‹ Petit carême; sermons et morceaux choisisChapitre 96 sur 116 · ERREURS DE LA VANITÉ · texte numérisé non relu

ERREURS DE LA VANITÉ

A quoi se réduit ce qui nous parait ici-bas digne d'envie ? et, dans cet amas d'enchantements qui nous font perdre de vue les biens éternels , quels sont les principaux objets qui séduisent l'esprit , et usurpent seuls tous les hommages du cœur humain ? C'est l'éclat de la naissance, c'est la distinction qui nous vient des scieu-

ces cl de l'esprit , c'est la mollesse qui suit les plaisirs et la félicité des sens ; et enfin c'est le faste qui accompagne la grandeur et les dignités. Ce sont là les secrets ressorts qui agitent les enfants d'Adam; c'est là-dessus que roulent nos projets, nos mouvements, nos désirs, nos espérances ; c'est là comme le trésor autour duquel notre cœur veille sans cesse , et le plus bel endroit de cette figure du monde qui nous saisit et nous enchante.

La noblesse du sang et la vanité des généalogies est , de tontes les erreurs , la plus universellement établie parmi les hommes. On ne pense pas , quand on s'ai)plauditde l'éclat des ancêtres et de l'anli(juité du nom , que plus haut il nous fait remonter , et plus il nous approche de notre boue ; que ce qui dislingue les vases d'ignominie des vases d'honneur n'est pas la masse dont ils sont tirés, mais le bon plaisir de l'ouvrier qui les discerne; que la noblesse du chrétien n'est pas dans le sang qu'il tire de ses ancêtres, mais dans la grâce qu'il hérite de Jésus-Christ ; que la chair qui nous fait naître ne sert à rien , mais que l'esprit selon lequel nous renaissons est utile à tout : et qu'enfin l'origine comme la conversation du chiétien étant dans le ciel , celle qu'il prend sur la terre est une bassesse dont il doit gémir, et non pas un titre dont il puisse se glorifier.

(Pnncg.de samt Fravro'is de Paule.)

niSSlMULATION.

L'usage et les réflexions qui enveloppent l'âme , et font qu'elle ne se montre plus que par règle, et changent en art le commerce de la société , aidèrent la droiture et la candeur de la sienne.

Il n'était pas de ces hommes enfoncés et impénétrables, sur le cœur de qui un voile fatal est toujours tiré; qui s'attirent, en se cachant, le respect des peuples; que Tonne révère tant que parce (pi'on ne les a jamais vus , et qui , comme ces antres qu'une vaine religion consacra jadis , n'ont rien de vénérable que leur obscurité. Déguisements artificieux de la prudence du siècle ! vaine science des enfants d'Adam ! coupable trafic de mensonge et de vérité!

•le loue un homme juste et droit , simple dans le mal , et prudent pour le bien ; un homme dont ce siècle malin n'était pas digne; une de ces âmes faites pour le siècle de nos pères , où la bonne foi

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était encore une vertu ; où une noble ingénuité tenait lieu d'art et de finesse; où, dans les plaisirs innocents d'une douce société, le plus loyal était toujours le plus habile ; où l'art des précautions était inutile , parce que l'art de se contrefaire n'était pas encore inventé; et où toute la science du inonde serénluisait à ignorer les lois et les usages du nôtre. (Orais. fun'eb. de M. de Villars.)

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