‹ petit carrillonneur, Volume 4Chapitre 10 sur 10 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Détails sur cje nouveau vett*.

v<0 us remarquerez » Dominique f <que mon ami Saint-Ëvè, ou dç Bléville , si vous voulez , â gliséé ïégèretiient sur la* préteftduë mort du vieux comte d'Alinvil, dans le récit qu'il tous a fait àes rtiafteurs de votre famille, ïl à'éiait pa$ terfcpà encore de vous iftettfe au fait de cette particularité , que riiom$îeur et madame d*A«* Ikviï, que voilà, ignoraient tomme vous; ils cfôyaitftot leur Bon vieux père mort, itihunfié (fans la chapeïïe souterraine de ce cMteafb , et voici ce qui a doiîné Keu à cette erreur.

Vous savetf tous que lofsqiie le vieux cfortfte âpptit dTElvïria, 4"lt«r- &eille, qu'on lui avait ravi son ( pdtît-

*5a LE PETIT

fils Dominique , il voulut finir ses jours dans ce château, où il se transporta en effet. J'appris alors ici fat lui que le marquis cTÀlinvi! ( pardon , comte, pour cette derûiere ex* plication), avait abrégé le* jours de ma sœur ,. de son époux , et cette douloureuse découverte changea tout à coup nos cœurs à tous % en les pénétrant du plus vif intérêt pour t enfant abandonné. Tel fut sur noua l'effet de la honte et du remords ;, mais la douleur avait tellement aigri le caractère du vieux comte , qu'il devint insensé au point de pleurer,, de crier, de nous accuser tous, de , commettre , en un mot, au dehors ou devant les gens, des imprudences.

Capables de nous perdre. A toute minute, son indiscrétion y $$$ cris, ses.

clameurs nous, faisaient trembler* Que pouvions- nous faire ? le reo-

CÀRIULLO^EUR. *53 vèyer cfcre2 hii , dans son château f privé de surreillans; là c'eût été bien pis. Déjà qoelqttes babétans de la vill* de MarseiHe avaient conçu des soupçons sur les crimes quijsoui liaient Fintérienr~de nos deux familles. U»

certain Dûment, jeune homm<? qui faisait les affaires dtr père de Dominique, m'avait même communiqué ses doutes sur la fin peu naturelle de se* c lien a , sur la disparition de leur fils ; et comme il devait tout à l'aïeul de Doûîhiique, j'avais exigé de lui léseraient secré, sur l'honneur, qu'il ne ferait jamab part à qui que ce fût de ses^ funestes soupçons. Il a tenu parole, car ce même Dumont est aujourd'hui secrétaire de. monsieur le lieutenant de police, et noue n'avons plus entend parler de lui.

'N'osant donc pas renvoyer le vieux comte chea lui, redoutant de le

454 Lfe-TÉfïW

m élite àam une maison dé santé t nous prliffe* ta parti f extrême sana doute , mais déceas*im, de le délirer du momie et* r*n$èfwaal dan* les **atee «waUrtuains de ee château ; mms h ftmè* dès-ters passer pwr mark Un Faux extrait maHâarreiÉi fcWûfuf, vwyé à Marte.11, à «$ sienra d'AHnvH> €foi s?e» serv irai poiit wetieillar son héritage «a faisant rendre teue ses bien*. Je rougis de voua avotief qn on fi! no faux acte S mais on «ait trop qu'aoe lauté eà amène «rare attire , et que pourr couvrir des torts r od s en dmise toujours de noutieanx.

Cet» tranquillisa tout k monde.

Le vietrx comte 6>t cenâëaux soins de La Brie, valet sûr et fidèle. J ot* donaai qu'oa au* poer lui tou* les égards; il ne manquait de rien. Le )**r, ii restait drts les cka«ifetfei

CARRîLLÔNNïm *S5

souterraines > e* pendant le* belles nuits d'été, il avait la faculté de m promener dans une psrtie de mon pasc, que j'avais fait enclofe pou* lui y et qui coomumiquait aux porte* de son. triste séjour* Voilà, nwp cher Dominique, le mystère de kt clôture du parc, qui t'a si souvent intrigué ici par des bruits dont tu vas ap*- •prendre la eau**. Larsqtife U> fis, une nuit, l'indiscrétion cfee visiter ks sou»

terrains avec n*e» berger, tu n'y trouvas ni le vieux comte ni ses gêna; ils étaient alers à se promener dans cette mystérieuse cl&tttto*

Je vous jure qu'on lui prèdiguait tous les soins dus à so» Âge et à son caractère. Moi ra^me j'allais souvent passer des betires entières avec lui; mais seulement dans les momens ok il recouvrait sa raison r car le plus souvent il disait des fo-

*5« le mm

Me»/ faisait cretft extravagances;' et son état de démence s'alimentait encore à la vue du tombeau qui ratifier* Jtmit le baron, mon pêne , do» aneien ami. 11 couvrait ce tombeau d'ins-»

eftptions , ef je le laissais faire ; car ai je l'eusse retiré de ce lieu funèbre qu'il chérissait, H serait mort; et mon intention , grand Dieu h était bien de conserver ses jour* par toutes les com^* plaisances poestblesv

Il y a, daftS tme de ces chambres souterraines, des af mures' de towte espèce qui ont appartenu jadis à de»

preux chevtfKers croisés. J'avais défendu- qu*on y laissât attter mon vieillard» Malgré toutes les précautions, il trouvait sans cesse les moyens d y pénétrer. Une nuit , et Dominique habitait alors ce château', le vien* comte prit un cor qui servait aux nains pour annoncer les paladins.*

ÇÀRRILLQNWEUK. %5 7

H se mil à eu jouer dans le parc* La Brie rtup autre gardien coururent le faire rentrer dans a^n asile. Une au4re fois ce fut une cloche qu'il agita j puis ensuite un tambour qu il se mit à battre comme les petits fftfans»

Nouvelle surveillance de La Brie , qui le fit encore rentrer»

