CHAPITRE ONZIEME
La tenue de la maison. — La science du ménage
D. Qu’appelez-vous bien tenir une maison ?
:. Bien tenir une maison c'est, comme on
l'a dit, y faire régner i’ordre, la propreté, l’hygiène et le bon goût ; ne faire aucune dépense inutile, se contenter de ce qu'on a, mais savoir tirer le meilleur parti de ce qu’on à.
D. Qu'entendez-vous par faire régner l'ordre dans une maison, est-ce mettre les meubles à leurs places ?
R. Faire régner l'ordre dans une maison.
c'est beaucoup plus que disposer les meubles. C’est observer l’ordre dans le travail et dans le repos, l’ordre dans les repas, l'ordre dans l'usage et le soin des choses, c’est l’ordre dans les dépenses pour ne faire que les dépenses nécessaire: et convenables aux besoins ct aux moyens de ii famille et ne pas s’endetter inutilement.
D. Dites-rous que dans une maison bien tenue on se contente de ce qu'on a ?
R. Oui, mais on sait tirer parti de ce qu’on a. Sans cela les meilleures choses ne seront pas pleinement utilisées, elles seront peut-être gâtées, on souffrira peut-être.
D. Qu'entendez-vous par faire régner l'hygiène dans une maison ?
R. Faire régner l'hygiène dans la maison c’est faire concourir à la conservation de la santé l'habitation, c'est-à-dire les appartements que l'on habite, ainsi que les vêtements et la nourriture.
D. Qu'entendez-vous quand vous dites faire concourrir la nourriture à la conservation de la santé, n'est-ce pas la nourriture qui nous fait rivre P
R. Je veux faire remarquer l'importance du choix et de la préparation des aliments.
D. En quoi consiste ce que vous appelez le choix des aliments ?
R. C’est faire usage des aliments qui con- Viennent à ceux qui s’en nourrissent.
D. Est-ce que tous les aliments dont on fait
généralement usage ne conviennent pas à tous les membres d'une famille ?
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R. Non, et la même préparation des aliments ne saurait non plus convenir également.
D. Donnez des exemples ?
R. Il serait peu sage, par exemple, de fournir les mêmes aliments à un jeune enfant et à un homnx d'âge mûr: à un jeune homme de 20 ans.
qui fait un travail rude et à un vieillard qui travaille peu; à quelqu'un qui travaille au grand air et au froid et à un autre qui travaille à l'in. térieur de là maison: à celui qui est faible et à celui dont la santé &.t robuste: à celui qui remue de lourds fardeaux et à celui qui fait l'ou. vrage du bureau.
D. Pour la même personne què jouit d'un:
bonne santé, l'alimentation peut-elle être toujour la même ?
R. Non, sans dire expressément que la varié
té est recommandable pouvu qu'elle n'excitc pas l'appétit outre mesure. l'alimentation doii être plus généreuse et plus nutritive pendant les froids de l'hiver que pendant les chaleur: de l'été.
D. {rez-vous autre chose à remarquer sur l'ali mentation ?
R. Oui, c'est que les aliments ordinairement employés n'ont pas tous la même valeur nutri tive. Les uns nourrissent plus, les autres
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moins. Ainsi le lait, les œufs, la viande, les fèves, le pain sont plus nutritits que les pommes de terre. En outre des aliments excellents pour certains organismes seront nuisibles à d'autres qui seront en apparence dans les mêmes conditions.
D. Est-il recommandable de choisir les aliments qui sont réputés plus nutritifs ?
R. Non, certains aliments certainement très bons fatigueraient bientôt l'estomac qui ne pourrait plus les supporter ou des désordres se produiraient dans l'organisme, au foie, au cœur, aux intestins, aux reins, etc. D'ailleurs il ya dans le choix d°s aliments et la préparation des aliments des règles à observer.
D. Qu'est-ce qui enseigne ces règles à observer dans le choix des aliments et les autres règles à pratiquer dans la bonne tenue d’une maison, comme par exemple savoir tirer parti de ce qu’on a ?
R. C'est la science qui s'appelle l’économie domestique ou la science ménagère : c'est la science du ménage.
D. La science du ménage ne s'occupe-t-elle que de l'alimentation et de l'intérieur de la maison ?
R. Non, elle s'occupe aussi de la basse-cour et du jardin.
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D. Voulez-vous dire quelques-uns des bienfaits qu'elle produit ?
R. La science du ménage dirige le travail et elle le fait aimer ; elle enseigne l’économie et elle fait amasser; elle enseigne l'hygiène, l'ordre; elle favorise les talents et les diverses aptitudes et par là elle fait utiliser, elle fait réparer, elle fait durer, elle conserve : elle développe le bon goût et elle fait embellir. C'est ainsi que la science ménagère apporte ou conserve l’abondance, ou le bien-être et la paix dans les familles.
