SUR LA COMMUNION
Lorsque j'ai assuré que le plus grand nombre de ceux qui recevront Jésus-Christ en ces jours saints , n'apporteront pas à cette grande action les dispositions nécessaires , et se rendront pout-élro coupables du corps et du sang du Seigneur , je n'ai pas prétendu parler de ces âmes noires qui , de sang-froid et le sachant , viennent, par une hypocrisie détestable, fouler aux pieds le sang do l'alliance , et peuvent se familiariser avec le sacrilège . je n'ai pas voulu parler de ces monstres, qui, portant le mystère de la foi dans une conscience corrompue et peu sincère , viennent au pied de l'autel cacher, sous la plus sainte et la plus terrible de toutes les actions, les horreurs d'une âme impure ; et aiment encore mieux être impies, que passer pour moins religieux. Ah ! il faudrait des foudres , et non pas des discours , h des âmes de ce caractère ; ou ne leur parler que comme parla auti'efois Pierre à Ananic et à
5Gl MORCEAUX CHOISIS
Sapilire. J'ai celte confiance , ô mon Dieu ! et c'est vous qui rac l;i donnez , que parmi les fidèles que la parole de votre. Évangile assemble en ce lieu saint , votre osil n'y discerne aucun de ces enfants de malédiction ; qu'il n'y a pas ici , comme autrefois sous les tentes d'Israël , un autre Achau caché dans la fouie , ni un anathcme parmi les fidèles.
Vous allez confesser vos iniquités aux pieds du prêtre : je n'examine pas si le choix même que vous faites du confesseui- n'est pas une preuve certaine que vous ne voulez pas vous convertir : je n'examine pas si vous cherchez non pas le plus sévère , car celte ostentation de sévérité ne convient pas à un ministre de charité , et le plus sévère n'est pas toujours le plus saint ni le plus instruit; mais si vous cherchez le plus homme de bien, le plus l'clairé, le plus habile à ramener le pécheur; un de ces hommes des mains duquel une àuie échap|)e difficilement , pour ainsi dire, et auxquels l'on ne s'adresse que lorsqu'on veut sincèrement renoncer au vice et servir Dieu ; un de ces hommes entinqui en viendrait aux remèdes , aux expédients , au détail de vos mœurs et de vos besoins; qui ne laisserait plus rien de douteux dans voire conduite ; et des pieds duquel vous ne sortiriez plus avec ces incertitudes secrètes qui suivent toutes vos confessions, et qui sont toujours les tristes fruits d'une conscience embarrassée, et qu'on n'éclaircit jamais qu'à demi : je n'examine pas encore si, dans la discussion de votre conscience , vous serez un juge éclairé cl sévère envers vous-même ; si vous ne vous ferez pas grâce sur mille transgiessions pour lesquelles vous êtci déjà jugé (levant Dieu ; si les lumières de la foi , ou les préjugés du monde et de vos passions , seront les règles consullées dans votre examen et dans vos recherches ; et si les soins pour approfondir les abîmes de votre conscience , répondront à la durée , à l'embarras et à la multitude de vos crimes. Laissons là ces abus plus sensibles et plus marqués, et sur lesquels il est malaisé de s'abuser soi-même.
Hélas ! nos pères s'éloignaient autrefois de leur patrie et de leurs enfants : nos rois et nos maîtres, à la tête de leurs armées et de leurs plus vaillants sujets , armés du signe sacré de la croix , s'arraciiaient aux délices de leur cour, et , poussés par la simplicilé d'un saint zèle et par l'ardeur d'une foi vive, ils traversaient les mers; ils allaient dans une terre sainte , consacrée parles mystères
du Sauveur, adorer les traces de ses pieds. Ici, leur disait-oa , il guérissait un paralytique de trente-huit ans : ici il ressuscitait Lazare : ici il marchait sur les ondes, et commandait aux vents et à la mer : ici il reçut le baptême des mains du Précurseur, et san;tiiia les eaux du Jourdain : ici , il parut transfiguré sur la monlag!ie sainte : ici, il réconcilia la pécheresse de la cité : ici, il chassa les profanateurs de la maison de son Père. A ces paroles , ces hommes pleins de foi versaient , sur cette terre heureuse , des larmes de tendresse et de religion ; et ne pouvaient se résoudre à quitter des lieux qui leur rappelaient les actions, les mystères , les prodiges d'un si bon maître. Ah ! mes frères , il n'est plus nécessaire ùe traverser les mers, disait autrefois saint Chrysostome à son peuj)lo, vous dites , continue ce Père : Heureux ceux qui le virent, et qiu purent seulement toucher le bord de ses vêtements! Mais vous le voyez , vous le touchez : au milieu de vous se trouve celui que vous ne voulez pas connaître , et dont nos pères allaient chercher si loin les précieux restes, et adorer les sacrés vestiges ! Venez à l'autel : ce ne sont plus des lieux consacrés autrefois par sa présence : c'est lui-même. Ici, vous-dirons-nous , il a réconcilié un enfant prodigue, i! l'a fait asseoir <à sa table : ici, il a guéri l'infirmité d'une hémorroïsse , que toute la science humaine , et toutes les ressources du monde , n'avaient pu tirer de sa langueur : ici, il a relire un publicaindc ses injustices, et a porté la paix dans la maison de son âme : ici, il rassasie tous les jours une multitude affamée d'un pain miraculeux , de peur qu'elle ne succombe dans les voies pénibles de la vertu. Tous les lieux (jui environnent ses autels sont marqués [)ar quehju'un de ses prodiges.
(6'"ii»iOH ])oui- le dimanche des Rameaux.)