‹ Petit carême de MassillonChapitre 37 sur 45 · FOUR LE JOUR DE PÂQUES · texte numérisé non relu

FOUR LE JOUR DE PÂQUES

Français, a immortalisé tous ses titres par celui de chrétien. La France a conservé chèrement la mémoire du grand Clovis; la foi est devenue, pour ainsi dire, la première et la plus sûre époque de l'histoire de la monarchie ; et nous ne commençons à connaître vos ancêtres que depuis qu'ils ont commencé eux-mêmes à connaître Jésus-Christ.

Les saints rois dont les noms sont écrits dans nos annales, seront toujours les titres les plus précieux de la monarchie, et les modèles illustres que chaque siècle proposera à leurs successeurs.

C'est sur la vie, Sire, de ces pieux princes vos ancêîres qu'on a déjà fixé vos premiers regards : on vous anime tous les jours à la vertu par ces grands exemples. Souvenez-vous des Charlemagne et des S. Louis , qui ajoutèrent à l'éclat de la couronne que vous portez, l'éclat immortel de la justice et de la piété; c'est ce que repèrent tous ïesjours à votre Majesté de sages instructions.

Ne remontez pas même si haut : vous

ZÇZ SERMON touchez à des exemples d'autant plus interessans qu'ils doivent vous être plus chers ; et la piété coule de plus près dans vos veines avec le, sang d'un père pieux et d'un auguste bisaïeul.

Vous êtes, Sire, le seul héritier de leur trône; puissiez vous l'être de leurs vertus! Puissent ces grands modèles revivre en vous par l'imitation plus encore que par le nom! Puissiez-vous devenir vous même le modèle des rois vos successeurs !

Déjà, si notre tendresse ne nous séduit pas ; si une enfance cultivée par tant de soins et par des mains si habiles , et où l'excellence de la nature semble prévenir tous les jours celle de l'éducation , ne nous fait pas de nos désirs de vaines prédictions; déjà s'ouvrent à nous de si douces espérances; déjà nous voyons briller de loin les premières lueurs de notre prospérité future; déjà la majesté de vos ancêtres, peinte sur votre front , nous annonce vos grandes destinées. Puissiez-vous

POUR LE JOUR DE PAQUES. 2gB donc, Sire, et ce souhait les renferme tous, puissiez-vous être un jour aussi grand que vous nous êtes cher!

Grand Dieu ! si ce n'étaient là que mes vœux et mes prières, les dernières sans doute que mon ministère, attaché désormais par les jugemens secrets de votre providence au soin d'une de vos églises, me permettra de vous offrir dans ce iieu auguste; si ce n'étaient là que mes vœux et mes prières; eh ! qui suis-je, pour espérer qu'elles pussent monter jusqu'à votre trône; mais ce sont les vœux de tant de saints rois qui ont gouverné la monarchie, et qui, mettant leurs couronnes devant l'autei éternel aux pieds de l'agneau , vous demandent pour cet enfant auguste la cou* ronne de justice qu'ils ont eux-mêmes méritée.

\i Ce sont les vœux du prince pieux surtout qui lui donna la naissance, et qui, prosterné dans le ciel , comme nous l'espérons , devant la face de votre gloire, ne cesse de vous demander que

cet unique héritier de sa couronne ie devienne aussi des grâces et des miséricordes dont vous l'aviez prévenu luimême.

Ce sont les vœux de tous ceux qui m'écoutent , et qui, ou chargés du soin de son enfance , ou attachés de plus près à sa personne sacrée, répandent ici leur cœur en votre présence, afin que cet enfant précieux , qui est comme l'enfant de nos soupirs et de nos larmes, non-seulement ne périsse pas, mais devienne lui-même le salut de son peuple.

Que dirai- je encore? ce sont, ô mon Dieu , les vœux que toute la nation vous offre aujourd'hui par ma bouche; cette nation que vous avez protégée dès le commencement , et qui , malgré ses crimes , est encore la portion la plus florissante de votre église.

Pourrez-vous, grand Dieu, fermer à tant de vœux les entrailles de votre miséricorde? Dieu des vertus, tournezvous donc vers nous : Deus virtutum , convertere (i). Regardez du haut du

(0 Ps.793y, i5,i6.

POUR L£ JOUR DE fAQUES. 2C)3 ciel, et voyez, non les dissolutions publiques el secrètes, mais les malheurs de ce premier royaume chrétien, de cette vigne si chérie que votre maiu elle-même a plantée, et qui a été arrosée du sang de tant de martyrs! Respicô de cœlo , et vide, et visita vineam i$tam quant plantavit dextera tua. Jetez sur elle vos anciens regards de miséricorde ; et si nos crimes vous forcent encore de détourner de nous votre face, que Pinnocence du moins de cet auguste enfant que vous avez établi sur nous, vous rappelle et vous rende à votre peuple : Et super filium horninis , quem confirmasti tibi.

Vous nous avez assez affligés, grand Dieu! essuyez enfin les larmes que tant de fléaux que vous avez versés sur nous dans votre colère, nous font répandre ; faites succéder des jours de joie et de miséricorde à ces jours de demi , de courroux et de vengeance; que vos faveursabondentoùvos châlimensavaient abondé r et que cet enfant si cher soit

2$6 SERMON, etc.

pour nous un don qui répare toutes nos pertes.

Faites-en, grand Dieu, un roi selon votre cœur, c'est-à-dire le père de son peuple, le protecteur de votre église, le modèle des mœurs publiques , le pacificateur plutôt que le vainqueur des nations, l'arbitre plus que la terreur de ses voisins; et que l'Europe entière envie plus notre bonheur , et soit plus torchée de ses vertus, qu'elle ne soit jalouse de ses victoires et de ses conquêtes.

Exaucez des vœux si tendres et si justes, ô mon Dieu! et que ces faveurs temporelles soient pour nous un gage de celles que vous nous préparez dans l'éternité. Ainsi soit-il!

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