CHAPITRE XI
Deno&ment inattendu.
X out le monde prête la plus grande attention à ce que va proposer le comte.
Il continue : Signée sur le champ ce papier, que je vous présentai dans v le bois il y a trois jours. Déclarez qu'aprjes avoir voulu joueï quelque temps le rôle d\\ jfeune Dominique d'Alinvil , vous vous êtes pacifié à l'amiable avec les véritables possesseurs de ce nom ; que vous reprenez le vôtre de Dominique Craquet ; que vous renoncez enfin à ne jamais nous inquiéter en aucune manière , et je vous constitue une rente viagère de dix mille francs, persuadé
CÀRRILLONNEUR. a55 que votre oncle Saint -Erbin en fera autant, ce qui vous assure à l'instant une tçêg «brillante existence, que vos goûts simples et le genre de votre éducation n auraient dû jamais vous faire espérer. J ai sur moi ce même papier de Tautrefois, jfe vais vous le .relire.
Il est inutile, interrompt le baron da Saint -Erbin avec le plus grttbd sang- froid, de lui répéter cette déclaration que Dominique sait par cœur.
Il vous a parfaitement entendu ; il doit vous répondre. Dominique , que pense2>~'votis de la proposition que vous fait monsieur le comte ? (Il ' ajoute tout bas à P oreille de monsieur de Blévllle) : C'est mettre sa délicatesse à une forte épreuve !.
Dominique 9 embarrassé , garde le silence. Il regarde tour à tour le ba*> ron , monsieur de Bléville > Mathieu
Robineau f et ctierche à lire dans leurs yeux la réponse qu'il doit faire.
Un coup -d'oeil que lance te f&ron à ses amis les engage à^e taire, et Dominique est forcé de se conduire d'après l'impulsion de son ccetir.
Monsieur, dit- il au comte, if faudrait avoir l'âme la plus basse , la plus vile, pour accepter les offres honteuses que vous me faites ! Qui , moi, je renoncerais à mon nom, à mon état ! j'affligerais dans le tombeau le* mânes de mon père , de ma mère , que vous m'avez ravis par le plus affreux de tous les aimes! je céderais à leur bourreau ! Non f mou intention sans doute n'est pas d'attirer sur vous la juste punition que les lois vous infligeraient si j osais les implorer. Je le pourrais sans craindre de passer pour imposteur; j aurais des preuves, mille témoins ;
CÀRRILLGNNEUR. ««7 eh , le ciel ne se déclarerait-il pas en faveur de l'innocent !... Mais à Dieu ne plaise que j aie ce projet !.......
Laissez -moi libre seulement, tranquille, à labri de vos persécutions; promettez «le moîi et je jure, sur ce tombeau sacré de mon aïeul, que je renonce à tout commerce avec vous, que vous n'entendrez jamais parler de moi. Gardez mes biens , je ne vous redemande que mon nom. Oh , pour mon nom, rien ne m y fera renoncer! — Quoi, Dominique, repart îr. comte , en supposant qu'on vous ren^t votre nom, voua signeriez .une renonciation foraolfle ?.....;. — Je ne
signe rien. Je prooMfts; et ma parole est sacrée. — Peut» on se fier à ufce simple parole? — Vous me jugez d'après vous. Moi, quand je me suis engagé sur l'honneur....... — Faites
donc attention que vous rendre votre
nom y c'est avouer que vous existez ; c'est convenir de tout ce que nous ayons fait pour.- Eh puis , vous tiendrez votre parole , je \e veux bien ; mais vos descendais , un joui> peuvent réclamer.»... Non, cela ne peut pas s'arranger ainsi. Il £aiut que vous signiez cet acte que le notaire ici présent rédigera d'après ses formules»
Cela seul peut nous satisfaire. ---Encore une fois, monsieur le comte , je ne £igp£tairienJ
Le comte , étonné , se retourne vers le père Isidore, en lui disant.- ' Que ^signifie ce refus, $orval? Nein'avea-vous pas ptf^nis quejDomi- nique serait docile, è faire tout ce qu^ j'exigeais de lui, que tous les différends de nos deux fomiUes seraient terminée . dans cette séance?
