GOÛT POUR LA GUERRE
L es grands talents qui distinguent les hommes dans leur état se manifestent d'abord par le goût qui les y porte. David encore enfant cherchait parmi les lions et les ours une matière à sa valeur, et se dérobait volontiers au repos de la vie champêtre, pour aller s'instruire auprès de ses frères, au milieu des armées d'Israël.
Le goût du prince de Conti pour la guerre fut le premier penchant que la nature montra en lui ; et ce n'était pas ce goût qui , dans les autres, est d'ordinaire une ardeur de l'âge plus qu'une preuve du talent.
Guidé par la force de son génie , il se ht d'abord de l'art militaire une étude, et non pas un amusement :il comprit tout ce qu'il fallait d'étendue, d'élévation, de sang-froid, de vivacité, de profondeur, de ressources, de connaissances, pour y exceller; et crut qu'un prince ne devait compter pour rien de combattre , s'il ne se rendait digne de commander.
A la lecture des anciens , et surtout des Commentaires de César, dont il traduisit les plus beaux endroits , il ajouta la recherche et la conversation des hommes les plus consommés dans la science de la guerre. 11 les écoute , il les étudie ; il en fait ses amis, pour élre plus à portée d'en faire ses maîtres : il se rend [jropres les talents différents qui les distinguent entre eux ; persuade que , si la naissance peut donner les grandes dispositions , c'est l'application toute seule qui fait les grands hommes.
(Orais. fiin. du prince de Cnnii.)