURIFICATION. 5 point d'autre loi que les exemples de ceux qui commandent : leur vie se reproduit , pour ainsi dire , dans le public ; et si leurs vices trouvent des censeurs, c'est d'ordinaire parmi ceux mêmes qui les imitent.

Aussi la même grandeur qui favorise les passions les contraint et les gêne; et, comme dit un ancien, plus l'élévatiori semble nous donner de licence par l'autorité , plus elle nous en ôte par les bienséances

Mais d'où viennent ces suites inévitables que les exemples des grands ont toujours parmi les peuples ? le voici : du côté des peuples, c'est la vanité et l'envie de plaire; du côté des grands, c'est l'étendue et la perpétuité.

Je dis la vanité du côté des peuples.

Oui, mes frères, le monde toujours inexplicable , a de tout tems attaché également de la honte et au vice et à la vertu : il donne du ridicule à l'homme

(i) Ita j in maooima Jbrtuna P mirdma ïicentia est, S ALLT75X»

juste; il perce de raille traits l'homme dissolu : les passions et les œuvres saintes fournissent la même matière à ses décisions et à ses censures ; et par une bizarrerie que ses caprices seuls peuvent justifier, il a trouvé le secret de rendre en même lems et le vice méprisable , et la vertu ridicule. Or , les exemples de dissolution dans les grands, en autorisant le vice,enennoblissentla honîeet l'ignominie , et lui ôtent ce qu'il a de me'prisable aux yeux du public : leurs passions deviennent bientôt dans les autres de nouveaux titres d'honneur, et la vanité seule peut leur former des imitateurs,

Notre nation sur- tout, ou plus vaine, ou plus frivole, comme on l'en accuse, ou, pour parler plus équitablement et lui faire plus d'honneur, plus attachée à ses maîtres et plus respectueuse envers les grands , se fait une gloire de cooier leurs mœurs, comme un devoir d'aimer leur personne : on est flatté d'une ressemblance qui , nous rapprochant de leur conduite, semble nous rapproche):

DE LA PURIFICATION. 7 de leur rang. Tout devient honorable d'après de grands modèles; et souvent l'ostentation toute seule nous jette dans des excès auxquels l'inclination se refuse, La ville croirait dégénérer en ne copiant pas les mœurs de la cour : le citoyen obscur, en imitant la licence des grands, croit mettre à ses passions le sceau de la grandeur et de la noblesse, et le désordre, dont le goût lui-même se lasse bientôt, la vanité toute seule leperpétue.

Mais , Sire , d'un autre côté tout reprend saplacedans un étatoùles grands, et le prince sur-tout, adorent le Seigneur. La piété est en honneur dès qu'elle a de grands exemples pour elle : les justes ne craignent plus ce ridicule que le monde jette sur la vertu , et qui est l'écueil de tant d'âmes faibles; on craint Dieu sans craindre les hommes; la vertu n'est plus étrangère à la cour ; le désordre lui-même n'y va plus la tête levée, il est réduit à se cacher où à se couvrir des apparences de la sagesse; la licence ne paraît plus revêtue de l'autorité publique ; et si le

vice n'y perd rien-, le scandale du moins diminue. En un mot , les devoirs de la religion entrent dans Tordre public ; ils deviennent unebienséancequele monde lui-même nous impose : le culte peut encore être méprisé en secret par l'impie ; mais il est vengé du moins par la majesté et la décence publiques. Le temple saint peut encore voir au pied de ses autels des pécheurs et des incrédules ; mais il n'y voit plus de profanateurs.

Le zèle de votre auguste bisaïeul avait, pardeslois sévères, punisouvent, et toujours flétri de son indignation et de sa disgrâce, ce scandale dans son roj^aume. Il peut se trouver encore des hommes corrompus qui refusent à Dieu leur cœur; mais ils n'oseraient lui refuser leurs hommages. En un mot , il peut être encore aisé de se perdre; mais du moins il n'est pas honteux de se sauver.

