CHAPITRE PREMIER
Introduction. — La race et ses traits caractcristiquos. — Vive sensibilité des Grecs. — Leur bon sens. — Les tribus grecques; leur physionomie. — Unité de la vie liellonique. — Goût prédominant pour la vie urbaine. — Aspect général des villes grecques. — La maison. — L'ameublement. — Les édifices publics : i)ortiqucs et portes. — Temples. — Fortifications et murailles.
Introduction. — Il est indispensable aujourd'hui de connaître l'histoire des Grecs et leur littérature, car, de tous les peuples qui se sont succédé sur la terre, il n'en est peut-être pas un seul qui ait accompli autant de grandes choses dans le domaine de la politique, ni composé autant de beaux et excellents ouvrages dans le domaine de la pensée. Or, il serait impossible de bien comprendre l'histoire des Grecs ou de lire avec intérêt et profit les écrits qu'ils nous ont
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légués, si nous ne savions rien ni de leur vie privée, ni de leur vie puljlique, ni de leurs coutumes, ni de leurs affaires sérieuses, ni de leurs jeux et de leurs amusements, ni enfin de leurs lois et de leur religion. Car il ne faudrait pas conclure de quelques analogies entre leurs habitudes et les nôtres que les Grecs nous ressemblaient absolument. Si par exemple à Athènes, comme chez nous, un homme bien élevé ne devait dans la rue ni marcher trop vite, ni parler trop haut, en revanche, quiconque se promenait sans avoir une canne à la main passait pour un homme sans mœurs et se voyait emprisonner pour la nuit. Si, encore, les Grecs prenaient bien plus de soin que nous de la nourriture et de l'éducation de leurs enfants, d'autre part, il arrivait fréquemment qu'un père, jugeant sa famille suffisamment nombreuse, faisait périr ses nouveau-nés. En un mot, c'est un curieux mélange de grossièreté et de politesse, de cruauté et de douceur que nous offre la vie privée des Grecs. Aussi constaterons-nous des différences notables entre leur conduite et leur caractère et la conduite et le caractère des différents peuples modernes.
La race et ses traits caractéristiques. - Comme ils parlaient tous des dialectes d'une même langue et adoraient tous les mêmes divinités, les Grecs se sentaient d'une race à part et se croyaient supérieurs aux peuples qui les entouraient. C'est pour-
quoi ils les appelaient dédaigneusement les Barbares. Cet orgueil national a joué un grand rôle dans leur histoire. Il n'était pas du reste sans fondement. A l'opposé des autres habitants de l'Europe méridionale, l'PIellène était ordinairement blond et avait de beaux traits d'une régularité parfaite. Son développement physique était plus lent mais aussi plus harmonieux que celui de ses voisins ; il conservait plus longtemps sa vigueur et atteignait souvent un âge très avancé. Encore aujourd'hui, le voyageur qui visite les Grecs est frappé de la couleur blonde de leurs cheveux, de la beauté de leur visage, et surpris du grand nombre de beaux vieillards qu'il rencontre. C'est l'excellence du climat et la sobriété de l'individu qui ont produit cette race saine et vigoureuse; le mal de dents est rarement mentionné dans les ouvrages des Grecs, et leurs descendants actuels possèdent une dentition superbe : on ne saurait trouver une meilleure preuve de ce que nous avançons sur leur santé.
Vive sensibilité des Grecs. - Comme on peut l'attendre de gens en bonne santé, les Grecs avaient un heureux caractère. En même temps, leur bon goût naturel et leur propre beauté faisaient d'eux les juges les plus difficiles pour la beauté de toute chose et leur rendait intolérable la laideur. La beauté avait tant de prix à leurs yeux qu'ils allaient jusqu'à lui rendre un culte : ils la confondaient volontiers avec
la bonté, et même la plaçaient au-dessus d'elle. Voulaient-ils indiquer qu'un homme possédait toutes les vertus qui font le parfait homme de bien, ils disaient qu'il était becm et bon {•AoCkoT^y.yciOôi), entendant par là, beau, non seulement dans sa conduite, mais encore dans ses traits, bon, non seulement par les qualités du cœur, mais encore par le mérite de la naissance. Leur morale reposait plutôt sur l'esthétique que sur un sentiment philosophique du bien et du mal. Pour les Grecs, commettre une faute, c'était chanter faux (r>.ï;aae>.£îv). Ils n'admettaient pas la vertu alliée à la laideur : Socrate laid et sage excitait leur surprise. Mépriser la beauté était un crime que les dieux punissaient : Stésichore, qui avait mal parlé d'Hélène, l'idéal de la beauté, fut frappé de cécité.
