EXPLOITS MILITAIRES
La même grandeur d'àme l'accompagnait dans les périls. El ici, que [)ourrais-je dire qui ne soit au-dessous de ce que vous avez vu la plupart ? S'ost-il trouvé dans une seule action où il ne se soit attiré les yeux de toute l'armée; et où, sans avoir eu l'honneur du commandement, il n'ait eu presque lui seul l'honneur de la victoire?
Rappelez ses premières campagnes; on croyait revoirie grand Condé dans sa vive cl vaillante jeunesse.
A Courlray, où pour la première fois il montra un héros aux ennemis et à nos troupes.
A Luxembourg , où , ix la tète des grenadiers , il monte k l'assaut d'un bastion l'épée à la main , et où , blesse d'un éclat de grenade , et échappé à raille autres coups , il fait craindre que la victoire ne nous coule une vie si chère.
A Kovigrade, où une escarmouche, engagée trop témérairement avec les Turcs , change de face à l'arrivée du prince, qui y vole ; et plusieurs officiers d'un grand nom doivent à sa valeur, cl aux périls qu'il court en cette occasion , la vie et la liberté, qu'une audace indiscrète leur avait fait mériter de perdre.
A Ncuhausel , où, après avoir repoussé les infidèles jusque sur le bord du fossé , revenu tout couvert de poussière et de gloire , il court encore avec l'électeur de Bavière rétablir un ouvrage où les assiégés avaient mis le feu ; et, par l'amitié que l'âge et les grandes qualités forment entre eus , il fait naître dès lors dans le cœur de ce prince ces premières dispositions d'attachement pour la France qui ont depuis paru; et où, si cet allié généreux et fidèle n'a pas eu pour lui les succès , il a eu du moins l'honneur de la constance , de la bonne foi, l'estime de la nation, l'amour des troupes , et l'affection du roi , qui toute seule vaut des succès, ou qui rassure du moins contre les pertes.
Enfin à Gran, où, à la tétejlu premier régiment de l'Empire , il arrête la première fureur du Turc, le pousse, le renverse, lui arrache la victoire , qu'il croyait déjà tenir, affronte raille fois la morl, qui parait le respecter plus qu'il ne parait la craindre ; porte partout la terreur du sang de France , toujours fatal aux infidèles; fait déjà redouter aux Allemands, dans le bras qui les défend , celui qui va bientôt les vaincre ; et montre de loin aux vœux des Polonais , témoins et admirateurs de ses actions, le héros digne d'être un jour placé sur leur trône.
A ces traits le reconnaissez-vous? Ce ne sont pourtant encore que les premiers essais de son courage. Ce nouveau David croissant va paraître de jour en jour au-dessus de sa valeur même.
Vous ne l'avez pas oublié , et le souvenir de ces deux mémorables journées où le prince de Conti parut si grand est encore trop vécent et trop glorieux à la France, à la mémoire du maréchal de Luxembourg , à l'histoire de ce règne ; trop honorable surtout au vaillant prince qui nous honore ici de sa présence , et qui en a partagé avec taiil Cq distinction la gloire et les dangers; trop rau-
proche même tous les jours par la différence des événements, pour être effacé de votre esprit, puisqu'il ne le sera jamais de nos annales.
Que n'ai-je plus d'usage dans l'art de décrire des victoires et des batailles! ou plutôt pourquoi ce temple et ces autels m'avertissent-ils que mon ministère ne doit mettre ici dans ma bouche que des paroles de paix et de réconciliation !
Vous l'auriez vu à Steinkerque rappelant la victoire qui d'abord nous échappe , rétablissant partout ce que la première surprise nous a déjà fait perdre d'avantages ; prenant lui-même des mains d'un de nos ofdciers blessé le drapeau qu'il est hors d'état de porter ; rassemblant autour de lui ceux que sa présence rassure , ou que le danger de sa personne attire; les exhortant, comme un autre Marhabée , de ne pas flétrir par une fuite honteuse la f^loire du nom français, jusque-là accoutumé à vaincre, et de mourir plutôt que de devoir la vie à une lâche retraite ; courant porter au milieu des ennemis, avec l'étendard de la France, le signal de la. victoire ; au centre , à la droite , à la gauche , il est partout où la victoire est encore douteuse, et la victoire se déclare dès qu'il paraît ; éclairant le maréchal de Luxembourg mémepar la justesse de ses conseils et par la pénétration de ses vues ; enfin l'âme de ce général dans cette fameuse journée , comme ce général le fut lui-même de toute l'armée.
Tel et encore plus grand parait-il peu de temps après à Nerwinde. L'ennemi retranché dans son camp comme dans un fort , mille foudres qui portent la mort partout, eu défendent l'approche ; nos troupes déjà plusieurs fois repoussées , le soldat découragé ; le général , accoutumé à une victoire prompte , étonné de la voir balancer si longlempsaujourd'hui , court au prince de Conti : Grand prince, lui dit-il, tout va manquer, et il n'y a que votre présence qui puisse faire tomber les difficulics. Conti parait: avec lui la conliance revient aux troupes; la valeur de la nation reprend le dessus; on le suit, rien ne résiste; les retranchements sont forcés en plusieurs endroits ; ils ouvrent à Conti autant de voies à la victoire ; il charge jusqu'à six fois à la tête de six corps différents. L'ennemi , qui n'a plus de rempart que sa [iropre valeur, s'ébr.nile. Tout couvert de sang et de feu, Conti perce dans leurs rangs. La victoire qu'il tient déjà, un coup do sabre qu'il reçoit «ur h tète
est sur le point de la lui ravir ; et le téméraire qui porte le cou p est puni à l'instanl de son audace, et, percé de la main du prince , il expire à ses pieds. Enfin, soldat, général, à mesure que le besoin du service le demande , ses conseils commencent la victoire , et sa valeur l'achevé.
