CHAPITRE XVI ET DERNIER
Explication de quelques faits que le lecteur aura peut-être devinés.
Si malgré les erreurs de sa jeunesse , le caractère et la conduite de Jules , depuis sa séparation d'avec la troupe de Brigace, lui ont concilié l'estime et l'amitié de mes jeunes lecteurs, ils se réjouiront sans doute de le voir parvenu enfin à une félicité durable. Pour moi , lorsque ses mémoires me sont tombés entre les mains , je craignais fort que le secret de sa naissance ne fût jamais découvert , et qu'il fût obligé d'être serrurier toute sa vie. Cette craint*
i d'autant plus naturelle qu'on n'< tiré tde que i<>n lard, tl , pour
-i « li i «* . .1 l.i dernière page ; nuis ! détails (|ui suivent , let mêmes que .lui re u li liomlic de madame de
I elle «lu prisonnier dfl
. . i <l< U belle Palm) re , proufe-
i oui qu'il n'rl.iii possible (|UC le
i. \ i. i e te dévoilât plut tôt.
I lecteur se souvient, sans doute, d'un ]M itliènes, neveu de M. de S.iint-
I. iîd, auquel la soèi e 4e Jules le con- I ii.mt pour Paris arec son époux i( qui est s (:n: fait au Iit'k.s de cette histoire , par un vieux ào^ auestique du château. Ce <|uc ce dernier no savait pas, c'est que Sosthénès , ambitieux et perfide, ne pouvait se consoler
de la naissance tardive de cet enfant, qui était venu lui enlever le bel héritage de son oncle. Il senlait surtout son chagrin s'augmenter dans ce moment où H. de Saint-Romain touchait aux portes du trépas , car les médecins avaient déclaré qu'il ne survivrait pas à l'opération qu'il s'obstinait à vouloir hasarder. Il avait pour domestique le mari de la nourrice de Jules, homme hardi, entreprenant, prêt à tout risquer pour s'enrichir. Il lui lit part de son projet de se défaire de l'enfant de son oncle , non en lui ôtant la vie, mais en le séparant de sa famille pour le faire tomber entre les mains de quelque personne pauvre et obscure, oui léleverait dans l'ignorance et la bassesse. Le domestique, nommé Duclos ; promit ù son maître d«3-
IJO 1 lu i - Ji'i .
I imi- i ftouhajt, Ce m l'ut cependant j».i^ uni peine « § 11 ils lédnisirenl la nourrice, ""ii itl.u liciiifut pour sonnoiiiiisson I « nijK i li. tut de vouloir le |>uler à cet iinli^i.c i olii|i!o( ; mail » l.i lin sou mari la
uada. Elle l» ignifl donc dm 1<" petit
i Util m il pend nt la nuit, (\w\ic
on pi ituï.icre, et
t li h i m bien bob rôle , qne per-
i Qi I i le nioimli e IOI j < on. Il
i .. I cile, au raiolée< J>.« nourrice , de Jules , qu'an appelait a)on lllred , voulut absolument Je niai - • « i . I ll< ! demande vrec uni d'ins-
. « Ile lit de si fortes prou* n' h j.uiiais ouvrir la !
clic, <jiu l.LiiC?, lie voulant [ i
LE 5 AUTEUR. î "ï
J<n refuser cette satisfaction y dessina luijncme sur la jambe gauche de l'enfant une feuille de myrte dont l'empreinte demeura ineffaçable.
Cette opération achevée , Duclos emporta l'enfant dans une corbeille, avec un rouleau de vingt cinq louis, qu'il eut la probité de ne point soustraire. Cet homme était des environs de Sens, du même vil* lage que Joseph , dont il était un peu parent, et qu'il connaissait pour le plus brave cultivateur de cette contrée. Ce qu'il en dit à M. de Sosthènes détermina ce dernier à faire en sorte que l'enfant lui tombât entre les mains , désirant , pour le repos de sa conscience , que sa victime ne fût point malheureuse. On fit prendre à Jules quelques cuillerées d'un sirop légè-
1*)1 PETIT -Jirl.tS
îciuint aareotique, qui La plongea dans un atioipîtttUM m favorable ; ensuite Dui Ion le pi en. mi ii cheval devant lui, dans un paniei loigneoteraent couvert , se hâta
«!«' l'enlever. 11 ne mit (juc deux jouis à (aire u route, et exécata, eoannta on l'a
vu, le met li. ml dessein de son maître,
qui l'eu rëi ompenta magnifigaanaent» apréa avoir i lige dfl lui fit de la nourrice les seriiuiis h* plus solennels de ne le jamais trahir.