Or, quand l'exemple des grands ne servirait qu'à autoriser la vertu , qu'à la rendre respectable sur la terre, qu'à lui ôier ce ridicule impie et insensé que

le monde lui donne, qu'à meUre les justes à couvert de la tentation des dérisions et des censures, qu'à établir qu'il n'est pas honteux à l'homme de servir le Dieu qui Ta fait naître et qui le conserve, que le culte qu'on lui rend est le devoir le plus glorieux et le plus honorable à la créature , et que le titre de serviteur du Très-Haut est mille fois plus grand et plus réel que tous les titres vains et pompeux qui entourent le diadème des souverains ; quand l'exemple des grands n'aurait que cet avantage, quel honneur pour la religion , et quelle abondance de bénédictions pour un empire!

Sire , heureux le peuple qui trouve ses modèles dans ses maîtres, qui peut imiter ceux qu'il est obligé de respecter , qui apprend dans leurs exemples à obéira leurs lois, et qui n'est pas contraint de détourner ses regards de ceux à qui il doit des hommages !

Mais quand les exemples des grands ne trouveraient pas dans la vanité seule des peuples une imitation toujours sûre,

10 sermon pour la fête

l'intérêt, et l'enviede leur plaire leur donneraient autant d'imitateurs de leurs actions, que leur autorité forme de prétendans à leurs grâces.

Le jeune roi Roboam oublie les conseils d'un père, le plus sage des rois ; une jeunesse inconsidérée est bientôt appelée aux premières places, et partage ses faveurs en imitant ses désordres.

Les grands veulent être applaudis ; et comme l'imitation est de tous les applaudissemens le plus flatteur et le moins équivoque, on est sûr de leur plaire dès qu'on s'étudie à leur ressembler :

ils sont ravis de trouver dans leurs imitateurs l'apologie de leurs vices, et ils cherchent avec complaisance dans tout ce qui les environne de quoi se rassurer contre eux-mêmes.

Ainsi l'ambition , dont les voies sont toujours longues et pénibles, est charmée de sefrayer un chemin plus court et plus agréable : le plaisir , d'ordinaire irréconciliable avec .la fortune , en devient l'artisan et le ministre : les pas-

sions , déjà si favorisées par nos penchans, trouvent encore dans l'espoir de la récompense un nouvel attrait qui les anime ; tous les motifs se réunissent contre la vertu ; et s'il est si mal-aisé de se défendre du vice qui plaît* qu'il est difficile de ne pas s'y livrer, lorsque de plus il nous honore!

Tel est , Sire , le malheur des grands que des passions injustes entraînent.

Leur exemple corrompt tous ceux que leur autorité leur soumet : ils répandent leurs mœurs en distribuant leurs grâces; tout ce qui dépend d'eux veut vivre comme eux. Sire, n'estimez dans les hommes que l'amour du devoir, et vos bienfaits ne tomberont que sur le mérite : condamnez dans les autres ce que vous ne sauriez vous justifier à vousmême. Les imitateurs des passions des grands insul Lent à leurs vices en les imitant. Quel malheur, quand le souverain f peu content de se livrer au désordre , semble le consacrer parles grâces dont il l'honore dans ceux qui en sont ou les

imitateurs , ou les honteux ministres', quel opprobre pour un empire! quelle indécence pour la majesté du gouvernement! quel découragement pour une nation^ et pour les sujets habiles et vertueux à qui le vice enlève les grâces destinées à leurs taiens et à leurs services ! quel décri et quel avilissement pour le prince dans l'opinion des cours étrangères! etde-là quel déluge de maux dans le peuple! les places occupées par des hommes corrompus; les passions, toujours punies par le mépris, devenues la voie des honneurs et de la gloire ; l'autorité , établie pour maintenir l'ordre et la pudeur des lois, méritée par les excès qui les violent; les mœurs corrompues dans leur source ; les astres qui doivent marquer nos routes, changés en des feux errans qui nous égarent ; les bienséances mêmes publiques, dont le vice est toujours jaloux, renvoyées comme des usages surannés à l'antique gravité de nos pères; le désordre débarrassé de la gêne même des ménage-

DE LÀ PURIFICATION. l3 mens ; la modération dans le vice devenue presque aussi ridicule que la verlu.

