‹ Petit carême; sermons et morceaux choisisChapitre 101 sur 116 · ILLUSIONS DU MONDE · texte numérisé non relu

ILLUSIONS DU MONDE

0 enfants des hommes, qui courez avec tant d'empressement après une fortune qui vous échappe toujours , et qui vous laisse encore mille choses à désirer quand vous l'avez trouvée, jusqu'à quand votre cœur se laissera-t-il séduire par une illusion dont votre expérience devrait vous avoir détrompés P jusqu'à quand aimerezvous vos inquiétudes et vos chaînes? Le bonheur que vous cherchez n'est plus qu'un poids qui vous accable , dès que vous y êtes parvenus. Vous sentez multiplier vos soucis à mesure que le monde vous multiplie ses faveurs ; de nouveaux désirs naissent de ceux que vous venez de voir accomplis. Le monde vous croit htureux ; mais la jalousie , mais la prospérité d'autrui , mais ce qui manque encore à votre ambition , mais le vide môme de tout ce que vous possédez , et qui ne saurait jamais satisf-ùre l'immensité d'un cœur que Dieu seul peut remplir ; mais le dégoût mémo (pii suit toujours la possession de ce qu'on avait le plus désiré; mais le cri de la conscience, qui vous reproche sans cesse et les voies injustes par où vous êtes parvenus à ce que vous désiriez , et l'usage criminel que vous en faites; mais la pensécinême que tout s'enfuit, que la vie la plus longue n'est qu'un instant rapide , et que demain on va vous redemander votre àme ; mais tout cela ensemble est un ver secret qui vous dévore sans cesse, et qui empoisonne toute cette vaine félicité qui trompe les spectateurs, tandis c|u'elle ne peut vous rendre heureux et vous séduire vous-mêmes. Pourquoi sacrifiezvous donc votre àme , votre salut éternel , votre Dieu , k des objets dont vous ne pouvez vous empêcher de sentir vous-mêmes le faux,

la vanitc elle néant? Aimez celui seul qui peut donner tout ce que l'on (Icsirc , et dont l'amour tout seul fait le véritable bonheur de ceux qui l'aiment. {Paraphrases.)

Page 1