— Us le seront ausri, répond le père Isidprç, et Dominique vous a répandu
C ARRILLONNEUR. aî 9 .
cWme il le devait. — • Qui pourrait vous comprendre f homme mystérieux ! Vous espérée vous réconcilier avec moi, et Ton me refuse ce qui seul peut me tranquilliser ! A votre tour, Messieurs , apprenez - moi ce que * vous désirez que je fesse; car il me parait que, loin d entendre mes propositions, cf est vous qui voulez nrïmpwer des lois! Faut- il que je proclame partbut Don^inique pour mon neveu , que j'avoue mes».* mes crimes y tes vôtres, que je fesse, en un mot > ud -éclat qui nous perdrait tons? Pariée, est-ce cela quevoift dçjsirê^?
Le faren de Saint i-Erbin oppose son «nç-froid à la vite sortie du conte, qui est rouge décolère : Non, comte, lui dit> il, non, ce n'est point cette conduite folle et ridicule que nous» attendons de Voua, mais un acte
de justice bien plus noble, bien plus éclatant, et qui ramènera la paix dans tous les cœurs. — Lequel ? •— Si vous voulez imiter mon exemple, nous regagnerons à l'instant l'affection de ce jeune homme , envers qm nous avons plus que des torts, et qui, selon vôtre expression, doit bien nous abhorer.
—^Expliquez-vous; quel est cet exemple que vous me propèses d'iwiter?
— Vous avez, dans ce cantdn, les titres dès biens que vous possédez à 6a place, et qui devraient Ifct appartenir d après, l'acte de substitution de s<m aieul. — Je les ai tout. — Fort bien. Voilà aussi, de mon cMé, ceux dont j'ai hérite de la même n^oière. Restituons ces titres, tous ces biens sans exception, à notre càe# neveu, et supplions-le de nous .pardonner» s'il nous *st impossible et lui rendre les auteurs de ses. jours , ws
CàRMLLONNÉUR. ^i
«êtres qui lui seraient plus précieux i que toutes ces vaines richesses» -~».
Quentemlsje ! Qa*>i, tous osez proposer!...,. — Le seul parti h prendre pour rendre justice à 1 orphelin, pour, calmer nos tomords» — Nous ferions une pareille sottise! Comtesse, nous, ont-ils trompés assez cruellement !
La comtesse d'ÀHovil s écrie: C'est une horreur! Noua rendrions ce qui bous a tant coûté ! Et en. supposant que nous ayons cette faiblesse , -cej% nous mettrait-il à couvert des poursuites que 4Sfc insolent Dominique, devenant riche et puissant, pourrait esfetter contre nous 7 ■ Je vous réponds de lui,J^adame> réplique le baron. Son cœur ne con- 1S&& point la haine, la vengeance, ni tfcàjfc$ea vils sentimens qui souillant ï&*àtré. fl est boa, Mi, il est géoéwuxj il daignera pardonnerai Maïs.
*4* v tE PETTÇ
iHui faut se* tyetftet $qu QflOfc — Àb t
tiaezige que celai
MpU Madamç! «UorrompU Ooa^ nique avec le 4r<u4>le (Tune ânjte 4é^ lioate , ce ne$fc p& «soi*... je ne veu* posai de Meus.**, C>M PWJfcqftde»
dont Lœfcrémo kmfcé,..
Jeune homme, lui répgftfi. ^ bà* ton , j exige de y<HW de U çqnfyx&e et de la «oumt&iasi< Yw$ '9*'*v$* prqmîftde stiîvrerûes moindf^ *Wi «Dus arc* fait U f&ên&G p*qw£*se 4 votre ami A&*tfâeta Rabwe^wi G«V* auitegMe* ,> >h *
Madiip^ Rûbinçaw , r*v»d* 1* cw# duite délicate du barw, ;B^s^ ^»t élève e«$di< disait tf*t*t ♦&!$.; k$«se ftri», bissa agi» œofltfôitf 4^^^
JLe cerate â* Jèvfi} $4 f%wl^ injj^ Mo exemple, Le «mit* diM?««£a* lire : Ç'eat là yotae dtfiuei? w>t,
CARi^LONÎ^tm. *4*
Mèssiéuré? fl'fem toutréfcdfte, seloà vous, s'exposer au fesêealfotoêfc*,* \à Vengeance ûê~ taire d?gtt# prelégé?