Mais 3 Sire, si la justice et la piété dans les grands prennent la place des passions et de la licence, quelle source de bénédictions pour les peuples ! C'est la vertu qui distribue les grâces ; c'est elle qui les reçoit : les honneurs vont chercher l'homme sage qui les mérite et qui les fuit , et fuient l'homme vendu à l'iniquité qui court après ; les fonctions publiques ne sont confiées qu'à ceux qui se dévouent au bien public ; le crédit et l'intrigue ne mènent à rien ; le mérite et les services n'ont besoin que d'euxmêmes, le goût même du souverain ne décide pas de ses largesses ; rien ne lui paraît digne de récompense dans ses sujets ? quelestalens utiles à la patrie; les faveurs annoncent toujours le mérite , ou le suivent de près ; il n'y a de niécontens dans l'état que les hommes oiseux et inutiles; la paresse et la médiocrité murmurent toutes seules contre la sagesse et l'équité des choix ; les ta-

14 SERMON POUR LA FÊTE lens se développent par les récompenses qui les attendent; chacun cherche à se rendre utile au public ; et toute l'habileté de l'ambition se réduit à se rendre digne des places auxquelles on aspire.

En un mot, les peuples sont soulagés; les faibles soutenus, les vicieux laissés dans la boue, les justes honorés, Dieu béni dans les grands qui tiennent icibas sa place; et si l'envie de leur plaire peut former des hypocrites, outre que le masque tombe tôt ou tard , et que l'hypocrisie se trahit toujours par quelque endroit elle-même, c'est du moins unhommageque le vice rend à la vertu, en s'honorant même de ses apparences.

Voilà du côté des peuples les suites que la vanité et l'envie de plaire attachent toujours aux exemples des grands : de leur côté, c'est l'étendue ei la perpétuité qui en font comme le signal ou du désordre ou de la vertu parmi les hommes.

SECONDE PARTIE

Je dis Fëtendue , une étendue d'autorité : que de ministres de leurs passions n'enveloppent-ils pas dans leur condamnation et dans leur destinée !

Si un amour outré de la gloire les enivre, tout leur souffle la désolation et la guerre; et alors, SiRE , que de peuples sacrifiés à l'idole de leur orgueil ! que de sang répandu qui crie vengeance contre leur tête! que de calamités publiques dont ils sont les seuls auteurs ! que de voies plaintives s'élèvent au ciel contre des hommes nés pour le malheur des autres hommes! que de crimes naissent d'un seul crime! Leurs larmes pourraient-elles jamais laver les campagnes teintes du sang de tant d'innocens? et leur repentir tout seul peut-il désarmer la colère du ciel5 tandis qu'il laisse encore après lui tant de troubles et de malheurs sur la terre ?

Sire 9 regardez toujours la guerre comme le plus grand fléau dont Dieu

l6 SEHMON POUR LA FÊTE

puisse affliger un empire : cherchez à désarmer vos ennemis, plutôt qu'à les vaincre. Dieu ne vous a confié le glaive que pour la sûreté de vos peuples , et non pour le malheur de vos voisins.

L'empire sur lequel le ciel vous a établi est assez vaste; soyez plus jaloux d'en soulager les misères que d'en étendre les limites ; mettez plutôt votre gloire à réparer les malheurs des guerres pas^ sées, qu'à en entreprendre de nouvelles; rendez votre règne immortel par la félicité de vos peuples, plus que par le nombre de vos conquêtes; ne mesurez pas sur votre puissance la justice de vos entreprises; et n'oubliez jamais que, dans les guerres les plus justes, les victoires traînent toujours après elles autant de calamités pour un état que les plus sanglantes défaites.