Dm lo> , t miclii par celte a< lion ini(juo, quitta le service et se mit dans |fl QOflB*
mercej mais Dieu n'avait garde de bénir
14 > < iili cpi iaea . il lil de mauvaises affaires,
essaya de les rétablir par des moyens aussi criminels que ceux qui étaient la source de sa loi tune, eu secoudaut de
faux monnoyeurs clans rémission de leurs pièces , et fut mis en prison à Nevers. Il y aurait subi sans doute un châtiment exemplaire, si M. deSostliènes , sur lequel il comptait , ne lui eût facilité son évasion, ainsi qu'on l'a déjà rapporté. Duclos ne manqua pas de l'instruire de la rencontre qu'il avait faite du jeune Saint-Romain. M. de Sosthènes, qui ne voulait point que ce jeune homme attirât sur lui l'attention publique , se hâta de le faire remettre en liberté; mais il chargea Duclos d'épier sa conduite et ses desseins , et de le tenir au courant 'de tout ce qui le concernait, sans que Petit- Jules en eût aucun soupçon.
Incapable de soutenir le spectacle de la constante douleur de sa tante , M. de Sosthènes s'était retiré à Nevers , où il avait
1 5 î piiii-jri.BS
udc place de juge ; mais il avait l>e.iu fuit
celle qu'il avait rendaesi malheureuse , il
pouvait te défaire aussi facilement de
ses fetnords. 1 K le tourmentaient aa sein
d m 1 1 i minettes rachetant) atiei pour
l'empêcher d'en jouir paisiblement , et pas
umoini pour le crélerrrâeer à les
iruei à leur légitime peneeeutur. Il ne témoignait le désir d'être aaacrré du sort de »<>n cousin qu'a fin de le prêtai \ ai de la
re, s'il venait à y tomber, espérant par là se mettre mieui à l'abri «les repro* chei <lc sa conscieace. Instruit de la vie
douer et innocente que Jules menait à Dijon , iï se (lisait a lui -même : « Ce jeune « homme dejt être heurtai , puisqu'il vit (lins l'aisance par son travail, et que, 1 ne se connaissant point, il ne peut for-
LE SAUtEir*. 1^5
t mer aucun regret. » Mais aussitôt une voix intérieure lui répondait : « Il est lieu- « reux , parce qu'il est sans remords ; toi, « qui es criminel , tu ne goûteras jamais « aucun repos. »
Soit que le mauvais état de sa conscience nuisît à sa santé, ou que le ciel ne permît pas qu'il jouît plus long-temps du fruit de son crime, une hydropisie de poitrine l'enleva qu'il était encore jeune et non marié. Au lit de la mort , il écrivit à madame de Saint-Romain pour lui confesser son odieuse trahison, lui demandant humblement pardon, et la conjurant, avec les plus vives instances , de pardonner aussi à Duclos (la nourrice ne vivait plus ) , qu'il avait corrompu par ses promesses. Il ajoutait à cet aveu toutes les
i u*atious ucccta tin s j»t»iu que ton eoua
mii iciihjl vins obttaclfl iLmi (tins se* droits , laiss uit ;i Uiulos le soin Je le rcu*
■îr » s.i ninr , puisqu'il tous liai lif la i e* II nir. 11 eti 1 1( ile d'imaginer quelle i é* solution cette lettre proatai ail dam lé cœur «le madame de Saint-Romain» Quoi ! ce lil* qu'elle pleurait depuii dix-sept nui . elle] allait le retrouver plein de vie, ci voir renaître avec ho t. mi d'espérances, dont la ■ i !«• lui avait été si douloureuse ! Bile lit \ i 101 Du< Inv , «jui, .i\ uit apporte4 la lettre, ! ut en tremblant le résultai <!<• cette* lc( lure. Il commença par w jeter II ne ge«J
nouv , en I I \« u-.uit sur lél ordres (le ïo,\
ancien maître , et sur la force des prometies rJu*il lui avait arrachées.
