‹ Petit carême; sermons et morceaux choisisChapitre 102 sur 116 · REVOLUTIONS DU MONDE · texte numérisé non relu

REVOLUTIONS DU MONDE

Tout passe , tout disparait , tout s'écroule à nos yeux, l'n nouveau monde s'élève insensiblement sur les débris de celui ([uc nous avons vu en y entrant : une nouvelle cour reparait à la place de celle que nos premières années ont vue ; de nouveaux personnages sont montés sur le théâtre ; de nouvelles scènes occupent tous les jours l'univers: nous nous trouvons presque seuls et étrangers au milieu du monde , parmi des hommes que nous avons vus naître, séparés de ceux avec qui nous avions d'abord vécu; tout nous échappe , tout fuit , tout court rapidement se précipiter dans le néant, et au milieu de ces révolutions éternelles, où Dieu seul , qui ne passe point , parait si grand ; où Dieu seul , qui , changeant sans cesse la face de l'univers , demeure toujours le même, parait si digne de nos hommages; nous ne le voyons pas; nous ne nous élevons jamais jusqu'à lui ; nous tenons encore aux débris dun monde qui s'est déjà à demi écroulé entre nos mains : nous rappelons même par limagination ce qui nous en est échappé : nous donnons de la réalité à ce qui n'est plus ; nos premières années souillent encore notre cœur par des souvenirs lascifs et injustes; nous faisons sans cesse revivre nos jours passés en ce qu'ils ont eu de criminel : il semble que la vie est trop courte pour offenser Dieu; nous revivons sans cesse par des images qui renouvellent nos iniquités passées, c'est-à-dire, nous vivons doublement pour le crime, n'aj'antjamaisvécu un instant pour la vertu. Ainsi le passé nous souille ou nous séduit, loin de nous détromper et (le nous instruire ; nous n'y voyons que les révolutions humaines, nous ne remontons pas plus haut, et nous vivons comme si le hasard conduisait l'univers, et qu'il n'y eût point d'autre raison de ce qui arrive , que l'événement lui-même. (Mrjstèrcs.)

Le monde devint un théâtre d'horreur, oùles rois et les nations, conjurées les unes contre les autres, ne semblaient conspirer, en se détruisant tour à tour, qu'à purger l'univers de cette race impie et idolâtre qui couvrait alors toute la face de la terre. C'était un nou-

veau déluge de sang, dont votre justice se servait pour la punir et la purifier encore. Leurs villes, si célèbres autrefois par leur magnilicence , par leur force , et encore plus par leurs crimes et leurs dissolutions, ne furent plus que des monceaux de ruines. Ces asiles fameux do l'idolâtrie et de la volupté furent renversés de fond en comble. Ces statues si renort)mées qui les embellissaient, que l'antiquité avait tant vantées , la faiblesse de leurs dieux ne put 1rs mettre à couvert; et elles furent ensevelies dans les débris de leurs villes et de leurs temples. Il ne reste donc plus rien de tous ces superbes monuments de l'impiété.

Que sont devenus ces Césars qui faisaient mouvoir l'univers à leur gré? ces protecteurs d'un culte profane et insensé; ces oppresseurs barbares de vos saints et de votre Église? A peine en reste-t-il quelque souvenir sur la terre : leur nom même ne s'est conservé jusqu'à nous qu'à la faveur du nom des martyrs qu'ils ont immolés , et que les fêtes de votre Église feront passer d'âge en âge jusqu'à l'avènement de votre Fils. La gloire et la puissance de ces tyrans s'est évanouie avec le bruit que leur ambition , leur cruauté , leurs entreprises insensées avaient fait sur la terre. Semblables au tonnerre qui se forme sur nos têtes , il n'est resté, de l'éclat et du bruit passager qu'ils ont fait dans le monde, que l'infection et la puanteur. C'est le destin des choses humaines , de n'avoir ([u'une durée courte et rapide, et de tomber aussitôt dans l'éternel oubli d'où elles étaient sorties. Mais votre Église , grand Dieu! mais ce chef-d'œuvre admirable de votre sagesse et de votre miséricorde envers les hommes; mais votre empire , maître souverain des cœurs, n'aura point d'autres bornes que celles de l'éternité. Tout nous échappe, tout disparait; la figure du monde change sans cesse autour de nous. C'est une scène sur laquelle , à chaque instant , paraissent de nouveaux personnages qui se remplacent ; et de tous ces riMes pompeux qu'ils ont joués pendant le moment qu'on les a vus sur le théâtre , il ne leur reste à la fin que le regret de voir linirla représentation , et de ne se trouver réellement que ce qu'ils sont devant vous, (Paraphr.)

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