Mais , si l'amour du plaisir l'emporte dans les souverains sur la gloire , hélas I tout sert àleurspassions, tout s'empresse pour en être les ministres, tout en facilite le succès , tout en réveille les dé-

DE LA PURIFICATION. 1J sirs , tout prête des armes à la volupté ; des sujets indignes la favorisent ; les adulateurs lui donnent des titres d'honneur ; des auteurs profanes la chantent et l'embellissent ; les arts s'épuisent pour en diversifier les plaisirs ; tous les talens destinés, par l'auteur delà nature, à servir à l'ordre et à la décoration de la société, ne servent plus qu'à celle du vice; tout devient les ministres, et par -là les complices de leurs passions injustes.

Sihe, qu'on est à plaindre dans !a grandeur! les passions, qui s'usent par le tems , s'y perpétuent par les ressources ; les dégoûts, toujours inséparables du désordre, y sont réveillés par la diversité des plaisirs ; le tumulte seul, et l'agitation qui environne le trône, en bannit les réflexions, et ne laisse jamais un instant le souverain avec lui-même. Les Nathan eux-mêmes , les prophètes du Seigneur se taisent et s'affaiblissent en l'approchant; tout lui parle de sa puissance, et personne n'ose lui montrer même de loin ses faiblesses.

ï8 SERMON POUR LA FÊTE

A l'étendue de l'autorité ajoutez encore une étendue d'éclat ; ce n'est pas à leur nation seule que se borne l'impression et l'effet contagieux de leurs exemples. Les grands sont en spectacle à tout l'univers ; leurs actions passent de bouche en bouche, de province en province, de nation en nation : rien n'est privé dans leur vie; tout appartient au public : l'étranger, dans les cours les plus éloignées, a les yeux sur eux comme le citoyen : ils vont se faire des imitateurs jusques dans les lieux où leur puissance leur forme d?s ennemis; le monde entier se sent de leurs vertus ou de leurs vices ; ils sont, si je l'ose dire, citoyens de l'univers ; au milieu de tous les peuples se passent des événemens qui prennent leur source dans leurs exemples ; ils sont chargés devant Dieu de la justice ou des iniquités des nations , et leurs vices ou leurs vertus ont des bornes encore plus étendues que celles de leur empire.

La France sur-tout, qui depuis longtems fixe tous les regards de l'Europe,

est encore plus en spectacle qu'aucune autre nation; les étrangers y viennent en foule étudier nos mœurs, et les porter ensuite dans les contrées les plus éloignées : nous y voyons même les enfans des souverains s'éloigner des plaisirs et de la magnificence de leur cour ? venir ici comme des hommes privés, substituer à la langue et aux manières de leur nation la politesse de la nôtre , et , comme le trône a toujours leurs premiers regards, se former sur la sagesse et la modération , ou sur l'orgueil et les excès du prince qui le remplit. Si RE , montrez leur un souverain qu'ils puissent imiter; que vos vertus et la sagesse de votre gouvernement les frappent encore plus que votre puissance; qu'ils soient encore plus surpris de la justice de votre règne, que de la magnificence de votre cour : ne leur montrez pas vos richesses comme ce roi de Juda aux étrangers venus de Babylone; montrezleur votre amour pour vos sujets, et leur amour pour vous, qui est le véri-

table trésor des souverains; soyez le modèle des bons rois ; et en faisant l'admiration des étrangers, vous ferez le bonheur de vos peuples.

Mais ce n'est pas seulement aux hommes de leur siècle que les princes et les grands sont redevables; leurs exemples ont un caractère de perpétuité qui intéresse tous les siècles à venir.

Les vices et les vertus des hommes du commun meurent d'ordinaire avec eux; leur mémoire périt avec leur personne : !e jour de la manifestation tout seul révélera leurs actions aux yeux de l'univers; mais , en attendant , leurs œuvres sont ensevelies, et reposent sous i'obscuritédu même tombeau queleursc^ndres.

Mais les princes et les grands y Sire , sont de tous les siècles; leur vie, liée avec les évènemens publics, passe avec eux d'âge en âge; leurs passions, ou conservées dans des monumens publics, ou immortalisées dans nos histoires, ou chantées par une poésie lascive , iront encore préparer des pièges à la dernièrepos-

terité : le monde est encore plein d'écrits pernicieux qui ont transmis jusqu'à nous les désordres des cours précédentes:

les dissolutions des grands ne meurent point ; leurs exemples prêcheront encore le vice ou la vertu à nos plus reculés neveux, et l'histoire de leurs mœurs aura la même durée que celle de leur siècle.