Souvent» dans l'excès de sa haine contre ses fils '(car, monsieur le comte y vous et votre frère causâtes la démence de cet excellent père) f il confondait leur nom avec le miepf Jetais un misérable k se» yeux; il conseillait à tout le moude^de me fuir, et ce qu'il disait là>dcs$us à La Brie, il le répétait dans le parc, au moyen d'un fort porte- voix qu'il se procurait dans le magasin d'armes > et qu'on lui arrachait. Voilà le secret f Dominique, de cette voix que tu as entendue , de la cloche * du taux-

bour> de Hifserfptbm au i*>tJt d^tmé perche, éestasts écrite sur une a#éoite > &è fetteârs* en un mot» que «et ïtifortotté, êtes *oh <Mlk«, t inspirait sti* ttkâ. Comme je lui avais appris ; ton arrivée, Ht lessnupçons que M ihe faisais naître , je courais le gfonder des faux avis qu'il te don* nait. Il pletiraft alors, me demandait pardon, et se comportât*, je te répète, «oÉàffté un véritable enfant !

VèAw âjïvki maintenant* cofttte, 4e qui je voulait von* parler Anus mon btttet , oà je voas disais que je pourrais faire tomber ma vengeance sur un être fui vmss émit bmn therf je ne faisais qu'une vaine me* nace; car je respectais et ch éri s sa i s trop êê mslheiireux vieillard pour le punir des fautes tfatttrtri» DemèmqiJe crut que vei être était lui - même.

Monsieur Paterne donna dans cette

e*e*ir r et de &4e& abéfctfcet perftf- <u4ta*

Lt oomie d'Àlmvtt w4trto«^4 fci naeesietir ^Battit - Ëdwn : El moi , dit -il r qui ne pourrai» soupçon*** ieaâsfcegoe d* mon pèrtf, fat Cru .que «ctâtedMivm* me parliez* et <fue ▼otts lefriefc enfermé «fans voa sou* terrain*» étârt notre ancien confident Fénigle, qui non* tendit autrefois tant de fltnrkee.Comne il savait tout , je euppoaais que tous l'aviez pri*é de sa liberté pour vous assurer de sa discrétion»

Ce Fénigle n'existe plus, reprend Je baron» Ja^oe portai* le craindre..»

mais continues».

M étant quelquefois oecupé de la science médicinale , je traitais moi-* même mon malade f et j'en* 1* bènheur 4e voir qu'il recouvrait de plue en plus sa raison* Cela me donna

*6* LEPETTF *

Fidée de le faire revivre aux yeux de monsieur le comte, pour forcer ce dernier £ réparer ses torts , comme ie me disposais à le fi|îre dr mon eAté, envers- lorphelinF Jren parlai att vieillard. Il saisit eette idée aiec jrvtdité > mais toujours» entrataé par ses idées folles et bia»rres^<fl-exr* gea que je misse à cette enferevue ^appareil d'un tombeau r moyen de roman sans doute y mats ff y tint* 11 voulut sortir de là comme une ombre > répétant sans cesse ee qu'il dirait, et la manière dont il s'y prendrait. Je eédar à sa manie ; car sa tête est encore bien faible r et je fis faire tous ces préparatifs, qu'il est venu lui-même ordonner et inspecter eette nuit» %

À présent, comte, me pardonnerez -vous de vous avoir conservé un père ^ qui fut faible ssuns doute*

CARUILLONtfEUR. a6i mais dont tous les malheurs, ainsi que les nôtres, viennent de son excès ide bonté? — Si jët^éïfe le pardonne # baron ! ah, je vous v ^ remercie î et f v^ us aviez bien raison , dès ce mo-.

ment la paix -esta jarnai^ cimentée entre nous* Mes fils, je vous ordonne d'embrasser votre oncle , vos cou-, stns , et de vous \eter aux genoux de vx)tre aïeul, dès qu'il rentrera, po$K lui demander le pardon de votre, père! ..,

I*és jeûnes d'Alinvil, émus de tant démènes, vont obéjfc aux ordres du corn le, quand leur mçrèiss en empêche en s'>écriant:Comâéit! ne fa ut- il pas lea embrasser, après qu'ils nous. * ont dépouillés! ;...-, k <

Le comte Jance à sa femme un* regard terrible* et lui répand ; Madame! mes yeux scsoi dessillés; je me gjge maûi&àiantj./eLwus connais

*6a LE PETIT

aussi. Àpprétea»vous à une séparation éternelle. Demain, je pars, et vous ne ne reverras jamais!

La laide comtesse veut proférer des injures; mais elle tombe en faiblesse. Se£*fi!s la reportent dans sa toiture, et repartent avec eHepojar le château de ***.

Le vieux comtyeparaît , soutenu *pâ*£>a Brie. H embrasse Dominique.

£bbkn, dit-il, le notaire travaille»t-il?

va-t-on enfin fixer ta destinée, cher et ifaalheureux enfant?

c Monsieur , répond Je baron ' de Saint-Erbin, cek n'est pas aussi' facile à arranger qu'on ' le croirait.

Bâbord, Dominique n'a point de nom. — Eh, qui empêche monsieur le curé Paterne de lui en donner un ?

r— Vous avez raison; mais pour justifier cet extrait baptistaire, il faut toujours accréditer la fable d'un jré«f

CÀRiyLLONNEUIl. *6S

fendu Sfignepr qui enleva ^uirefoi* Sophie de Saint* Erbio enceinte, et . renvoya son enfant en France, où U fut adopté par le ménétrier Cvaquet* Reconnu par flous tous , nous sçxnmes Ubres de lwi rendra le titre qui lui appartient.

Le notaire fut consulté siv <&U f et donna dçs moyens léj^M* qu on savait pas devinée

Le bon curé baptisa sur le ëharop ppimnique, dans la chapelle du château, où tout le mande passa, et le baron , ainsi que U baronne > qui fu~ reiit 609 parrain eX rrwrraipç, lui c<**> ftsmèr«nt «09 nom de ; Dominique d'Alinvil

La restiiulion des bien* de la £aaiille Saint- Erbin devint alors toute naturelle, et le notaire en fit les actes sans aucun embarras; mais U y avait ffats de difficultés du coté de

st54 ' LE PETCT monsieur d'Alirtvil , en ce qtfll avait hérita dé son père d'après un faux ex* Irak mortaaire.il ne fallait pas revenir sur cet acte f * qui pouvait compila mettre. Le notaire trouva le moyen de faire faire au comte d'Alinvil une cession , en formedë don, de tous les biens quil avait entre ses mains appartenant à Domîhi<jne > par uà droit qu'il devenait alors inutile de relater.