— Tout et j) ri inné, interrompit i
EE SAUTEtTK. 1 5^
dame de Saint-Romain, pourvu que von»
nie rendiez mon (ils.
File lui fit répéter dans le plus grand dét.ùl tontes les circonstances de cette malheureuse aventure, et fut prête à mourir de joie en apprenant que Jules demeurait dans son voisinage , et que c'était ce jeune serrurier qui avait témoigné tant de sensibilité à l'aspect de ses infortunes. Elle voulait aller sur-le-champ le chercher elle-même.
— Ah! s'éeria-t-elle, je veux être la première à lui annoncer qu'il est mon lilsî je veux jouir de sa surprise, et saisir le premier sentiment d'amour filial qui s'échappera de son cœur.
Palm vie, qui redoutait pour sa santé des émotions si vives, la conjura d'attén*
Fini r- ji i ,1 | die iu moins .m lendemain, .«lin qu'elles
ni le tempi de se calmer un peu; et . 1 1 î 1 1 de lui évita 06 \ l l'éclat
dont il pouvait ("tic sui\i, eUe »'oa lea ètemeot tvec Doclos des naoyeut dattiirr ion cousin auprès «le s.t nsére, s.ms
qu'il s'en douttt, et MUÉ r ivir tfl même t e 1 1 1| i ite tendre mère La doiK
qu'elle m promettait d'à I lirei elle-même
son lils sur Ba destinée. Tout ,i\.mt n lu un: de ses désirs, l\dm\i iiiyc
que le jeuue homme se trouvait dam la
maUon, prépara doucement sa tante à
Intéressante entrevue, qui, après
tant d". mures ,| • , !, \g\ jMs <>l d\
remit enfin le fils et la mère entre les bras l'un de l'autl e.
I *oit de Jules se trouvant désormais
LE SAUTEUR. 1 5f)
fixe, il profita de l'âge où il était encore pour orner son esprit des connaissances qui lui manquaient , et s'instruire dans les arts d'agrément qui siéent le mieux à un jeune homme bien né. Il donna les mille francs qu'il tenait de la libéralité du Curé à un hospice consacré aux orphelins , et fit à la famille Evroul un présent capable de la dédommager de cette portion de son héritage. Benjamin se ressentit de ce changement de fortune, par tout ce que son ami s'empressa de faire pour lui être agréable, car son nouvel état dans la société ne fit jamais oublier à Jules leur première entrevue sur le grand chemin de Bourges , lorsqu'il fuyait la troupe de Brigaee, et qu'il n'avait au monde d'autre protection que celle de l'aimable Benjamin.
PETIT- JtTLU
V vingt .mis, Le jeune Saint- Romain t la main <le ta confine Palnmre, mio m saêre regardai! depuii long-temps comme la leule personne digne de lui, et « 1 ■ » » 1 1 la possession vim mettre le comble à son bonheur. Lorsque loi deux époux cm mt reço la bénédiction nuptiale, il»
ilcm.nuli iciit tin nie .1 genoux («'lie «le ina-
dama «le Saint-Romain, et prièrent la v<:nÉrâbiti Esabean d'j joindre aussi la iienue. [al paj saillie, confuse et tom lue »lc se voir traitée stuc tant de respect, pleurait m ippel mt mu leur tête Les plus précieuses faveurs du ciel. Ce fut alors que nsatlame dut-Romain , passant ses bras autour
du cou de 1« veuve Aubert, lui dit avec une extrême émotion :
-— Ma pauvre lsabeau! ces chers enfafji
LE IAUVBI r. lUi
nous rendent la vie si heureuse , que nous n'aurons jamais le courage de l'abandonner chrétiennement , si Dieu ne nous en accorde la grâce d'une façon toute particulière.