Leur bon sens. — Assurément leur exquise sensibilité les aurait plus d'une fois induits en erreur, s'il ne s'y fût joint cette autre qualité nationale : le bon sens. Dans tout débat, le Grec voulait discuter, se rendre compte, aller au fond des choses, peser le pour et le contre, entendre les deux partis ; il se rangeait volontiers à l'avis du plus grand nombre. Aussi aimait-il, en politique, les assemblées et les grandes villes qui rendent possible la convocation des assemblées; dans les beaux-arts, la symétrie, la proportion, les lignes nettes et harmonieuses; en littérature, la clarté dans le style et la mesure dans la peinture des senti-
ments. En revanche, il ne pouvait souffrir le gouvernement arbitraire des tfjrans, qui empêchaient les réunions de la place publique, il avait horreur du désordre, de l'incohérence, du faste, des ornements chargés, de l'emphase et de l'exagération; en un mot, de tout ce qui détruit dans une œuvre d'art la simplicité, la grâce, le naturel et l'harmonie.
Telles étaient les qualités fondamentales qui firent des Grecs un peuple aussi illustre qu'admirable.
A côté de ces qualités, ils avaient aussi leurs défauts. Ils n'en sont point encore corrigés aujourd'hui. C'étaient l'ambition et l'amour de l'argent qui aide l'ambition à se satisfaire ; c'était l'absence de scrupules sur l'emploi des moyens pour arriver à la fortune ou au pouvoir; c'était l'habitude de mentir et de tromper lorsqu'il y avait profita le faire; c'était encore l'ingratitude. Quant à la cruauté, tout ce que Ton peut dire, c'est qu'ils en avaient un peu moins que les Barbares leurs voisins. Ils étaient fort jaloux entre eux, et pleins de rancune s'ils avaient été battus par un adversaire plus fort ou plus rusé. Quoique souvent en guerre, ils n'étaient pas des plus courageux : ils criaient très haut avant la bataille et prenaient souvent la fuite dès que l'on en venait aux mains. Le caractère grec était, comme on le voit, un mélange de qualités et de défauts. N'est-ce pas après tout la loi de l'humanité?
b LES ANTIQUITES DE LA GRÈCE.
Les tribus grecques; leur physionomie. -
Nous parlons dos HellOnes comme s'ils ne formaient fiu'iuic nation; n'oublions pas qu'ils étaient divisés en un grand nombre de tribus, lesquelles, habitant des pays de nature difi"érente, et séparées les mies des autres soit par de hautes montagnes, soit par des fleuves, soit par la mer, avaient des lois, des coutumes, un langage qui différaient souvent beaucoup.
Parmi les Grecs, les uns étaient montagnards, les autres navigateurs et marchands, les autres laboureurs et pasteurs. Les dialectes propres à chaque tribu différaient autant que jadis chez nous la langue d'oïl et la langue d'oc. De plus, comme toutes ces tribus, loin d'être réunies sous les mêmes lois, vivaient séparées et indépendantes, leurs mœurs se ressemblaient moins encore que leur langage : ce qui était permis ici, là était défendu; aussi est-il très difiicile de faire une peinture générale des mœurs grecques. Choisissons un exemple : à Sparte, les jeunes filles prenaient part aux jeux gymniques côte à côte avec les jeunes gens; à Athènes, elles ne pouvaient même pas y assister comme simples spectatrices.
D'où venait une différence aussi marquée? de la différence elle-même des tribus ou de la force des circonstances? Il serait difficile de le décider. On croit communément que les Doriens étaient austères, durs économes; les Ioniens doux, pleins de souplesse,
amoureux du luxe, et que les Éoîlem et les Achéens réunissaient, en une certaine mesure, les qualités et les défauts des Ioniens et des Doriens, Mais, remarquons que les Spartiates, d'après lesquels on a jugé ainsi toute la race dorienne, ne durent ces habitudes de simplicité, d'obéissance et de silence qu'à la législation de Lycurgue, et que d'autres Doriens, les Corinthiens et les Tarentins, avaient des mœurs et un caractère tout à fait opposés à ce qu'on rapporte de la race dorienne. D'autre part, bien qu'on reproche aux Ioniens leur amour du luxe et leur mollesse, quelle cité grecque a jamais déployé plus de bravoure et d'énergie que les villes ioniennes Athènes et Milet?