Ainsi notre^isune homr^'âe*int , en une seule journée, proptîétatre de maisons , de terres , de châteaux qui pouvaient lui faire cent mille liv.

de .rente- La famille Saint- Erbin, gardant ce A qu elle avait Teeu en partage avec Sophie d'Almvil décédée , de l'héritage *du vieux baron leur père» ainsi que la dot de ma-* dame de Sain uErbin,- eut encore une fortune brillaate; mais le comte d'A-

CARÇtïLLOlNÏŒUR. , *65 lïuvil se trouva presque ruiné par cette restitution , et personne r\t plaigmt ce mécfont hoatame.

Il signa les actes, tout ce qu'on voulut, avec une docilité dont on ne l'aurait pas cru capable; maille remords avait vraiment touché son cœur; il ne pensait plus qu'à faire pénitence de 9e$ crimes et à chercher dans la religion des Consolations qu'elle ne refuse jamais *u coupable quiserepenU

Tontes ces affaires étant terminées , le comte se jeta aux genoux de son vieux pète* O mon pèrej s'écriât il f êtes- vous content de moi? avez-vous éncofç quelques sacrifices à demander à votre malheureux fils? — Je n'ai plus Tien à voua dire, Monsieur.

VqU6 aivez fait votre devoir et non dçs sacrifices* — Mon père, vous avez prononcé, ce matin, le mot m ia

de awlédiction ! vous qitUierai-j? ac* câblé de ce poids. terutyç.?, -m Qu'ejMr gez- vou$? <m* je. çévpquç \)&. *t*êjt 4jue Dku a dcpMi^ lpng-tei«|^ p*rté contre vou$ J — M^n.pçrej, lejcepejv.

tir« . , . . . f . « ^ JLe repolir, n efface paiat le crime. «~ Dieu , que vous invoque?, wra Xftoiw barbare <|«e vous,

|l fomd su Iwmtt*

Powniqji^ r fe barQH 51 l(çpèf<5.1^ÎT dore et monsieur Pateraç, efltouifànl le vieillard, Us la ptftttrti ïk Jfttf»iureat dç jwrdonaef à «>»>fiW4 Jl J*s*«

il cède au* prières t 4e tp^sc^ bQW cœur$;,#t, twfe^feft*ta» Wbite couita, qvi typçMp$lfetUfei<IUj MUéc?bie ! tu a$ fait le nw4tew ih .J^itfe ta ftwM M )&% j* ** Je pardonne. Puisse lexiel injUfiJa qtér f^ence duo père , et ne ftçitm§et \m

DigitizecTby VnOOQLC

CARRILLONNEUR. 367 souffrances que 'dans cette vie ! Je t'ai pardpnaé , fui? maintenait , fuis loin de ces lieu*!

Le comte arrosa de ses larmes les gencm* de SO» vénérable père; puis il sortit en disant : Adieu, adieu, vous tous que j*ai offensés! vous ne mç reverre? jamais î

Quand il fut parti, le baron dé Saint - Erbin dit à Dominique : Hé bfcn, mon neveu y q\ie t'avais -je promis hier et depuis quelque temps?

J> savais, moi , que je possédais le moyen de faire fléchir l'orgueil audacieux du comte 4'AlinviI \ le moyen que j'ai pris tient un peu du drame, jen conviens; mais U est de l'inven* lion de ce digne vieillard , «Ht \k faut contenir qu'il a produit son effet.

Vous sentez tous combien il est prudent d'-ensevelir désormais tous ces événement dans le plus profond ou*

aW . LE PETIT bli; c'est encore un secret â garder * mais qui va le posséder? nous et nos amis : monsieur Paterne aimé assez son élève pour se' taire là-dessus, et ce bon Mathieu Robin eau, qui ne peut en croire ses yeux sur tout ce qu'il a" vu, imitera sa prudence. Quant à quelques valets qui sont dans notre confidence, comme La Brie, Poitevin , en outre qu'ils sont fidèles, attachés , ils sofot si heureux chez moi! je veux encore les combler . âe tant de bienfaîls, qinls nous garderont le silence. Tous ces évènemens d'ailleurs , qui paraissent compliqués , se" rattachent à un fil, et n ont eu pour témoins que les gens intéresses â les celer. Vivons donc tous dans la plus parfaite sécurité !

Eh, mon Dieu! mes bons amis, îl y a, bien peu de familles où. les passions humaines n'aient causé quelques

CARWLLONNEUK. 069

•cènes qui passeraient pour un roman, si on les retraçait dans un livre! Chacun a son côté faible; l'art est de le cacher. Maintenant, mon cher ne* veu, nous allons nous occuper de toit bonheur»

CÏIAfrOTÊ XHI.

Sages mesures que sanctionne ta Providence.

ïh était tard. Tout le monde avait besoin de réparer les fatigues du jour.

Un excellent repas, qui servit à la fois de dîner et de souper, se prolongea jusqu'à l'heure d'aller prendre du repos; et le lendemain matin, nos amis se réunirent délassés, enchantés tous de la félicité dont ils allaient jouir.

