CHAPITRE DIXIEME
L'éducation agricole
D. Sufit-il de cultiver une terre selon les enseignements de la science agricole et d'en obtenir des récoltes abondantes pour rendre une famille heureuse el prospère présentement et dans l'avenir ?
R. Non, bien cultiver la terre et en obtenir des récoltes abondantes, c'est surtout la part du chef de famille. C'est beaucoup mais ce n’est ras assez pour assurer la prospérité et le bonheur d'une famille. Un autre travail reste à accomplir en même temps et qui est de la plus haute importance.
D. 4 qui appartient ce iravail ?
R. Il appartient surtout à la mère de famille.
D. En quoi consiste ce travail qui est surtout la part de la mère de famille ?
R. Ce travail consiste dans la bonne tenue de la maison pour utiliser au mieux possible, à l'avantage de la famille pour le présent et pour
ren: MN
es LL US 0 ren 7 RR
TE
l'avenir, ce qui a été produit par la terre etce qui en revient; mais il consiste avant tout dans l'éducation particulière que la mère doit donner à ses enfants.
D. Qu’entendez-vous par cette éducation particulière ?
R. J'entends que les enfants des cultivateurs doivent apprendre à aimer la profession agricole pour sa dignité, pour les bienfaits précieux qu’elle procure et à se montrer fiers de conserver et continuer les traditions de leurs familles.
D. Vous dites que cette éducation doit être surtout donnée par la mère de famille ?
R. Oui, comme l'éducation chrétienne et en même temps que l'éducation chrétienne.
D. Est-ce qu’elle rénssira toujours ?
R. Oui, si la mère de famille ne se laisse pas elle-même éblouir par le mirage trompeur de là vie à la ville ou au village, et si son amour de sa famille et son dévouement sont dirigés par un jugement sage et éclairé, en un mot si elle connaît la valeur de cette éducation agricole pour sa famille.
D. Et vous croyez que cette éducation agrico! contribue au bonheur des familles ?
R. Oui, puisque suivant l'institution diviuc l’état agricole est l’état normal de l’homme en
quelque sorte, et puisqu'elle met au cœur l'amour de la profession agricole et l’amour du sol.
D. Est-ce que l'éducation agricole dans la famille est le pius sûr moyen d'inspirer l'amour de la profession agricole ?
R. Oui, c’est le plus sûr moyen et peut-être le seul moyen efficace. Pour faire un bon chrétien d’un enfant, sa mère doit de bonne heure et souvent lui parler de la vertu qu’elle pratique elle même et des récompenses qu ‘elle mérite, de même aussi, pour faire un cultivateur qui soit fier de sa profession, qui soit attaché au sol et qui accomplisse généreuseinent le travail de la terre, rien ne remplacera les exemples, les recommandations et la conduite de sa mère.
D. A quoi doit-on s'attendre si cette partie de l'éducation manque dans les familles de cultivateurs ?
R. Il faut s'attendre à ce que l'on voit t'0p souvent. Si on n'aime pas le travail agricole, on s'applique de moins en moins à la culture, les revenus diminuent, on s’endette et l'état de la terre accuse l'indifférence de ses maîtres qui l’abandonnent.
D. Que faut-il done penser d'une jeune fille de famille de cultivateurs qui après avoir obtenu
EU a ct
un diplôme où un breret d'enseignement au sortir du pensionnat, croirait déchoir si elle devenait la femme d'un jeune homme cultirateur ?
R. Il faut penser que malgré son instruction, l'éducation de cette jeune fille a été grandement défectueuse, soit dans sa famille, soit au pensionnat, soit aux deux endroits, et qu'elle est peu préparée pour être plus tard le trésor et l'ornement de sa maison comme doit être la femme qui a une maison à conduire et une famille à élever, suivant la parole du St-Esprit.
“ Pour moi rien n'est au-dessus du cultivateur. Je salue avec respect sur le seuil de leurs demeures ces braves familles qui vivent au sein de la belle et honnête nature, dans la pure atmosphère des champs, plus près de Dieu que nous. Pour un de leurs jours sereins et laborieux. je donnerais un mois de nos folles agitations.
‘“ Enseignons à nos fils, s'ils sont nés au milieu des champs, qu'un brevet de médecin, d'avocat ou de notaire se les élève pas. Qu'ils soient fiers de recueillir la succession paternehe et qu'ils n'avilissent pas, en la mépriant, une profession qui n'a pas de supérieure.
‘ Instruisons-nous, si nous voulons, et sachons, en lu relevant, faire de l'agriculture l'aristocratie de notre peuple.
** C'est d'elle, aussi bien, que nous vient ce que nous avons de meilleur. C'est des réserves de nos campagnes c'est du sein de leurs familles patriarcales que surgissent constamment les hommes qui font l'honneur de notre pays.”
(MapauE DaxpuRanp.)
‘* C'est toujours une surprise pour moi de voir, dans un pays agricole comme le nôtre et où les cultivateurs ont une si belle histoire, que l'agriculture ne soit pas plus en honneur, et les habitants plus conscients de la grandeur de leur état. Plusieurs d'entre eux croient se hausser dan: la société en devenant épiciers. Des filles de ferme se vautent, comme d'une ascension, d'être devenues filles de magasin. J'en ui vu regarder avec dédain une ancienne compagne des champs, parce que leur père avait échangé sa ferme pour une auberge.
‘* C’est une de nos maladies sociales et cela fait pitié.
‘at-ce donc une honte de rester fidèle à l'agriculture, condition normale de l'humanité ? de travailler plus immédiitement en collaboration avec Dieu, dont la pluie féconde les champs et dont le soleil mürit les moissons ? Le Christ n'a-t-il pas choisi la campagne pour ÿ travailler pendant trente ans? et n'est-ce pas sous l'aspect d'un jardinier qu'il s'est montré à Madeleine, au matin cles gloires de la résurrection? (P. L. LaLanus, SJ.)