BONTE DE DIEU
Qu'un homme ait été offensé par un autre homme, hélas! sou- ■i eut les regrets les plus siuîorcs , les humiliations les plus profondes, les satisfactions les plus pleines et les plusahondantes ne peuvent rien pour adoucir son cœur irrité. Il est inexorable ; il n'écoute rien ; il veut se venger. Cependant, 6 mon Dieu, quel outrage si grand uc'ut-il recevoir de la part de son semblable? Ils ont été pétris l'un et l'autre de la même boue. Ce vindicatif d'ailleurs ne devrait-il pas faire réflexion qu'il peut à son tour avoir besoin d'indulgence, et qu'il s'expose à éprouver la même rigueur dont il use envers les autres? De plus, peut-être s'est-il attiré l'offense dont il se plaint , et qu'il voudrait laver dans le sang de son ennemi , par ses hauteurs , par sa dureté , par son peu de ménagement , par ses injustices. Mais le Dieu que j'ai eu l'audace d'offenser est autant élevé au-dessus de moi que l'être l'est du néant : souverainement juste, toutes ses œuvres sont l'équité et la justice même; hilinimenl bon , hélas ! il n'a jamais répondu à mes outrages que par de nouveaux bienfaits, et mon ingratitude n'a jamais suspendu les effets de sa bonté pour moi. Néanmoins, des que j'ai voulu retourner ;i lui, m'a-til fait acheter le pardon que je lui demandais par des délais éternels , par des rebuts si pénibles à l'amour-propre , et qui anéantissent presque tout le prix d'une grâce , plutôt arrachée par l'importunité qu'elle n'est accordée ? Non ; comme un père tendre, à qui la joie de revoir son fils fait oublier tous ses égarements et tous ses torts, il a couru au-devant de moi, il m'a embrassé, il m'a pardonné avant même (jue je l'eusse demandé ; il m'a rétabli dans tous mes anciens droits; et la seule chose qu'il a exigée de moi , c'est que mon retour fut sincère ; que, comme il avait toujours eu pour moi le cœur d'un père , je reprisse pour lui le cœur d'un fils , sans conserver de liaison secrète avec le monde son ennemi. 0 bonté, que nous ne saurions ni imiter ni comprendre ! 6 dureté des hommes , qu'une telle bonté ne touche et n'amollit point! (Paraphr).