Dominique était le seul qui eût mal dormi. Son changement d'état, tout ce qu'il avait entendu et vu la veille, lui semblaient un rêv,e favorable, et il ne saffcit s'il devait croire

à la tëafeé. Eh qùoi> se «KsatH4, me voilà dëraUi un grand ceigne** * îtotti, 06 ( piatfjfrev|à*tft carrîUortneut tcpae bha<t*ro fidât^at^t du "rebutait ë&t les pUOTô publiques dis Barri»! je mh rkhè) irwp-rieke^éflie, et il m'a fifdhi acheter téut cela par des peirfes> par des tourriw»S'Sài*8 nombre. Oh, quelle bizarrerie dans les vicissitude ^ la vie humaine î

11 éfail agité pav mille néfleniôW, et eaUuljtit le bten qu U ferait à *ou* ceux qw* lui avjûettt moairé de lef* fectrtn. Oa pense bie* qu'il mettait Mathieu Robi^eâu à la télé de ces Vrais amis* là*

Ei Je bon Mathieu Itabnieau -, de Son càté> ne savait pas uon plus s'il Veillait ♦où s'il dormait, f

• Dès queDonmviquej ett ee Jevat*t> perçut Robineau dans le pare , H <wimt à lui, sujets dans ses fhra** en

»7* J le feiji* -

«écriant : Mon amH mon digne Kenfaiteur l qui attrait pur s attendre àmp pareil changement! — Qui peut connaître, mon •- fil£, Jlçé décrets de la Providence f «lie veille sur l'orphelin j •lie confond ses persécuteurs, et ne permet jamais qu'il devienne leur victime; Vous voilà maintenant héritier des titres , des grande* richesses de votre père, de votre mère, de votre aïeul le baron de Saint-Erbin; vous allez devenir l'heureux épour dune femme charmante, qtie vous, adores; tous les biens vous arrivent à la fois, après avoir beaucoup souffert, j'en conviens. — Pourquoi donc ne me tutoyez vous pas , cotante à votre ordinaire, mon cherRobïneau?

mon nouvel .état aurait -il diminué votre tendresse pour moi? — •> Au contraire , mon cher enfant ; mais à présent plus que jamais, le respect

CABRILLONNEUR. a 7 5 exige.. ..~ — Le respect, mon ami; «h! l'amitié peut-elle descendre k ce degré de froideur ! jet veux te tutoyer, moi , et j'exige que tu en fasses au* tant» — Jamais ! est - ee au pauvre ménétrier Robin eau à se permettre..,?

— Le pauvre ménétrier Rpbineau me sauva de l'abandon, de la misère; S fut mon premier père , mon seul , mon véritable r père, il le sera toujours.

Les deux amis se serrèrent de nouveau contre leurs cc$urs si purs , si bons, si sensibles, et ils rejoignirent au salon leurs pareil* , ceux de Dominique, du moins, qui y étaient réunis» Le vieux comte d* A lin vil ne se lassa £as de prodiguer à son petitfils les plus tendres caresses; mais monsieur Patente était absent, ce qui surprit un peu notre jeune homme-

*?4 ï* MaW

Le barbu de Saint- Erbin dît ea tfàrtt : VoUs oublia peut ~kre que *oua arofts id an prisonnier sur te sort duquel il vous fout décider ?

Monsieur NisfHdt, 1« très-pieux, le ïrèfcr.lwm môttàem ïlobtet est toujours fr-bas, dan* là ctapdfe sauter»

ruine , où i! pleure, oô II ae tawetrte, où M jure etifiti de se trtrriger de ses vices* Qtf eu fotoàs-iioigs ? — H faut lui rendre la liberté, répond Dominique, le tmm trop heureux jpour en voutoir plus lcmg^ temps à toies ennemie*, — J'aime ce fcieuve- Tttent de générosité, Domint^fue; il pe m'étonne pas de ta paît: mais *ènges~tu que le parti *juè ttt préposes pouttrait devenir dangereux. Cet homme, dont la méchanceté et Tin»

discrétion sont connues , parferait , tKvulguerâît une partie de nos secrets, tout ce qu'il sait enfin.,. Non...

<on me propose *in àuite plan de «conduite , et il me parait te plus pruëèoL Voici ce <^jec>«* J'ai reçu tout À Vhmte tarte tettte de d'ÀHrivit, qui mè garait totalement t&ëngé f doat lé repeàtir est twiito«it 6taeè*e. Il te'fcpptfeiirf cf»V la *uite de vit es ^xpliertwtjs qu'il**»* hkt dtâratec sa Hjé^ttte f etwm^ ^ettfe sV&st mkè aub^eiwswenwn ttbalftde, eiqu'ette «eat «sorte, 'cette mât, dafcs tnfre viofaGtemeaqw drtuftft. JôMSgé, a)atife- *****> de quèftfeHes>prdprWtës qu'A tin vendue^ il veut all*r se je*ef tlatos *me -pieuse retwfce -, M il tfre menée «que §e lai énTOfe.rto«sH*or Nobltft -, Nantir mur* hUm, 4it41-, ench&hier la <&6t*li0i». Mgttpre quel moyen il possède f&ir cela ; wiaiscorome d'Afeml e*t >pkis intéressé «pcere 'qae wras *ous. à wtte discrétion , îl m

a 7 6 LE PETIT

dre en cédant à eé conseil. Qui pensez-vous ?

Tout le monde fut de l'avis de renvoyer monsieur Noblet à aoa digne confident. En conséquence, &m fit monter ,ee vieux tartufe , qui parât tout contrit, tout humilié- En dépit de voire malignité, Monsieur,, lui dit lé barçm ^ nous vous apprêt nons, pour votre dernier epppijcej.

que nous soçamesteus heurera roaiotenant. — Tant mieux, monsieur le baron , tant mieux. — Beux familles sont réunies, à jareais» Notre neveu est retrouvé. Son <*«le -, d v AJumi le chérit autant que nous l'aimon* ici* et voua n'avez plus de tour» S noua jouer» ■— Mais lesquels pourrais- je...?

c'est tcgu jours l'amour de Dieu et du prochain qui mVgnidé. C'est encore cette vertu du chrétien qui m'empêche de me plaindre: du traitement