Jamais ! jîmars ! &î*ente étértieité ; :
guette îtiexflftgtiffife phi W* que de.* ..
Voilà do^e Téffet de *o$ 4 «$froa>es5e$* je devais m'y tftbendte, connaissant voire haine et voire mauvaise foi.* Sortori&y CcftùièèèŒ j et tife ïWriefctens jamais les jneds^flàn* ftbt asiîé' dtr mensortge et de* là'dupttêîtil^
La famille d'AKnvil vasërttr*... *<fl$ buron de Saint ÉtbînsMfcHe : AfrfHfez^ d'Alinvil ! Votrwefusea de ednsé&tii à fa proposition là plus juste? il est ici bas tàti être qui tu Motifs f forcer. —Un Sfré qui...* Qé&flè est h puissance humaine..*...? *-»-TdW allez le savoir....; Baignée parafer*; vieiBard vénérable, et confottde* ees scélérate! — • .<
A l'instant aémefe tombearu s'^u-
*44 LE PETT?^
vre, et il en sort un viejHIard à cbeymvfx blancs , courbé gar l'âge , don t .
l'aspect pfo^^sui^J/gitfAUnvil l'cf-, fet dW f coup d^ faudre. Le reconîjai$#ez-vou$l poursuit le baron., je neeonnaissez - vous , ingrats ! c'est TOtre père l — Ciel ! mon père ! dit le comte. ' -r; •,.' . !• «. |, : -i) - • • , JÎVii tqjpbe anéanti sur un #ége à ^ndîs que s* famine et $es fils lèvent les brf^)|rciel dans Jattitude du plus.
gtfpd.«tfroL ;
Le vieux, cqmied'AHnvil adresse la.
pèfole à &o& fils : T^i a^eproif, fils «pir£ablç, la hpnjte ^^a.vie^eaae, et tu ne meurs pas .^oj^Je poida de |es cen*ords| r Tu n^ nie soupçûû.çfcis pas ici, existant., prêt à te frapper de }a malédiction paternel)^. .
Manière, u'acheyez pas !, s'écrie d' Alinvil terrifié et totalement changé.
Mars , esttce Jjiçn vp f uf ; Sfppd Dieu !
CAMlLLÔtfNEUR. 24$
ou plutôt votre' ombre plaititive tic sort -elle pas de ce- tombeau «pour me reprocher mes criinès et m'in* drquer mon devoir! Ob^ qui que vous soyer, omBiîe , réàfifé, àem'acoabhpz pas du poids de votre Colère! elle me tuerait F -*- L'a$4u redoutée , cette juste colère, quand tu as àté la, m & mon fils y â sa femme I quand tu aà abandonné ce malfeëureux enfant , que té Providence a c&tôervé tnélgtt) loi , quelle te représente aujourd'hui pour t'accuser! Vengeance! crie la justice divine'; vengeance ! son heure est arrivée ! — Grand Dieu 1 quel et!
le sort qui m'attend? Veut-on ' me mettre entré lés mains des bourreaux?
— If y a long-temps qu'il est dans ton cœur , ton bourreau , çpfsérable ! c'est ta conscience. — ~î£b , d ai-je .pas ea-t tendu mille fois son cri tert&le ! — « Que ne Tas-to écéutéi que q^l'écou-
t*i*4i) encore tout alterne* quan<^ mte prapeeaît de restituer à l'orpWin ce quiki aj^rli^^^-^JVlcwa pw » ne »a<xatyfe*i pa$; $et biens— -* ik »Q^#t |4m^i M. J'existe , j* révoqu^Laete de <a ub$itutp»ji que jai signé jadis; je fais **>a petites tnon hévitw wv verset, et je tWdonue de lui remettre sur le champ ces titre** ces papiers que tu imitai* remporter * et qui Mat & toi.
