DE LA PURIFICATION
louable que de laisser des exemples qui deviendront les titres les plus précieux de la monarchie, et les monuments publics delajusticeetdela vertu! enfin, quoi de plus grand que d'être né pour le bonheur même des siècles à venir , de compter que nos exemples seuls formeront une succession de vertu et de crainte du Seigneur parmi les hommes, et que de nos cendres mêmes il en renaîtra d'âge en âge des princes qui nous seront semblables !
Telle est. Sire, la destinée des bons rois; et tel fut votre auguste bisaïeul , ce grand roi que nous vous proposerons toujours pour modèle : hélas! il le sera de tous les rois à venir. N'oubliez jamais ces derniers moments où cet héroïque vieillard , comme aujourd'hui Siméon , vous tenant entre ses bras , vous baignant de ses larmes paternelles, et offrant au Dieu de ses pères ce reste précieux de sa race royale , quitta la vie avec joie , puisque ses yeux voyaient l'enfant miraculeux que Dieu réservait encore pour être le salut de la nation et la gloire d'Israël.
Sire, ne perdez jamais de vue ce grand spectacle , ce père des rois , mourant , et voyant revivre eu vous seul l'espérance de toute sa postérité éteinte; recommandant votre enfance à la tendre et respectable dépositaire ' de votre première éducation , laquelle , en formant vos premières inclinations , et pour ainsi dire vos premières paroles , fut sur le point de recueillir vos derniers soupirs; confiant le sacré dépôt de votre personne au pieux prince ^ qui vous inspire des sentiments dignes de votre sang ; à l'illustre maréchal ^ qui a reçu comme une vertu héréditaire la science d'élever les rois, et qui, devenu un des premiers sujets de l'État, vous apprendra h devenir le plus grand roi de votre siècle; au prélat lidele ^ qui, après avoir gouverné sagement l'Église , lui formera eu vous son plus zélé protecteur; enfin à toute la nation, dont vous êtes en même temps et le précieux pupille et le père.
Puissiez-vous, Sire, n'effacer jamais de votre souvenir les
* Madame la duchesse de Ventadour. — - Le d\ic du Maine. — ^ Le ma réchal de Villeroi, — " L'ancien évcquc de Fréjiis.
3L' SERMON POUR LA FIîTE DE LA. PURIFICATION.
maximes de sagesse que ce grand prince vous laissa dans ces derniers moments, comme un liéritage plus précieux que sa couronne !
Il vous exhorta à soulager vos peuples; soyez-en le père, et vous eu serez doublement le maître.
Il vous inspira Thorreur de la guerre, et vous exhorta de ne pas suivre là-dessus son exemple : soyez un prince pacifuiue; les conquêtes les plus glorieuses sont celles qui nous gagnent les cœurs.
11 vous avertit de craindre le Seigneur : marchez devant lui dans l'innocence ; vous ne régnerez heureusement qu'autant que vous régnerez saintement '.
Sire, que les dernières paroles de ce grand roi, de ce patriarche de votre famille royale, soient, comme celles du patriarche Jacob mourant , les prédictions de ce qui doit arriver un jour à sa race! et puissent ses dernières instructions devenir la prophétie de votre règne! Ainsi soit-il.
' Louis XV a toujours conservé, écrites au chevet de son lit, les paroles remaniuables que Louis XIV lui dit , en le tenant sur son lit entre ses bras : ces paroles ne sont point telles qu'elles sont rapportées dans toutes les histoires. Les voici fidèlement copiées :
« Vous allez bientôt être roi d'un grand royaume. Ce que je vous recom- « mande plus fortement est de n'oublier jamais les obligations que vous " avez à Dieu. Souvenez-vous (jue vous lui devez tout ce que vous êtes. « Tachez de conserver la paix avec vos voisins. J'ai trop aimé la guerre ; ne « m'imitez pas en cela, non plus que dans les trop grandes dépenses que « j'ai faites. Prenez conseil en toutes choses, et cherchez à coimaitre le « ineilleur, pour le suivre toujours. Soulagez vos peuples le plus tôt (pic . vous pourrez, et faites ce (pie j'ai eu le malheur de ne pouvoir faire I mcji-niéme. »
( VoLTAiiiE, Siècle de Louis XI f\ ch. xxviij.)
SERMON