Digltizedby G00gle

CÀRRlLtONNEUR. 377

indigne qu'on m'a fait éprouver ici depuis. quatre jours», traitement inouï, illégal, dont les lab sauraient bien me venger ai je voûtais» —Je vous engage à prendre là* dessus les avia*de moneieur ^'Àlinvil lui- même jet peur vous» en donner la facilité f je vais vous faire reconduire chez lui Les chevaux sont à ma berline* Mon filleul, Victor Pén<m, va vous açeompagner» Ce parti vous parait-il..».?— * Je ne demande pas mieux (une joie féroce brillç sur ses traits). Je suis enchanté au contraire de revoir cet homme vertueux qu on a tant caloronié» — Hé bien, retournez auprès de cet homme vertueux» Je doute qui»

vous le soyez désormais autant que lui» — Lfr<»nie est ici bien déplacée; car je s?is de quel ceU vous regardes rnopseigneur le comte d'AUuviL — Vous ne pouvez pas l'estimer maint»

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»7* ' Lfcï^irr

teùaiÀ awtant «ffre nous! **- Ajoute* Ibutrage èto détention q»a tous ma- *w fait Subir! tuba atfti >4\Aâi*r sçpra me Viager <!&.». ,v* ^ fl**A6te 4<MMf)tlè'> MdWènrttr , tofrte ètfâi tf A* fctt*il; seét pcttf ttela SâM éArt<s <c*ést pour Vous "vettgdr dtf'%tHi$* Dîfea-M 3pfe- flous n«tfo <Si wppttr»

ferons è lui polir tddt ce i^âffi Vouera faire A «et égfcrtk V^r^ctfotapagta*

Ut» **g#d >qbe ïémfc k baréta à Vlétor Péboa retfOtotttfnêe fefert 4 ce <é*mi&"éè t& pw fois»* #<ft*ppte**ft *o«& *m priéOfiafer> *t Victor es* i* rti**e è «ri**e * la iôtïfc tes érdres

M*a*t4tir IPteMet «btt «foi&isatil èes feëutfeeités ^psr&rrftetrt Un tdntftnrte frapptial atfec la «olèt* cftti «cofeffttéfe «a figutte* Il monte eu Y0*h**è trvec Victor^ les voilà paras. c

CAKÏlIlJLOÎSfNElJii. m Àà twrot dune héUH et demie, Vietofr tevietrtv fi a vu de pmés fcfcaiigemetts au <Mttiafe de ****.

Tamàia qw te <»tt é ^<itt*tiè , qui -, mandé par le comte y a quitté y dès le matin , te t&&t*a& de la Groix- Saifel-Àndré, se prépaœ à w humer la cc*a*e9&e> avec toae teb honneurs dus à son rang > te comte fait remplit èé$ mettes de aes effets tes plte précieux j il semble p*ét à abatrdobner ce chèteau qui va désofffiaîs appartenir à Dominique ; et ses deux fils, Charles et Julien d'Alinvil, ee disposent, dfe teut é*té, à partit pour l\irmée> où la guerre, qui a'aliame Urée la Flandre, va leur <mvrir une belte carrière militaire.

Deux mots que te comte d'Ali n vil a dite à l'oreille de monsieur Noble! , ont fait pâlir ce dernier, qui s'est jeté à ses genoux en rassurent qui!

*S» , LE FEÏTT le suivrait partout* Ne craignes plos lies de lui, à dit ensuite tout haut le comte d'ÂUnvi] à Victor Pénon r en peut être sût de monsieur comme de mot*

Voilà ce que rapporte Victor Pér non, et chacun se demande quel est le mol , terrible apparemment.,, qui a pu effrayer à ce point le méchaut Noble t. Tout prouve néanmoins qu'on peut être tranquille sur soi* compte , et Fou ne s'occupe plus que de mettre Dominique en possession de sa grande fortune»

Huit,, jours, s écoulent, et l'honnête notaire qui a été le confident, ainsi que l'agent judiciaire de notre bonne famille r revient % apportant tous les titres, mis çn règle ,. qui assurent à notre jeune homme Içs richesses qu'on lui a< rendues. D'après le prétendu doa fait en apparence

. CÀRRILLONNEUR. hBm par monsieur cTÀlinviK Dominique devient, pour son cAté^ propriétaire de la mai$on,del<* rue d'Enfer, à Pta», du beau château de Haut-Buisson , près d'Ànet , et enfin du château de ***; qui vit élever son enfancf chez le curé Patejpe.

Il a , du cdté de monsieur de Saint- Êrbin, deux terres, trois fermes et une belle maison à Paris; en sorte qu'il peut compter, ainsi qu'on lavait jugé d'abord , sur cent mille livres de rente au moins. Ce qui le flatte le plus , dans ses diverses propriétés* c'est celle qui le rapproche de monsieur Paterne, dont il va être lé seigneur moins que l'ami le plus tendre et le plus intime. Il est maintenant libre d'entrer en possession de tous ses biens; mais il en est un qu'on ne lui donne pas encore 9 et qu'il préfère à tous, c'est la main d'Àdrienne*

Il Iè 4et»aade , fce trésor sans le* quel tea autres tte seraient *i en pour lui Oo ktèi acetfttte* On fcte te jou* de aon fey«èii > qui dofc>être*»fléferé da*w la chapelle de la Croix-Saint- André yetee joui' fortuné afrivfc enfim

ÏYmt est prêt pà|ir la cérémonie J lea époux afcnt au eomblte de la foie j ^n va marchera l'autel...* Un accWent imprévu vient changer te jour de bonheur en un jour dedeuSh Le vieux comte d'AlinvIt y épuisé par le <&** gtifc, et pfaa cfu ottogébëirè d mtleorS) •'était pà*£ pour le tfiarfege d*f -son petit-fife. il se fusait une félicité tuprémede conduire 4a jeune ritefié^ lorsqu en mettant le pied ^stir une marche de la chapelle* il téfribe it meurt subitement. Tout change « Un moment.,*... La tristesse et la douleur terti placent fa jéie; lés&irttbeaux de Th^men derieartent de$

CÂRfiîLLONNEUR. *S3 torchas funèbres , et monsieur Paterne , qui se préparait h unir deu* amans, est forcé de présider à un convoi. ^

Le vieux comte, qui, par des pré* jugésTcotitre un fils, par une faiblesse coupable danfr toutes les actions de sa vie , avait causé les malheurs dé Sa famille , fut inhumé , le lendemain»

dans le même tombeau de la chapelle souterraine qui renfermait les restes de son ancien ami le baron de^Saint- Erbin. Cela se fit en silence, au milieu des regrets de ceux qu'il laissait après lui, et Ton se garda bien de produire son extrait mortuaire, qui aurait détruit l'effet du premier.