Unité de la vie hellénique. - Cependant, en thèse générale, on peut dire que les Grecs qui habitaient les riches colonies de l'Asie-Mincure et de la Grande Grèce, vivant en contact avec l'opulence des Barbares, étaient plus adonnés au luxe et à la mollesse que ceux de la mère patrie. Ceux-ci, la Grèce les nourrit toujours de imiivreté, ce qui développa en eux la bravoure et l'amour de la liberté.
Suivant que tel son ou plus doux ou plus fort y domine, on prétend retrouver dans chaque dialecte la marque propre de l'esprit de chaque tribu. Le dialecte dorien, avec sa prononciation simple, sa prédilection pour les sons pleins de l'a et de l'o, avait, dit-on, quelque chose de grave et de rude qui était l'image exprès-
sive du peuple qui le parlait. L'ionien parlé par une race admirablement douée passe pour le plus coulant et le plus doux. On fait de semblables remarques sur le dialecte éolien et sur le dialecte attique. Mais cette opinion souffre autant d'exceptions que l'opinion courante sur le caractère des Doriens, des Ioniens, et des Éoliens.
Dans quelques districts montagneux tels que l'Acarnanie, l'Étolie et certaines parties de l'Arcadie, les hommes étaient bien moins cultivés que dans le reste de la Grèce ; cependant, à cause de la langue et de quelques coutumes communes, les grossiers habitants de ces contrées arriérées ne furent jamais regardés comme des barbares; ils étaient Grecs au même titre que les autres. En effet, quelle que fût la diversité de leurs coutumes, toutes les tribus grecques avaient un vif sentiment de l'unité de la race et de leur supériorité sur les autres hommes. Aussi entre tous les Hellènes répandus dans le monde ancien existait il comme une sorte de franc-maçonnerie : les marchands de Massilia en Gaule, de Trapezus dans le Caucase, d'Olbia sur le PontEuxin ou de Cyrène en Afrique se sentaient unis par un lien de parenté, se traitaient en compatriotes ; ils se comprenaient sans difficulté, tandis que les autres peuples du monde rencontraient mille obstacles quand ils voulaient commercer entre eux.
Telle était cette unité de la race hellénique dont les Grecs se montraient si orgueilleux. Elle avait pour fondement la communauté de langue et de religion, les rapports entretenus par de grandes fêtes nationales et le contraste profond avec les autres peuples, les
Barbares,
C'est principalement dans l'art grec que cette unité est manifeste. Laissons de côté la peinture et la musique puisque les œuvres des peintres et des musiciens ne nous sont point parvenues; voyons l'architecture, la sculpture et la littérature. Dans les ruines des monuments, dans les débris de la sculpture, dans tous les ouvrages de l'esprit que nous possédons, se devine je ne sais quelle perfection insaisissable, mélange de grâce et de dignité, de naturel et d'idéal qui rend inimitable tout ce qui est sorti de la main des Grecs. Aussi, quiconque a étudié avec quelque soin leurs chefsd'œuvre, n'a-t-il aucune peine à les distinguer même des meilleures imitations qu'en firent les Romains sous la direction et d'après les conseils des derniers artistes de la Grèce.
Goût prédominant pour la vie urbaine. — Les modernes vivent beaucoup à la campagne : nos plaines et nos collines sont parsemées de fermes et de maisons d'habitation. Le Grec d'autrefois n'y vivait que rarement, le Grec d'aujourd'hui jamais, soit par crainte des pirates et des pillards, soit par amour pour
PKTIT MANUEL D*ARCHéOLOGIK
la conversation et la politique ; îi la ville se trouvent à la fois la sécurité et la société. Seuls les tyrans étaient partisans de la vie rurale et la favorisaient; on comprend dans quel dessein.