(Orais. fun. de M. le prince de Conti.)
SCR L l'PISCOPAT.
Qu'est-ce que l'honneur de l'épiscopat , si l'on s'en tient à ce que la chair et le sang nous révèlent là-dessus , et si l'on en juge par la corruption et le relâchement de ces derniers temps? C'est un poste éminent qu'il est permis de souhaiter , auquel il est glorieux d'atteindre, et dont il est doux de jouir : c'est un litre pompeux, mais vide , qui retient tous les honneurs du sacerdoce , et qui en distribue aux autres les fatigues comme des faveurs : c'est une autorité tranquille qui , à l'ombre du faste qui l'environne , décide du travail de ceux qui portent le poids du jour et de la chaleur, Mais si l'on consulte le Père des lumières , et si nous remontons à ces siècles de ferveur et de pureté, c'était un poids redoutable et saint, qu'on ne désirait jamais sans témérité , dont on ne pouvait se charger soi-même sans profanation, sous lequel on devait gémir avec crainte et tremblement : c'était une servitude pénible qui, nous établissant sur tous, nous rendait redevables à tous; un ministère d'amour et d'humilité qui établissait le pasteur dépositaire et des miséricordes du Seigneur, et des misères du peur-le. Siècles si honorables à la foi, sainte antiquité si connue en nos jours, et si peu imitée, temps heureux, où étes-vous ?
( Orais. fun'ch. de M. de Villcroy. )
xMODE-STIE SACERDOTAI-E.
Nos délassements même doivent avoir je ne sais quoi de décent , de réservé , de sérieux, qui n'y donne aucune atteinte. Je sais que l'esprit et le corps ont besoin de relâche ; mais ces moments que nous donnons à ta nature ne deviennent utiles et permis que lorsqu'ils nous disposent à nos devoirs, et nous en facilitent la pratique. Le repos n'est établi qu'afin de nous donner une nouvelle forçp
DE MAS8ILL0?î. 62!
pour conliiiuor la carrière : tous les délassements qui nous en éloignent , qui nous reculent , qui nous découragent , qui nous inspirent (lu dégoût pour nos fonctions , l'Église nous les interdit comme des indécences ou des crimes : la chasse, le jeu habituel , les sociétés de la table, les compagnies ou dangereuses ou suspectes : voilà ce que les règles de l'Église sur la modestie cléricale nous ont rigoureusement interdit ; ce ne sont pas là des délassements acroi'dés au travail , ce sont des occupations indécen'es qui le déshonorent et le rendent inutile. Car , outre l'immodestie inséparable d'une occup?ltion aussi indécente pour un prêtre que la chasse, est-ce là un exercice convenable à la douceur et à la gravité de notre caractère? un prêtre , les armes à la main , ne respirant que le sang et le carnage , représente-t-il le divin pasteur occupé à conduire paisiblement son troupeau, ou le loup préparé à le dévorer et à le détruire? Les armes de noire milice , dit saint Paul , sont des armes spirituelles , destinées à combattre l'orgueil , l'avarice , la volupté , et toute hauteur qui s'élève contre la science de Dieu : la foi est notre bouclier : le zèle du salut des àmcs , notre glaive ; voilà les armes que l'Église nous met en main en nous associant au sacerdoce. Or quelle indécence à un prêtre et à un pasteur, de déposer ces armes saintes , et de se revêtir des armes de la milice du siècle ! Il néglige son troupeau ; il ne daigne pas d'aller au secours de celles de ses brebis qui périssent ; et il court comme un insensé après des animaux : il s'attache à une proie vile , et il méprise la proie sainte d'une âme qu'il pourrait gagner à Jésus-Christ , et l'enlever à la puissance du démon. Mais, au sortu" d'un exercice si tumultueux et sanguinaire, est-il plus en état de s'aller recueillir au pied (les autels , d'aller immoler la victime de paix et de propitiation , d'offrir le sang mysti(iue de l'Agneau , et de lever au ciel des mains pures , des mains tju'il vient de souiller tant de fois d'un sang profane ? le recueillement, la gravité , le respect, la ferveur sainte, nécessaires aux fonctions, ne souffrent-elles pas de la dissipation bruyante qui les a précédées? ne porte-t-il pas jusqu'à l'autel saint, justju'au calme respectable du sanctuaire , cet air militaire et guerrier dont il vient de déposer les marques.' Quelle vénération peuvent avoir les peuples pour un pasteur qu'on voit tenir en ses mains le signe et le gage de notre salut, le pain de vie, le sacrement de la i)aix et de la réconciliation, des mystères que les anges ne rc-
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fiardont qu'en tremblant , et que la piété la plus recueillie ne saurait toucher avec assez de révérence , après avoir vu , il n'y a qu'un nioinont, ces mains destinées à des usages si divins, employées à manier des armes meurtrières, et dressées à porter la mort et la terreur à de vils animaux? ( Conférences . II, )