D. La science du ménage a donc une grande importance ?
R. Oui, il ÿ a longtemps qu’un homme célèbre a dit qu'elle est la qualité maîtresse de la femme et sa meilleure dot.
D. La science du ménage est elle nouvelle?
Est-ce qu'on l'enseignait autrefois ?
R. La science du ménage n'est pas nouvelle.
Au temps de la plus grande splendeur de la France, elle était enseignée dans un établissement dont la reine de France voulait être ellemême la directrice.
D. Quelles étaient les élèves de cet établissement ?
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R. C'étaient des jeunes filles de toutes les conditions, mais particulièrement celles de la haute noblesse, filles des ducs, des comtes, etc.
D. Qu'enseignait-on à ces élèves ?
R. On enseignait la tenue du ménage, les travaux manuels, le soin des habits. On enseignait à diriger une lessive, à savonner, à repasser, à conduire une basse-cour, une laiterie, un jardin, à faire la cuisine, On enseignait à con naître le prix des choses et leurs qualités. C'é. tait là un programme qu'on ne jugeait pas indigne des jeunes filles des premières familles de France quand la France était à l'apogée de sa gloire.
‘Le travail de lu culture incombe naturellement à l'homme, il est plus en rapport avec ses forces et ses aptitudes ; mais il ne s'en suit pas que l'homme soit le seul soumis à cette loi. La femme doit aussi la subir.
” Qui trouvera une femme forte ” ? dit Salomon. C'’està-dire une femme à la hauteur de sa mission dans la famille ? ** Elle est le trésor de la maison, d'une valeur plus grande que l'or et les pierres précieuses que l’on apporte des pays éloignés.” (Prov. 31-10. )
” Certes, voilà un éloge bien magnifique de la femme qui préside au gouvernement de sa maison comme le de-
mande la loi de Dieu: et il parait qu'au temps de Salo-
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mon, une telle femme se rencontrait assez rarement. En serait-il de même de nos jours? J'aime à croire le contraire... Que les femmes canadiennes regardent donc comme l'un des biens les plus précieux que leur ont légués leurs religieuses ancêtres, ces habitudes d'ordre et d'’économie, ces costumes modestes si conformes à la décence chrétienne, cette vigilance, cette activité et cette piété sincère qui ont été la source d'une bénédiction si abondante sur notre peuple.
‘Après avoir proclamé que la femme forte est le trésor de la maison, Salomon déclare qu'elle en fait aussi le bon heur, et que son époux repose en elle toute la confiance di son cœur, et qu'il l'a louée hautement et que ses enfant: l'ont proclamée très heureuse.
“Que fait donc cette femme forte pour mériter de l: bouche même de l'écrivain sacré de si magnifiques éloges : Elle observe fidèlement la loi du travail dans le soin et + gouvernement de sa maison. Écoutez, en effet, ce qu'er: dit Salomon. ‘ Elle a cherché la laine et le lin, et elle : travaillé avec des mains sages et ingénieuses. Elle a port: sa main à des choses fortes, et ses doigts ont pris le fuseau. Vous le voyez, elle pourvoit au vêtement de sa famille Elle ne va pas l'acheter dans les magasin aux dépens desueurs de son mari. Oh non ! elle le trouve dans le filag. et le tissage de la laine et du lin que lui a remis son époux Après avoir pourvu au vêtement journalie: de sa famill elle la revêt encore de lin et de pourpre pour les jours di fête et pour les grandes solennités ; son mari paraît ave honneur dans l'assemblées des juges lorsqu'il siège a vec sénateurs de la terre.
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des rideaux, des garnitures de lit. Elle fait aussi des étoffes et des ceinturons qu'elle livre au commerce: en sorte qu'elle est comme le vaisseau du marchand qui apporte de loin son pain. Vous conviendrez aved moi qu'une telle femme est à juste titre appelée le trésor de la maison. Mais ce n'est pas tout, elle pourvoit aussi à la nourriture de sa famille ; et pour cela elle se lève à bonne heure, elle assigne à chacun le travail de la journée, et tient prête la nourriture nécessaire à chacun. Elle a aussi un jardin, elle y cultive les fruits nécessaires à la maison.
‘“ Après avoir ainsi pourvu aux besoins de sa maison. sa sollicitude s'étend sur les nécessiteux, elle ouvre sa main à l'indigent et tend ses bras vers le pauvre.
“ Voilà, en peu de mots, l'éloge admirable que l'écrivain sacré fait de la femme forte. Qu'il me suffise d'exhorter les femmes canadiennes à bien étudier ce modèle admirable. et à s'efforcer de l'imiter autant qu'il leur est possible.
“Il est évident que la loi du travail ainsi comprise, et ainsi pratiquée dans nos familles canadiennes y amènera infailliblement l'aisance, la prospérité et le bonheur."
Extrait du discours prononcé par Monseigneur L. Laflèche, évêque de Trois-Rivières. au premier congrès des cercles
agricoles, tenu à Trois-Rivières en 1SS7 :
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