Dans Homère nous voyons que des fermes isolées, appartenant aux nobles, étaient dirigées par des esclaves de confiance. Ces esclaves monaitnt paître les troupeaux et les élevaient dans des étables pour les besoins de la cité. Au temps d'Hésiode c'étaient uniquement les fermiers pauvres qui habitaient les champs; les élégants et les oisifs vivaient à la ville. Au ive siècle après J.-C. les habitudes n'avaient point changé, comme nous le montre par exemple le roman de DapJniis et CJiloé. Nous voyons que les riches habitants de Mytilène ne sortent que rarement de la ville pour aller visiter leurs tenanciers et leurs troupeaux. On ne peut citer que deux exceptions fameuses : celle de la vieille noblesse de l'Attique que Thucydide et Aristophane dépeignent vivant luxueusement sur ses terres et ne venant que rarement à Athènes; et celle de la noblesse d'Élis, dont les membres, dit Polybe, pendant des générations restaient absolument étrangers à la vie de la ville. Ces deux faits peuvent être facilement expliqués : d'une part c'est que l'Attique était protégée contre les attaques soudaines par ses flottes et par ses forts ; de l'autre, c'est que le territoire de l'ÉHde, à cause des Jeux Olympiques, était
LA RACE, LE PAYS, LES MONUMENTS. Il
sacré pour tous les Grecs. On sait que c'est sur ce territoire, à Scillonte près d'Olympie, que Xénophon, banni d'Athènes, passa en famille une série d'années heureuses, menant la vie d'un grand seigneur campagnard.
En définitive, la vie rurale étant une exception, c'est à l'étude de la ville grecque que nous devons nous consacrer.
Aspect général des villes grecques. — Les plus anciennes étaient généralement situées à quelques kilomètres de la mer : les côtes étaient infestées de pirates. Ces villes s'étaient formées autour d'un château-fort appelé acropole, qui avait été au moment du danger le seul refuge pour les habitants du voisinage, n reste à Tyrinthe, dans la plaine d'Argos, de remarquables ruines d'une acropole. A mesure que la population s'accroissait, les maisons se multipliaient autour de la forteresse, et une enceinte de murailles s'élevait pour protéger la ville naissante. D va sans dire que V Acropole, bâtie sur un rocher escarpé, en était la partie la plus forte et la plus sûre. Aussi estce sur Yacropole qu'étaient les temples les plus anciens; les dieux protecteurs de la cité y établissaient leur séjour. l\ en résultait que Yacropole était souvent un lieu sacré où ne pouvaient pas s'élever des constructions ordinaires. La ville prospérait-elle, un port de mer s'établissait au havre le plus rapproché : raar-
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chands et marins s'y livraient au commerce. Exemple Athènes et le Pirée, dont la rade était excellente, exemple Argos et Corinthe : celte dernière ville avait même deux ports, Léchée et Cenchrées, l'un sur le golfe de Corinthe, l'autre sur le golfe Saronique, tous deux à quelques kilomètres du rocher sur lequel s'élovait la citadelle, YAcrocorinthe. Seule, Sparte n'avait point de citadelle, parce que les défilés qui aboutissaient à sa plaine étaient resserrés et faciles à défendre : jusque vers l'an 300 avant J.-C. la ville resta ainsi découverte : elle ressemblait à un groupe de hameaux rapprochés. Mais c'était une remarquable exception.
Quand le rocher sur lequel elle était bâtie n'était pas assez escarpé, la citadelle était défendue par des murailles; elle avait des réservoirs pour l'eau, sauf quelques cas trôe rares comme celui de l'acropole de Corinthe où se trouvait la célèbre source Pirène.
Si du haut d'une de cc3 citadelles on regardait la ville qui s'étendait au pied, on apercevait d'abord les temples et autres monuments publics qui étaient de nature à exciter l'admiration par leur ornementation extérieure, tandis que les habitations privées étaient de pauvre et mesquine apparence; on voyait ensuite les squares et les marchés publics, vastes et imposants, souvent entourés do colonnades et de portiques sous lesquels on trouvait de l'ombre pour se reposer le jour, un abri pour dormir la nuit. Les colonnades étaient
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ornées de statues. Les rues étaient étroites et sales. L'aspect d'une ville grecque différait surtout de celui de nos villes par l'absence de toute flèche et de tout pinacle. C'est que l'architecture grecque aimait les toitures plates et n'élevait jamais de maisons à plusieurs étages. De plus il faut remarquer que, sauf de rares exceptions, les Grecs ne pratiquaient pas la couverture en voûte qui facilite beaucoup l'érection de la flèche. L'absence des cheminées, ces appendices si disgracieux, compensait l'absence des clochers. Toutes les maisons privées étaient plates et insignifiantes, le Grec ne tenant pas à faire admirer l'extérieur de sa demeure; il n'avait qu'un désir : éviter le bruit et l'agitation de la rue; il dormait tous ses soins au confort intérieur.