Mort dès long-temps aux yeux de tout le monde, il n était point sorti du château depuis qu on l'avait retiré de son sombre asile; en sorte que ses parées seuls et La Brie , ainsi que

Foitevio , tous deux domestiques affidés, avaient été les témoins de son espèce de résurrection. Le notaire fut encore mandé dans c#tye affaire, et l'arrangea de manière à ce qu'elle ne pût jamais donner d'inquiétudes par la suite.

, Sa mort donnant néanmoins de justes regrets, on recula, par décence, le mariage de nos jeunes gens, et dès-lors il fut convenu qu'il se ferait au château de ***, où Ion n'avait pas voulu le célébrer d'abord pour n'y pas faire paraître te vieux comte; il n'était plus : ainsi rien n empêchait que la fête n'eût lieu au village même de monsieur Paterne, ce qui fit le plus grand plaisir à cet excellent homme»

On aurait bien voulu apprendre la mort du vieillard au comte d'Aline vil; mais on ignorait ce qu'il était,

• CARRILLONNEUR. *S5 «devenu. Ses fils lavaient quitté, et il était disparu sans indiquer le lien V]till. allait habiter.

Un jour on *e£nt de lui la lettre suivante, apportée par un exprès :

« Mon cher baron detfaint-Erbin , te je vous prie de brûler cette lettre ff après lavoir lue.

«La grâce a enfin touché mon « cœur jadis féroce et sangutttftfcfc.

« J'habite unie simple et modeste « habitation au pied des Alpes, éloi,cr'goée de tout commerce avec . les « «hommes, où un aiint ermite m'ad*w ministre tous les^fètors les conso»- ** talions de la religion; J'ai donne à « un homme d'affaires ma procura- Vtion pour qu'il gère mes biens et *< s'occupe de mes fils, qui ignorent «les premiers où s'^st retiré leur ^ malheureux père. Hélfesl le.sëu-

s>66 LE PETIT

« venir 4u mien m'occupe sans cesse ; «fil me poursuit , il m'accuse , il <r m'accable ! je le vois toujours prêt «è laisser échapper de ses lèvres le u fpot terrible de malédiction I ceux-ci « frappent jour et nuit mon oreille :

« Fengwmp / crie la justice di<- « vine ; vengeance ! sou hçure est fc arrivée! Elle est arrivée cette heure u fatale , et la vengeance divine est le «J&pentir cruel qui me tue ! N'exi*- « terait-il plu#, mon père 1 et mnuu rait-il meud^ à ses derniers mo- « menai son ombre semble me poura suivre dans; 1^ silence des ténè- « bres*.».# O cher Saint-Erbio! apprêta ne^moi son sort; dites*moi s'il e$t « toujours courroucé contre moi !

« Ces t pour vous adresser cette prière « que j'ai mis la main à la plume ^ « l'inquiétude où je suis de mon père a a pu seule me feire map<j^er au

CARR1LL0NNEUR, 287 « serment que j'ai prononcé de ne i4 donner de mes nouvelles à qui que « ce soit* Ecrive^nooi donc; vous « pouvez remettre en toute confiance a votre réponse au fidèle agent qui « vous* donnera cette letlte; mais a ne lui faites point de questions) il a * ordre de ne répondre à aucuoe* "

ce Monsieur Nobkt mirait suivi

« iei. Je savais que ce vieil hypocrite

« avait* appris le chemin As vice Jt

a une très jeune personne fort «mo~

(t cente , appartenant à des gêna

h puissaas» Les païens de cette fille

« poursuivaient monsieur NoWet 4

t< spn» inpu; il allait Revenir leur

a juste victime ,. lorsque je vous ai

« prié de me l'envoyer. le lui appris

m alors que je n'ignorais pas son

«, crime et les dangers qu il courait j

* feffroi le fit tomber à mes pieds,

p Je l'emmenai a*ec moi; mais la

a&8 LE PETIT

te fatigue du voyage et ses terreurs tt lui ont suscité une maladie , à lait quelle il a succombé il y a deux « jours*

« Ainsi, Dominique, tu n'as plus « d'ennemis; si je le fus, prie l'Etre h de miséricorde de me pardonner.

« De mon côté, je lui adresse, tous ce les jours, les vœux les plus fervens « pour qu'il te comble de félicités.

* « Mais, de grâce, mes amis, des « nouvelles de mon père! »

Chacun admira le changement qui s'était opéré .dans . l'âme du comte tfÀlinvil, et en même temps la justice divine qui avait enfin rejeté du sein des vivans le cafard monsieur Noblet, dont les vices cachés auraient été punis tôt ou tard.

Monsieur le. baron de Saiût-Erbin répondit au comte en lui apprenant

CÀRRILLÔNKÊÙR, *& la perte qu'il avait faite , et les mesures qu'on avait prises pour cachet la mort du vieillard, présumée être arrivée quinze ans plus tôt. Il ne fi* aucune question à l'agent, qui prit s$ réponse et partit sur lè^hamp.

•go: XE PETIT

Çt&PITRE XIV.

Ok, no», ii publiera rien*

Ils sont donc enfin passés tous les chagrins de Dominique ! Qu'il est heureux maintenant! Ah! qu'il est hûreux! pour nous servir de l'expression favorite du curé Pa~ ternc. Il est seigneur de ce même village où il passa son enfance à carrillonner; il y va faire son entrée solennelle comme le méchant comte qui l'y persécuta autrefois; il y doit enfin épouser l'amie de son coeur.

Qui jamais aurait pu lui prédire tous «ees évènemens ?,...

