ORGUEIL
L'orgueil a été de tout temps la plaie la plus dangereuse de l'homme. Né pour être grand et maître de toutes les créatures , il a toujours conservé au dedans de lui ces premières impressions de son origine. Trouvant sans cesse dans son cœur je ne sais quels sentiments secrets de sa propre excellence , que sa chute n'a point effacés , il se prêta d'abord à des penchants si doux : il ne chercha plus qu'à s'élever de degré en degré ; et, ne rencontrant rien icibas qui put satisfaire la grandeur d'une âme , laquelic n'avait été créée que pour régner avec son Dieu, il monta jusques au-dessus des nuées , et se plaça à côté du Très-Haut. De là l'homme se fît rendre les honneurs divins ; l'homme se rendit à l'homme mémo ; et l'univers adora comme ses auteurs des insensés que l'univers avait vus naitre , et qui étaient venus tant de siècles après lui.
(Mijstércs.)
Une femme mondaine ne veut-elle pas encore plaire au monde, lorsqu'elle n'en est plus que la risée ou le dégoût? ne cherche-tcllc pas encore des regards qui la fuient? ne ranime-t-elle pas encore un visage flétri et suranné, par des artifices qui rappellent plus ses années que ses attraits ? ne se donne-t-elle pas encore une jeunesse empruntée, qui ne trompe que ses yeux seuls ? Que dirai-je? n'achète-t-elle pas peut-être des assiduités criminelles qu'elle ne saurait plus mériter ? des choix honteux ne deviennent-ils pas la ressource de son indigne faiblesse ? et l'âge , en changeant ses traits, a-t-il changé quelque chose à la honte de son caractère?
[Panég. de sainte Agnès.)