Plan général de la maison grecque. - Nous faisons à nos maisons une belle façade sur la rue; nous les surchargeons d'ornements destinés à être vus et admirés par les passants. Le Grec ne cherchait qu'à isoler la sienne de la rue. Jamais il n'ouvrait de fenêtres sur la voie publique, et, à l'extérieur, sa maison n'offrait qu'un mur plein percé d'une seule ouverture. Cette ouverture unique était fermée par une solide porte à deux battants (toc ^po9uoa, eOf «. ii^ùHa), munie d'un marteau (foKT.o«) et. d'une poignée {imcnx7Ti>o) ; cette porte s'ouvrait du dedans au dehors, ce qui augmentait la sûreté pour ceux qui étaient
dedans, mais était parfois un danger pour les passants. Aussi, avant de sortir avait-on la précaution de frapper intérieurement (-^..av; frapper, pour un visiteur, se disait XC0O.V), de peur que les passants ne fussent renversés par les battants de la porte. Les maisons des riches n'ouvraient pas directement sur la rue, mais sur un corridor (rrcoôuoov) qui ne faisait pas, pour ainsi dire, partie de la maison.
Une fois qu'on était entré par la porte, on arrivait dans un passage assez étroit appelé vestibule (6vor;.v ou irjlô.v), OÙ s'ouvrait la loge du portier (6up>.âov). De ce pah^sage étroit ou vestibule on pénétrait dons le péristyh> (TT.oéTTvyo;), cour ouvcrto, carrée, bordée de colonnes; les uns la nomment u.ùlii, les autres rônoç 7r£ci/.t'.iv. Ce péristyle orné de portiques, entouré d'une colonnade ouverte ou cloître (rraT-âç) était le centre de la maison grecque. Les divers appartements du maître de la maison et les salles à manger ouvraient sur cette colonnade. Le même plan fut adopté dans son ensemble par les Romains; les Italiens modernes Tont également reproduit et les palais de GêneS; Florence, etc., sont tous sur ce modèle.
En face de l'entrée était un second passage {ui-uu- ).o:), (1) ou parfois une grande chambre (77007- àç, Tra^TÛc),
(1) Par opposition à la ÛOoa aj).2to; conduisant du deliora dans la cour, et parce que, placée eu face de cette dernière, elle est au-delà ou den-rcre la cour.
formant la limite des appartements de la maîtresse (v^vat/'^viTt;) et du maître de la maison; là est située leur chambre (ôàla^o:). Dans les maisons plus riches, les appartements de la femme ou gi/nécée étaient bâtis autour d'une cour semblable à la première; dans ce cas la porte appelée fzé7av).oç prenait le nom de pÉ7«u).o;, entre deux cours. En général le gynécée n'occupait pas tant de place : la plupart du temps il était au-dessus du rez-de-chaussée, dans un étage O^s^ôkjv) élevé sur le derrière de la maison; un escalier partant de la cour y conduisait. Les Grecs aimaient cependant à vivre au rez-de-chaussée, et leurs maisons n'étaient jamais comme les nôtres un entassement d'étages superposés. Les chambres à coucher et les salons disposés autour de la cour étaient ordinairement de petites pièces assez sombres, attendu que le jour n'y pénétrait que par la porte donnant sur la colonnade. L'étage supérieur avait des fenêtres (O'^oérJsç, ^.iTav^yoé). Le toit, recouvert de tuiles comme chez nous, était Bi plat qu'on y pouvait marcher. Les offices, les chambres pour les provisions étaient généralement sur le derrière et auprès de la cuisine, seule pièce qui fût munie d'une cheminée (r.à7rvï], Aanyoâôy^ri), Quant aux autres chambres, il n'était presque jamais utile d'y faire du feu; en tout cas il était facile de les réchauffer avec des brasiers où l'on brûlait de la houille ou du charbon de bois («vepaxéa, Trûûawoi). En été, ces
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mêmes chambres étaient très fraîches à cause du
mode de couverture.