I*'ap paritio» inattendue de ce vieillard *a»è*e ki u«e fsfepe , des plus tcwGfosftte&r •
Dqmiuiqrtfc /.pcestyâ? eeoré dans les bras du wétrë corote, voit soudain k**W à ses genou le baron de Saint Erbki, sa feaaroe>ses eafans, le père Isidore et de BléviUe lui-même.
lie batqg hii peéseatek carte» de se* titres, eu loi disant : Au wwn de ce
lâlghfe Vîeflïard, ô mbti t^KDbifcî* tiiqoe ! daigne accepter les l*éhi de nlôri p$te* le* ittietisqu^é je tte tends intacte, et pu&MsrttfâUè détoûrtoerit toôûè îiiêritét dfe ta part ihi géttéréirit pâfdoft! &rfdonite*ntm*, £toihifriqlte$ ttbî pârddnne-ncras! ,
Pendant ce tetrips , le cdnite d'Â* lînvil , debout auprès de 5a fêtante et ■de ses fils, présente ântfsi de sbh tÔtê â Do ktîîniqué, les iittes de *éfr biens > *et lui dit en b&ÎSsânt ses regard!? f etfc îà tei^re: fteprfcnéa, t^oMùiq^ê, réprenez cette farfiltte , àvttébt âfe me* criînes. Un pêtefordtwiire, là justice divine Yëxigt ; je rie ptl» f ëàfetfci* 3 lent «utorftë. Vdîîà Uètt totàt ce flUi tous appartient; reprétfèz-le , <et scrfttttit , au nom du cM, pîaigtita-tndï aàirtt me haïr.
Àîtei ï>amraiqùe£bteiid h M fcïs ; <dU côté «les Saint Erbin $ ce* crii :
*4« Lfc PETIT
Pardonne-nous! pardonne-nous I et de l'autre : Ne u\p baisser pas J , Toute une Camille est à genoux de-* *apt lui > tandis que le» d'Àlînvil restent pétrifiés comme k sont des coupables confondus ; et des deux côtés on lui offre des richesses immenses..* Ce tableau saisit et pénètre enserpble l'âme du bon Robineau, aîhsi que celle de monsieur Paterne* - Dominique verse un torrent de larmes; il veut relever le baron, la baronne j ces deux êtres généreux et sensibles Jui jurent qu'ils resteront à ses pieds jusqu'à ce qu'il ait daigné accepter leur juste-Tesèitutiouv
Il prend vite les papiers» Les estimables. Saint-Erbin se relèvent et le serrent dans leurs bras. Le vieux comte s'écrie : Le voilà, le voilà donc ce cfter petit-fils que j'ai à peine aperçu dans son enfance! qui depuis m a
Éît verser' tant de larmes! Hélés V c'est tout lé portrait de sa ftanvré* mère. Mais, mon Dominique, prends donc âuftsi ce que t'offre le cbmte \ cela e&t bien à' toi f puisque j'en suis encore le possesseur, et que.**
Lecomted'Àlinvilsadreeaedepoureau'ft' Dtfmmiqae t Jeune hommes hii dit-il, toe raëpmea-vous au point de cfédâktter ' dé reprendre, votre feieft? — -SÊti ! moosieu*, .je auis assez riche. Que vous restera -t-il d'ail* teurs ?••*» a«- Assez encore pour choisir une retraite éloignée , où . je veux finir mes jours é&m ha exercices: de te religion , de la religion !.«. que je dois main tenau t appeler à m&n secoues.
* H a raison , interrompt le «iet»
comte > il ne saurait trop .expier ses crimes dans 1 austérité de la pqjiiteitce. ~«* Mais, mon père, ajoute le comte, par quelle faveur du ciel ai-
*5a WE^KTIT
je le Jioûke*r de ton» revoir ? Qui èoma a axuuftnré ym jo*ra que je croyais termMé«i?
Le barda de Saiot-Erbia çépood pour le vieillard : Vous le saurez, pka$ tard , corn ir} v*t£e respectable pare a> besoin de repos* Il y a si long-temps qu'il ae prépara à la sçà»e tfaajaMrd'hut;, que se*, forcefe en, font épui~ ml**» (// appétit) La firinj Coâduises vefee maitse deas itfg£L propre appartement;. fattea*kii prefcdr* quelque neurriUiie, et^daos uoe heure tous le ramèmaoe iei.
Le vieux eoaale voudrait bien netpea quitter aoa petit fils; maïs il est l^lieme***#e^**leceqyi vient de se passur, qu'il suit seas résistance La Brie ., dent les secours doivent lui être utiles»
Dès qu'il est sorti de k galerie, le baron de Samt Erbèn aatiafait eu oea termes la aurioské générale.
tAKÏULLONNïiUR. a$t