‹ Petit carême; sermons et morceaux choisisChapitre 37 sur 116 · DE LA PASSION · texte numérisé non relu

DE LA PASSION

sie contre Abner. Ce sont souvent les plus vifs ressorts qui nous font ninrcher vers la gloire; et presque toujours les voies qui nous y ont conduits nous en dégradent elles-mêmes.

Aussi, écoutez ceux qui ont approché autrefois de ces hommes que la gloire des succès avait rendus célèbres : souvent ils ne leur trouvaient de grand que le nom; l'homme désavouait le héros; leur réputation rougissait de la bassesse de leurs mœurs et de leurs penchants ; la familiarité trahissait la gloire de leurs succès ; il fallait rappeler l'époque de leurs grandes actions , pour se persuader que c'était eux qui les avaient faites. Ainsi ces décorations si magniûques qui nous éblouissent et qui embellissent nos histoires , cachent souvent les personnages les plus vils et les plus vulgaires.

Non, Sire, il n'y a de grand dans les hommes que ce qui vient de Dieu. La droiture du cœur, la vérité, l'innocence et la règle des mœurs, l'empire sur les passions, voilà la véritable grandeur, et la seule gloire réelle que personne ne peut nous disputer; tout ce que les hommes ne trouvent que dans eux-mêmes est sali , pour ainsi dire , par la même boue dont ils sont formés. Le sage tout seul , dit un grand roi , est en possession de la véritable gloire ; celle du pécheur n'est qu'un opprobre et une ignominie : gloriam sapientes posai' (lebitnt; stuUorum exaltatio igjiominia'.

La religion, la piété envers Dieu, la fidélité à tous les devoirs qu'il nous impose à l'égard des autres et de nous-mêmes ; une conscience pure et à l'épreuve de tout ; un cœur qui marche droit dans la justice et dans la vérité, supérieur à tous les obstacles qui pourraient l'arrêter, insensible à tous les attraits rassemblés autour de lui pour le corrompre, élevé au-dessus de tout ce qui se passe, et soumis à Dieu seul ; voilà la véritable gloire, et la base de tout ce qui fait les grands hommes. Si vous frappez ce fondement, tout l'édifice s'écroulç, toutes les vertus tombent; et il ne reste plus rien, parce qu'il ne reste que nous-mêmes.

Sire, votre règne serait plein de merveilles, vous porteriez

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la gloire de votre nom jusqu'aux extrémités de la terre, vos jours ne seraient marqués que par vos triomphes , vous ajouteriez de nouvelles couronnes à celles des rois vos ancêtres, Tunivers entier retentirait de vos louanges; si Dieu n'était point avec vous, si l'orgueil, plutôt que la justice et la piété, était l'âme de vos entreprises , vous ne seriez point un grand roi, vos prospérités seraient des crimes, vos triomphes , des malheurs puhlics ; vous seriez l'effroi et la terreur de vos voisins, mais vous ne seriez pas le père de votre peuple : vos passions seraient vos seules vertus; et, malgré les éloges que l'adulation , la compagne immortelle des rois , vous aurait donnés , aux yeux de Dieu, et peut-être même de la postérité, elles ne paraîtraient plus que de véritables vices.

Ce n'est donc pas cette gloire humaine , grand Dieu , que nous vous demandons pour cet enfant auguste; elle paraît déjà peinte sur la majesté de son front, elle coule même dans ses veines avec le sang des rois ses ancêtres ; et vous l'avez fait naître grand aux yeux des hommes, dès que vous l'avez fait naître du sang des héros ; c'est la gloire qui vient de vous. R.ehaussez les dons de la nature , dont vous l'avez ennobli , par l'éclat immortel de la piété : ajoutez à toutes les qualités aimables qui le rendent déjà les délices de son peuple , toutes celles qui peuvent le rendre agréable à vos yeux : laissez à sa naissance et à la valeur de la nation le soin de cette gloire qui vient du monde; nous ne vous demandons, grand Dieu, que de veiller au soin de sa conservation et de son salut. L'histoire de ses ancêtres est un titre qui nous répond de l'éclat et des prospérités de son règne; mais vous seul pouvez répondre de l'innocence et de la sainteté de sa vie. La gloire du monde est comme l'héritage qu'il a reçu de ses pères selon la chair; mais vous, grand Dieu, quiètes son père selon la foi, donnez-lui la sagesse , qui est la gloire et l'héritage de vos enfants.

Que son cœur soit toujours entre vos mains, et son cœur sera encore plus grand que ses succès et ses triomphes : qu'il vous craigne, grand Dieu; ses ennemis le craindront.

ses peuples l'aimeront, il deviendra à l'univers un spectacle digne de l'ndmiration de tous les siècles; et comme nous n'aurons plus rien à craindre pour sa gloire, nous n'aurons plus rien aussi à souhaiter pour notre bonheur. Ainsi soit-il.

l'OUPv LK DIMANCHE DES RAMEAUX.

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