Les palais des anciens rois grecs et des riches nobles de l'Attique avaient naturellement des cours et des chambres plus vastes que les maisons de In ville mais ils étaient construits à peu près sur le même plan. La maison des rois se composait de trois parties dont la séparation est nettement indiquée dans Homère : la cour (àvH) donnant sur la rue et réservée aux relations de la vie journalière, comprenant tout ce que nous appelons les communs, - le )rr,oJop;, portique à colonnes couvert - et l'habitation même du prince (fc/a) et de sa famille, comprenant la salle des hommes {-i .«^/a'-ov), le foyer {hyipr;) et les appartements des femmes. Le sol était généralement couvert d'un carreau très simple, quelquefois bariolé; les murs au contraire, si l'on en croit Homère, étaient resplendissants de plaques métalliques. Cette dernière mode s'est perpétuée assez longtemps (maison de Pliocion, à Atliènes), et il nous en reste encore des traces dans la maison dite du trésor d'Atrée au milieu des ruines cyclopéennes de Mycènes. Les fresques (Çw/oa^.tst) et les peintures murales ne devinrent à la mode que vers le iv» siècle avant J.-C. Mais, à partir de ce moment, elles devinrent si commîmes, que presque toutes les maisons de Pompéi, ville en réalité toute grecque, sont ornées de cette façon.
L'ameublement. - Le Grec vivait au grand air et sur la place publique; la maison n'était pour lui qu'un lieu sûr et commode où il logeait sa famille et enfermait ses biens. Donc il ne faut pas nous attendre à lui voir un mobilier (ri Ért»)..) coûteux ni luxueux. Rappelons-nous en outre que les appartements étaient petits et que le Grec n'aimait point les grandes réceptions.
Dans les premiers temps la simplicité dans 1 ameublement était la règle commune : les évaluations mobilières consignées dans de nombreux plaidoyers athéniens l'attestent suffisamment. Le luxe d'une Sybaris était l'exception. Plus tard, avec la décadence, d'autres goûts prévalurent et transformèrent
la vie privée.
Ainsi donc, si l'on s'en tient au mobilier des premiers temps, on peut dire qu'il était fort simple et de peu de valeur; mais il était néanmoins remarquable par l'élégance du dessin, la beauté des modèles, l'harmonieux accord, qu'on n'a plus égalé, de la perfection de la forme et de la commodité. Est-il en effet possible d'imaginer un siège à la fois plus confortable et plus gracieux que cette chaise grecque si souvent dessinée sur les vases et reproduite en marbre au frontispice du théâtre d'Athènes? La seule différence qu'il y ait entre la chaise grecque et la nôtre, c'est que la partie supérieure du dossier du meuble grec a quel-
LES ANTIoriTKS DE LA GRÈCE,
quefois une forme demi-circulaire : on pouvait s'y appuyer bien mieux que sur les chaises à dossier rectilignede nos salons; les pieds, gracieusement recourbés en dehors, reproduisaient harmonieusement la courbe du dossier. Les variétés de vases, cruches, pots qu'on découvre en quantité innombrable, possèdent toutes ce double mérite de l'élégance jointe à la commodité.