: Il sait que Saint -Eve de Blévîlle n'est pas très-fortuné : il le prie , en

C ARRILLONNEUR • 391 devenant pour ainsi dire son beaupère , de prendre la régie de tous ses biens, et de vivre avec lui pour le guider comme un tendre ami. Mathieu Robineau, qui ne veut pas quitter son jeune homme, aura aussi sa retraite à ***, ùtx il sera comme chez lui. Monsieur et madame de Saint -Erbin 11 ont plus de motifs pour se défaire du beau château de la Croix -Saint -André, ainsi qu'ils en avaient le projet, jpour fuir le voisinage des d'Almvil. Ce château d ailleurs appartint de tout temps à la famiHe Saint Erbin ; le baron actuel et ses descendans y seront inhumée comme le furent leurs aïeux»

Pour le*évérend père Isidore , il ne se ifrôit paè absous de ses erreurs $ il restera toujours religieux; mais U donner*, par une procut-atitm etttrfc les mains de monsiear de BtévjUe,

açs LE PETIT

son consentement au mariage de sa fille , fête à laquelle il ne veut pas assister, ayant des affaires à terminer pour son couvent , dont il a été trop long temps absent*

La bonne Elvipa , qui fut autrefois la gouvernante de l'enfant abandonné , deviendra sa femme de charge , de confiance , tout dans sa içaison.

4 Dominique , en faisant ces arrangemens , n oublie «pas de faire des cadeaux précieux à -ses cousins , les jeunes Saint-Erbin, qui lui jurent amitié constante pour la vie. Il récompense aussi généreusement Poitevin, le valet de chambre de son oncle, qui, dans tous les tçmps, lui a donné des preuves d'intérêt ; puis il Axe le joqr de son entrée x k ***, jour heureux pour lui, puisqu'il doit être aussi celui de son hymen.

CARR1LLÔNNEUR. a 9 5 C'est un dimanche qu'il a choisi.

Lui et tous ses amis quittent la veille le château de la Croix- Saint- And ré, et vont s'établir incognito dans celui de ***, où tous les préparatifs sont iaits pour lêfr recevoir.

La bonne Elvina, envoyée d'avance avec Poitevin et Victor Pénon , a eu soin de choisir des dômes* tiques pour servir le nouveau seigneur, et tout est disposé de manière qu'en arrivant, Dominique n'a pas le moindre vœu à former. La première personne qu'il rencontre au pied de l'escalier est madame Frison , qui va lui sauter au cou, mais le respect la retient. Elle se contente de lui dire , en pleurant et en riant tout à la fois :

Ah ! mon Dieu , mon cher Dominique !.... pardon ^'monseigneur, quoi ï c'est vous! — Venez, oh ! venez , bonne et digne amie de mes premières an-

nées F je ne suis, je ne serai jamais monseigneur pour Vous ; je vous regarde comme rta seconde mère > et je vous prie de itte permettre de vous donner ce nom,.*, Vous héskes, tous me re gardez !... jeu|NlfUS donc dans ces bras qui vous seront toujours ouverts !

Madame Frison s'y précipite , en

disant : Qui aurait dit qui aurait

cru...? Là, voyez, devenir le seigneur du village où il a^carrillonné!... Pardon encore, je ne devais pas rappeler...— Ce que je n'oublierai jamais, * bonne madame Frison, je vous le promets. — C'est que c'est un train dans le village !... où tout le monde vous aime!... Il n'y avait que ce méchant Blondeau,.. A propos, est-ce par votre ordre q#on lui a ôté la conciergerie du château ? — Non ; je ne pensais pas à lui» Il parait que

CÀîmilXONlSEtJïl. * 9 5 c'esl mon ami de BléviUe , qui a autant de droits ?ci que moi...... Qui

a*t*il mis à sa place? — - . Monsieur le curé a prié pour (pi'on h dtfnnât à Bernard , le gardien des troupeaux, trou* aavefc bien, ce jeutte pâtre qui a épousé Gotfaon. — Ahî (il rougit y cest dbnc Gothan et son mari qui sont mes concierges?

(// se[remeté) Je n'en suis pas fâché.

J'étais attaché à cette fille ; elfe a eu des torts ; mais je veux les oublier, et que Bernard surtout soit heureux chez iftoi. La franchise et la loyauté dfe ce jeune homme ne sortiront jamais de ma mémoire. Où est mon cher bienfaiteur, monsieur Pa^ terne? — Dans le grand salon, où il attend depuis deux heures' votre arrivée, — Venez avec nous, madame Frison, vous ne serez Jamais de trop au château.

Dominique, son. oncle, sa tante , tes cousins, de Bléviile^t sa chère Adrienae entrèrent dans le salon , où ils trouvèrent en effet le faon curé , <pii pleura de jpie en serrant clans ses bras son jeune élève. Dominique lui donija les mêmes preuves d affectioç, et tout à coup on entendit jouer le carrillon de la vieille tour.

.— Quelle, surprise est-ce là? demanda Dominique. — Monseigneur!

répondit en sonriant monsieur Paterne, car il faut que je vous parle jqijelquefois suivant votre rang , f ai .voulu vous recevoir comme je reçus autrefois votre oncle le comte d'A- JinviL J ai trouvé un bedeau qui sait jouer du carrillon ; il débute aujourd'hui , et si vous lui trouvez du talent, je le garderai»

— J'aime cette attention , répliqua Dominique j elle prouve, mon bon

CARRfLLONNEUR. 397

père, que tous méconnaissez, que vous m* appréciez. Avec toute autre personne que vous, nùon cher Dominique , je n'aurais pas risqué celte plaisanterie , qui aurait pu la fâcher; mais vous ....! — Oh! bien Iqin de rougir! monsieur le curé , de ce qui m'a procuré le bonheur de vous connaître, je vous 'dirai que j ai envoyé, ces joues derniers , à Paris , mon cher Robineau * qui , devant vivre dorénavant près de moi, * déménagé notre chambre de la rue de rOursine , et m'a fait apporter mon carrillon , tel qu*l était quand il me servait jadis sur les places publiques. Je l'ai, je le conserverai, Je le montrerai à mes.enfaqs, si Dieu m'en envoie, et je leur dirai ; Que l'orgueil n'aveugle jamais VQtre esprit j car c'est à cet instrument, vil en apparence, que vous deve*

votre père et votre fortune*,......

