CROISADES DE SAINT LOUIS
Tout scmi)lait annoncer des succès heureux : la sainteté de l'entreprise , le zèle ardent d'une nation accoutumée à vaincre , le bonheur de la première expédition conduite par le vaillant Godefroi , les prières de toute l'Église , qui donnent toujours une nouvelle force aux armées qui vont combattre pour la gloire du Seigneur ; et enfin la v'aleur et la piété du prince, à qui la religion seule avait inspiré ce grand et pieux projet. Je dis sa valeur : car qui pourrait redire ici tout ce que son courage lui fit entreprendre d'héroïque dans une guerre si fameuse par ses malheurs et par sa foi .' Tantôt arrivé au port de Damiette , impatient de venger la gloire du Seigneur, il se jette dans l'eau l'épée à la main, et le bouclier pendu au cou; et, devançant ses troupes à la vue de l'ennemi, Où est le Dieu de Louis? s'écrie-t-il comme un autre Théodose ; '■assure les siens ébranlés par la grandeur du péril ; glace les ennemis par la fierté de sa contenance; et Damiette devient la conquête de sa foi et de sa valeur. Tantôt, courant partout où le péril devient plus grand ; exposant à tout moment avec sa personne lo salut de son armée; sourd aux remontrances des siens, se jetant dans la mêlée comme un simple soldat, il ne se souvient qu'il est roi que pour se souvenir qu'il est obligé de donner sa vie pour le salut de son peuple. Tantôt invincible même dans les fers, son courage et sa grandeur n'y perdent rien de la majesté du trône; et, tout captif qu'il est, il sait se faire rendre des hommages par des vainqueurs barbare.,.
( Panèg. de sainl Loiiis. )
AFFAT51L1TÉ DE SAIIsT LOUIS.
Ainsi la piété et l'humanité du saint roi faisaient la félicité de son peuple. Accessible h tous , il ne disputait pas même au dernier de ses sujets le plaisir de voir son souverain : leur montrant toujours un visage riant ; tempérant par l'affabilité la majes'é du trône ; je-
DE JHASSILLON. 609
(anl , comme Moïse , un voile de douceur et de tempérament sur l'éclat de sa personne et do sa dignité, pour rassurer les regards de ceux qui l'approchaient ; et se dépouillant si fort de tout le faste qui environne la grandeur , qu'en l'abordant on ne s'apercevait presque qu'il était le maitrc que lorsqu'il accordait des grâces. L'affabililé et l'humanité seraient les vertus naturelles des grands , s'ils se souvenaient qu'ils sont les pères de leurs peuples : le dédain et la fierté, loin d'être les prérogatives de leur rang, en sont l'abus et l'opprobre ; et ils ne méritent plus d'être maitres de leurs sujets dès qu'ils oublient qu'ils en sont les pères ; cette leçon regarde tous ceux que leurs dignités établissent sur les peuples. Hélas! souvent on laisse à l'autorité un front si sévère et un abord si difficile , que les affligés comptent pour leur plus grand malheur la nécessite d'aborder celui duquel ils en attendent la délivrance. Cependant les places qui nous élèvent sur les peuples ne sont établies que pour eux : ce sont les besoins publics qui ont formé les dignités publiques ; et si l'autorité doit être un joug accablant, elle doit l'être pour ceux qui l'exercent et qui en §ont revêtus , et non pour ceux qui l'implorent , et qui viennent y chercher un asile.
(Panég. de saint Louis.)