MÉLANGE DES DIFFÉRENTS MÈTRES
On appelle poésie libre les vers dans lesquels le poëte entremêle à son gré, d'une manière irrégulière, les différentes mesures :
J'ai vu l'impie adoré sur la terre :
Pareil au cèdre , il cachait dans les cieux Son front audacieux;
Il semblait à son gré gouverner le tonnerre ,
Fouler aux pieds ses ennemis vaincus :
Je n'ai fait que passer, il n'était déjà plus. (Racine.)
Il faut, pour ce mélange de mètres, consulter l'oreille, qui est le meilleur guide. Il faut aussi observer que, dans les vers libres, les rimes sont toujours croisées, et sont quelquefois redoublées. Les fables de La Fontaine sont un parfait modèle de poésie libre. Le mètre ebange plusieurs fois dans une fable, et jamais de manière à surprendre ou à choquer l'oreille, à rompre l'harmonie de l'ensemble.
Dans les stances ou strophes, le mélange des mètres est quelquefois libre, mais plus souvent régulier.
La stance doit toujours renfermer un sens complet; elle peut avoir trois, quatre, cinq, six , sept, huit, neuf, dix ou douze vers; et, suivant qu'elle est composée de quatre, six, huit ou dix vers, elle prend le nom de quatrain, sixain, huitain, dizain.
La stance peut n'employer qu'un seul mètre, quel qu'il soit; mais, le plus souvent, elle emploie des mètres différents. Dans l'un ou l'autre cas, les rimes doivent être croisées.
Nous n'entrerons pas dans l'examen des différentes espèces de stances , dont les combinaisons sont variées à l'infini; ce serait sortir des limites de notre cadre: nous dirons seulement que le mélange le plus habituel est celui des vers alexandrins et des vers de huit syllabes , ou des vers alexandrins et des vers de six syllabes.
Il resterait à parler de te cadence, de Y harmonie en général , et en particulier de Yharmonie imitative, s'il était possible d'enseigner l'harmonie comme on enseigne la césure ou la rime; mais tout ce que nous pourrions faire serait d'extraire de nos grands poètes les passages les plus parfaits sous le rapport de l'harmonie, et de présenter par là, non pas des règles, mais des modèles. Nous n'avons pas voulu entreprendre cette tâche, parce que les bornes assez étroites de ce Précis ne nous auraient pas permis d'être complet, et, en second lieu, parce qu'une pareille accumulation d'observations et d'exemples ne saurait donner ni