Une espèce d'aubade se feit entendre dans là cour. On ouvre la croisée du salon ; Dominique regarde, et voit son bon Mathieu Rdbineau jouer* de la basse an milieu de sept à huit ménétriers , dont plusieurs 6ont déjà venns dans ce même village avec lui et monsieur et madame Craquet. Que fàîs-hi donc là, mon cher Robîneau ? lui crie l)ôminique élbnné. — : Monseigneur, répond avec gravité le bon vieillard , f ai reçu ainsi Un seigneur qui ne tous valait pas ; t\st avec bien plus de plaisir que je vous tendues mémeè îçonneurs.

' Le bruit de cette aubade, celui dix carrillon ei lé tapage de mille pétards que les villageois tirent sur lai place du château , tout émeut Dominique ati point qull pâlit, chan*

CARRILLONNEUR. agg

cèle, et parait prêta perdre connaissance. C'est l'émotion de hr joie, dit madame Saint- ErbLrc en lui piedi* guant des secours. -*• Vous ate^ raison, ma tant*, répond le jeune homme d une voix altérée. Je ne puis voir* sans être touché jusqu'aux larmes f l'état où je suis ici, si différent, hélas!

de la situation dana laquelle je m jp suis souvent trouvé. Je crois* en vérité être abusé par un songe! —Et le bon»

heur de demain , mon cher neveu ! il sera bien plus grand j car c'est le jour do ton mariage. — Adrjenne! oh , ma chère Âdrienne !

Dominique serra contre son cœuf la main d'Àdrienne de Sarval, qgi -• cacha son troubla dans le sein de sa tante ; çt le bonheur de ces jetmeS gens devint l'objet de la conversation générale.

L'aurore éclaira enfin ce jour tant

3oo LE PETIT

souhaite , et qui devait être constamment heureux. Dès le matin y madame de Saint- Erbin , aidée d'Etvina et de deux femmes de chambre choisies pour sa nièce, para la jeune mariée de riches habits qu'on avait fait faire à grands frais à Paris.

Pendant ce temps , lesjrois jeunes Saint-Erbin et monsieur de Bléville lui-même daignaient présider à la toilette de Dominique, et Mathieu Robineau, présent aussi, ne se possédait pas; tant il était joyeux. Là, s écriaitjl, le voilà pourtant ce pauvre petit, que j ai trouvé, emmené au Coïysce, puis après chez ce cher Craquet !;.....

Que n'est - il là.,.....! et sa pauvre

fenlme. ! comme ils seraient fteu-

reux....J II est si bon, et si beau avec cela...! Oh, mon Dieu,' mon Dieul qu'est - ce que c'est donc que le monde ! que de choses 00 y voit!

CARÎIILLONÎÏEUR. Soi Ces exclamations incohérentes étaient heureusement étouffées par le carrillon de ta tour, qui jouait dès le matin, et par le brui^ des cloches , qui sonnaient: en grande volée.

Quand les époux furent prêts , ils se rendirent à l'église, au milieu d'une foule de villageois qui s'écrièrent : Vive monseigneur! vive le bon Dominique!

La cérémonie fut belle , imposante et touchante en même temps. Elle avait pour témoins la digne famille de Saint- Erbin , et tous ceux qui s'intéressaient au bonheur de Dominique.

Monsieur Paterne eut la douce satis- • faction de marier son aimable, élève dans cette même église où il avait consacré sa jeunesse au culte divin.

On ne peut exprimer l'excès de la félicité qpe goûtait ce digne pasteur*

5oa LE PEnï 1

Quant à Dominique, il était tellement étourdi de tout ce qui lui arri~ Tant, qu'il n'avait pas asses de facultés pour détailler ses jouissances ; elfes étaient trop yi«es, trop accumulées. Monsieur Paterne lui adressa un beau discours, où il n'oublia pas de le traiter dhûremx , de mille fois kûreux /••'. et il avait bien raison.

Adrienne de Surval étant devenue comtesse d'Àlinv il , son époux et ses parehs la «amenèrent au tihàteam , où une fête brillante , préparée par Elviaa et dirigée par les jeunes 8aint-Erbm , termina cotte heureuse journée* x

Dès ce moment, tiotre Dominique ne connut plus que le bonheur de posséder une femme charmante, une belle fortune et des titrés qu ! on *é lui contestait plus. H sut faire un bon

CÀRRILLONNEUR. 3o5 usage de ses grands biens. D'abord , il envoya un contrat de six cents liv# de tente à la femme Brunot de Poitiers, ainsi qu'à son Gis Eustaehe Brunot , en mémoire des soins que leur frère- et oncle , monsieur Craque t 9 Rivait prie de hii data* son enfance, oubliant ainsi les Scènes qu'un 4*ide collatéral lui avait f sales, tant au Luxembourg qu'en présence du comte d 'Al in vil.

Dominique eut également les plus grands soins de monsieur Paterne, de madame Frison , de son ami Saint- Eve de Biéviile, de la fidèle Elvina; il fut bon 9 généreux envers ses vassaux; il conserva une éternelle reconnaissance de la conduite délicate que son oncle , sa tante et ses cousins avaient tenue à son égard; il procura de l'avancement dans le service au loyal et franc Victor Pé-r

5o4 LE PETITE

non ; il récompensa largement le cultivateur Pénon , oncle de ce dernier, pour l'hospitalité qu'il lui avait donnée lors de sa chute de cheval; il adoucit les derniers momens de son cher Robineau, qui mourut de vieillesse dans ses bras. Il fut, en un mot, le modèle des parens, des amis, der maris et des pèrej; car sa vei* tueuse épouse lui donna dirais fois ce titre sacré* Mais r fidèle au plan quil s'était tracé, il éleva ses deux fils et sa fille dans les principes de bonté, de douceur, de modestie qui faisaient la base de son caractère; et non content de leur montrer souvent l'instrument bizarre dont il avait joué jadis sous le nom du petit carrillonneur, il fit graver «ur le fronton d'un pavillon , dans l'intérieur du parc de son château de***, ces mots tirés d'un opéra

CÀRRILLONNEUK. 5o5

comique que tqut le monde chantait alors :

/avons encore dans l'oreille

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