Que d'engagemens heureux, Sire, leur état seul ne forme - 1 - il pas aux grands et aux rois pour la piété et pour la justice! S'ilsy trouvent plus d'attraits pour le vice , que de puissans motifs n'y trouvent-ils pas aussi pour la vertu !

quelle noble retenue ne doit pas accompagner des actions qui seront écrites en caractères ineffaçables dans le livre de la postérité! quelle gloire mieux placée que de ne point se livrer à des vices et à des passions dont le souvenir souillera l'histoire de tous les tems et les hommes de tous les siècles ! quelle émulation plus louable que de laisser des exemples qui deviendront les titres les plus précieux de la monarchie, et les monumens publics

delà justice et de la vertu ! enfin, quoi de plus grand que d'être né pour le bonheur même des siècles à venir, de compter que nos exemples seuls formeront une succession de vertu et de crainte du Seigneur parmi les hommes , et que de nos cendres même il renaîtra , d'âge en âge, des princes qui nous seront semblables !

Telle est, Sire , la destinée des bons rois ; et tel fut votre auguste bisaïeul , ce grand roi que nous vous proposerons toujours pour modèle : hélas! il le sera de tous les rois à venir. N'oubliez jamais ces derniers momens où cet héroïque vieillard, comme aujourd'hui Siméon , vous tenant entre ses bras, vous baignant de ses larmes paternelles , et offrant au Dieu de ses pères ce reste précieux de sa race royale , quitta la vie avec joie , puisque ses yeux voyaient l'enfant miraculeux que Dieu réservait encore pour être le salut de la nation et la gloire d'Israël.

Sire , ne perdez jamais de vue ce grand spectacle, ce père des rois mou-

DE LA PURIFICATION. 23 Fant , et voyant revivre en vous seul l'espérance de toute sa postérité éteinte ; recommandant votre enfance à la tendre et respectable dépositaire (i) de votre première éducation , laquelle , en formant vos premières inclinations , et , pour ainsi dire , vos premières paroles , fut sur le point de recueillir vos derniers soupirs ; confiant le sacré dépôt de votre personne au pieux prince (2) qui vous inspire des sentimens dignes de votre sang; à l'illustre maréchal (3) qui a reçu comme une vertu héréditaire la science d'élever les rois , et qui , devenu un des premiers sujets de l'état , vous apprendra à devenir le plus grand roi de votre siècle; au prélat fidèle (4) qui , après avoir gouverné sagement Péglise , lui formera en vous son plus zélé protecteur ; enfin , à toute la nation f dont vous êtes en même tems et le précieux pupille et le père.

(1) Madame la duchesse de Vantadour,

(2) Le duc du Maine.

(3) Le maréchal de Villeroi.

(4) L'ancien évêque deFréjus.

Puissiez-vous , Sire , n'effacer jamais de votre souvenir les maximes de sagesse que ce grand prince vous laissa dans ces derniers momens comme un héritage plus précieux que sa couronne !

Il vous exhorta à soulager vos peuples; soyez-en le père, et vous en serez doublement le maître.

Il vous inspira l'horreur de la guerre , et vous exhorta à ne pas suivre là-dessus son exemple : soyez un prince pacifique; les conquêtes les plus glorieuses son1* celles qui nous gagnent les cœurs.

Il vous avertît de craindre le Seigneur, marchez devant lui dans l'innocence, vous ne régnerez heureusement, qu'autant que vous régnerez saintement.

Sire , que les dernières paroles de ce grand roi , de ce patriarche de votre famille royale, soient, comme celles du patriarche Jacob mourant, les prédictions de ce qui doit arriver un jour à sa race! et puissent ses dernières instructions devenir la prophétie de votre règne ! Ainsi soit-ii !

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