DES GRANDS
O étendît ei omnia régna mundi , et gloriam eorum ; et dixit ei : Hœc omnia iibi dabo ^ si cadens adora veris me.
Le démon montra à Jésus-Christ tous les royau» mes du monde , et toute la pompe et la gloire qui les environnent; et il lui dit : Je vous donnerai toutes ces choses 5 si en vous prosternant devant moi vous m'adorez.
Math. ,0.4, y. 8, 9.
Les prospérités humaines ont toujours été un des pièges les plus dangereux dont le démon s'est servi pour perdre les hommes : il sait que l'amour de la gloire et de l'élévation nous est si naturel , que rien ne nous coûte pour y parvenir; et que l'usage en est si séduisant, que rien n'est plus rare que la
2go SERMON SUR LES VICES
piété environnée de grandeur et de puissance.
Cependant j mes frères, c'est Dieu seul qui élève les grands et les puissans ; qui vous place au-dessus des autres , afin que vous soyez les pères des peuples, les consolateurs des affligés, les asiles des faibles , les soutiens de l'église, les protecteurs de la vertu , les modèles de tous les fidèles.
Souffrez donc , mes frères , qu'entrant dans l'esprit de notre évangile , je vous expose ici les périls et les avantages de votre état; et qu'avant d'entrer dans le délai! des devoirs de la vie chrétienne, dont je dois vous entretenir durant ces jours de salut, je vous marque, à l'entrée presque de cette carrière, les obsîacles et les facilités que vous offre , pour les accomplir, l'élévation où la providence vous a fait naître.
Il v a de grandes tentations attachées à votre état , je l'avoue ; mais aussi il s'y trouve de grandes ressources: on y naît, ce semble; avec plus de passions quQ !e
JET LES VERTUS DES GRANDS. 299 reste des hommes; mais aussi on peut y pratiquer plus de vertus : les vices y ont plus de suite; mais aussi la piété y devient plus utile : en un mot , on y est bien plus coupable que le peuple quand on y oublie Dieu; mais aussi on y a bien plus de mérite quand on lui est fidèle.
Mon dessein donc aujourd'hui est de vous représenter les grands biens ou les grands maux qui accompagnent toujours vos vertus ou vos vices 9 est de vous faire sentir ce que peut pour le bien ou pour le mal l'élévation où vous êtes nés, est enfin de vous rendre le désordre odieux en vous développant les suites inexplicables que vos passions traînent après elles, et la piété aimable par les utilités incompréhensibles qui suivent toujours vos bons exemples. Ce ne serait pas assez de vous marquer les périls de votre état, il faut aussi vous en découvrir les avantages; la ch^re chrétienne invective d'ordinaire contre les grandeurs et la gloire du siècle : mais
il serait inutile de vous parler sans cesse de vos maux , si l'on ne vous en présentait en même tems les remèdes. Ce sont ces deux vérités que je me propose de réunir dans ce discours, en vous expo-! sant quelles sont les suites infinies des vices des grands et des puissans , et quelles sont les utilités inestimables de leurs vertus. Ave, Maria.