‹ Petit carême de MassillonChapitre 44 sur 45 · P.* LA BÉN. DES DRAPEAUX · texte numérisé non relu

P.* LA BÉN. DES DRAPEAUX

gageaient avec le monde , ne s'occupent que du soin des choses du Seigneur.

Mais cette droiture d'âme, ce noble respect pour votre Dieu , ce fonds solide de foi et de religion , cette exactitude de si bon goût aux devoirs essentiels du christianisme, cette probité inaltérable et si chère à l'estime des honnêtes gens, cette supériorité d'esprit et de cœur qui fait mépriser la licence et les excès comme peu dignes même de la raison, qui peut vous dispenser de Ta voir? et au jugement de qui est-il honteux d'en être accusé ?

Croyez-moi, Messieurs, la religion rassure l'âme , bien loin de l'amollir : on craint bien moins la mort quand on est tranquille sur les suites. Une conscience que rien n'alarme voit le péril de sangfroid, et l'affronte courageusement dès que le devoir l'y appelle. Non , rien n'approche de la sainte fierté d'un cœur uui combat sous les yeux de Dieu , et qui, en vengeant la querelle du prince , honore le Seigneur, et respecte sa puissance dans celle de son souverain.

Et en effet , la piété est déjà elle-même une grandeur d'âme. Rien ne me paraît si héroïque, ni si digne du cœur, que cet empire qu'a l'homme de bien sur toutes ses passions. Quoi de plus grand que de le voir tenir, pour ainsi dire, sans cesse son âme entre ses mains, régler ses démarches, mesurer ses mouve* mens, ne se permettre rien d'indigne du cœur, maîtriser ses sens , îes ramener au joug de la loi, arrêter la pente d'une t]nature toujours rapide vers le mal, 1 étouffer mille désirs qui flattent, mille espérances qui amusent, tenir contre

1 les séductions du commerce et la force ' des exemples , et, toujours maître de t soi-même , ne souffrir à son cœur au-

2 'cune bassesse capable de déshonorer • un héritier du ciel? Ah! il faut n'être s;pas né médiocre pour cela. La grâce a 1 ses héros, qui ne doivenî rien à ceux r que les siècles passés ont admire's; et t assurément celui qui sait vaincre sei , ennemis domesîiques , et qui, dès Ioi?g- >• tems, s'est aguerri à mépriser tou!7 ce

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que les sens offrent de plus cher, ne craindra pas les ennemis de l'état, et aura bien moins de peine à exposer avec intrépidité sa propre vie.

Et d'ailleurs, Messieurs, parut-on jamais plus détrompé qu'on l'est dans ce siècle de cette vieille erreur qui faisait consister le courage à mépriser sa religion et son Dieu ? C'est là aujourd'hui le partage des malheureux. Les devoirs du christianisme entrent dans les bienséances du monde poli, et l'on donne au moins les dehors de la religion à l'usage.

Enfin, les Moïse, les Josué, les David, les Ezéchias, ont été de grands hommes de guerre et de grands saints, des héros du siècle et de la religion. Les siècles chrétiens ont eu leurs Constantin et leurs Théodose, terribles à la tête de leurs armées , humbles et religieux au pied des autels. Nous vivons sous un prince qui, n'ayant plus rien à souhaiter du côté de la gloire , a cru que la piété devait en être comme le dernier trait; qui, tous les jours, va humilier

DÛ REGIMENT BE CÀTlNÀT. 38r sous le joug de Jésus-Christ une tête chargée des marques de sa grandeur et de ses victoires , et qui , dans le tems que tout retentit de son nom et du bruit de ses conquêtes , sait répandre son âme devant le Seigneur, et gémir en secret sur le malheur des peuples et les tristes suites d'une guerre si glorieuse pour lui aux yeux de l'univers.

Répandez donc , ô Dieu des armées , sous un prince si religieux, des esprits de foi et de piété sur ces guerriers armés pour sa querelle. Bénissez vousmême ces étendards sacrés; laissez-y des traces de sainteté, qui, au milieu des batailles, aillent aider la foi des mourans et réveiller l'ardeur de ceux qui combattent ; faites-en des signes assurés de la victoire : couvrez, couvrez de votre aile cette troupe illustre qui vous les offre dans ce temple; détournez avec votre main tous les traits de l'ennemi : servez-lui de bouclier dans les divers évènemens de la guerre ; environnez-là de votre force; mettez à sa

382 f.r LA BEN. DES DRAPEAUX tête cet ange redoutable dont vous vous servîtes autrefois pour exterminer les Assyriens; faites-la toujours précéder de la victoire et de la mort ; répandez sur ses ennemis des esprits de terreur et de vertige , et faites sentir sa valeur aux nations jalouses de notre gloire.

Mais non, Seigneur, pacifiez plutôt les empires et les royaumes ; appaisez les esprits des princes et des peuples; laissez-vous toucher au pitoyable spectacle que les guerres offrent à vos yeux. Que les cris et les plaintes des peuples montent jusqu'à vous ; que la désolation des villes et des provinces aille attendrir votre clémence; que le péril et la perte de tant d'âmes désarment votre bras depuis si long-tems levé sur nous; que tant de profanations que les armes traînent toujours après soi vous fassent enfin jeter des yeux de pitié sur votre église. Ecoutez les gémissemens de, justes, qui, touchés des calamités d'Israël, vous disent tous les jours avec ]e prophète : Seigneur, nous avons attendu

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la paix, et ce bien n'estpas encore venu: nous croyions toucher au tems de consolation, et voilà encore des troubles.

Ce sont vos iniquités , chrétiens , souffrez que je vous le dise en finissant , qui ont attiré sur nous ces fléaux du ciel. Les guerres, les maladies, les autres calamités dont nous sommes frappés, sont des marques sûres de la colère de Dieu sur nos dérèglemens. En vain nous gémissons snr les malheurs du tems et sur l'accablement de nos familles. Eh!

gémissons sur nous-mêmes ; appaisons le Seigneur par le changement de nos mœurs ; rétablissons la paix de Jésus- Christ dans nos cœurs; calmons nos passions et nos ennemis domestiques :

et nous verrons bientôt l'Europe calmée, les ennemis de la France appaisés, la paix rétablie par-tout , et un repos éternel succéder à celui d'ici-bas* Ainsi soit-il î

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