Pour en revenir aux meubles meublants, qui seuls nous o.xupent en ce moment, énumerons les plus connus : chaises (<?t>ooi), tabourets et lits (/Jévat) en bois sculpté, avec coussins mobiles, fauteuils (O^ôvoi) à dossier élevé, pliants que les esclaves portaient derrière leurs maîtres. Pendant les Panathénées, le soin de porter les pliants ( Jt^oo-^ocsiv ) des Athéniennes incombait aux jeunes filles et aux femmes des étrangers domiciliés à Athènes (/xhoi/oi);
Les Grecs des temps primitifs et les pauvres couchaient à terre sur des paillassons et des peaux de bêtes. Les hts improvisés pour un hôte inattendu n'étaient pas faits autrement. Mais les riches possédaient de véritables lits en bois précieux incrusté d'or, d'ivoire ou d'argent. On posait sur la sangle (x«ic«a) le matelas {y,'jh%\ov, tuâsïov ou tû)./:). Sur ce matelas on mettait des couvertures. Des oreillers, du moins depuis l'introduction du luxe en Grèce, complétaient le meuble destiné au sommeil. Les lits placés dans les salles
communes étaient montés de la même manière. C'est sur ces lits que les anciens, à demi couchés, avaient l'habitude de lire, d'écrire et de prendre leurs repas. On n'employait les tables que pour supporter les ustensiles nécessaires dans les repas; on ne s'en servait pas pour lire ni pour écrire. Au moment de s'en servir on les apportait et on les plaçait sur leurs pieds. Au temps d'Homère chaque convive avait sa table. 11 semble que les objets d'art, vases précieux, etc., qui ornaient les appartements, étaient posés sur de petites tables à trois pieds d'un travail élégant.
Enfin les Grecs avaient dans leurs maisons des lampes aux mille formes diverses et d'un travail merveilleux, des coflres et des coffrets, dos vases, des tasses, des bols, des jarres, des flacons de toute espèce pour l'eau, le vin et rhui:e. L'uuumération de leurs ustensiles de cuisine remplirait de longues listes, et ils ne sont pas tous connus. Us ressemblaient assez à ceux qu'on a retrouvés à Pompéi. A table les Grecs se servaient de plats, d'assiettes, quelquefois de couteaux et de cuillers, jamais de fourchettes.
Les édifices publics : portiques et portes. - Nous avons vu que les maisons particulières avaient un extérieur des plus modestes. Les édifices publics, faits au contraire pour être admirés du dehors, étaient excessivement beaux, riches et coûteux. Les places publiques où le peuple s'assemblait {àyooai) et les mai-
chés étaient bordés de splendides colonnades souvent en marbre et décorées de fresques aux brillantes couleurs. Quand les Grecs se réunissaient pour discuter les affaires de la cité, ils se trouvaient dans une place carrée semblable aux cours de leurs maisons, mais bien plus vaste et bien plus belle. Les ruines de Vagora de Pompéi peuvent nous donner une idée de l'étendue et de la beauté de ces portiques.
L'entrée de la cité était également ornée de constructions magnifiques appelées propylées (rroo7rû).«ia), sortes de portes dont le plan ressemblait beaucoup à celui d'un temple. Les propylées d'Athènes, œuvre de l'architecte Mnésiclès, excitaient l'admiration et l'orgueil de la Grèce entière.
Bans leurs ports, les Grecs construisaient de grands chantiers (v«(M;.ia) et des entrepôts {âziyiioiza) où les marchands pouvaient exposer leurs échantillons.
A partir de l'architecte Hippodamos (440 av. J.-C), on commença à percer des rues à angle droit : le Pirée fut rebâti de cette manière. A Athènes, dix officiers spéciaux, les astynomes («7Tuvo>ot), espèces d'édiles, étaient chargés de l'entretien des édifices publics, des routes, des aqueducs et de la police des rues.
Les temples. - Les plus remarquables de tous les édifices 'publics étaient les temples. Ils avaient dans la cité grecque une importance égale à celle des églises dans la ville du moyen âge; comme ces églises,
ils étaient le principal objet de la curiosité des voyageurs.
Leur solidité les a souvent sauvés d'une complète destruction. D'après ce que nous pouvons en voir encore il nous est aisé d'en étudier et d'en décrire le plan et la structure. Les ruines des plus célèbres temples sont à Pœstum près de Salerne (temple de Poséidon); à Agrigente, aujourd'hui Girgenti, sur la côte méridionale-de la Sicile ; à Égine ; au cap Sunion en Attique, et par-dessus tout à Athènes. On a découvert l'emplacement et les fondations d'un grand nombre d'autres temples. A part les temples d'Athènes, ceux qui dans l'antiquité jouirent de la plus grande réputation étaient les suivants : le temple de Héra à Samos; d'Artémis à Éphèse (ionique, une des sept merveilles du monde), d'Apollon à Delphes et de Zeus à Olympie (dorique). Tous ces temples s'élevaient sur des emplacements consacrés depuis longtemps à la divinité, et généralement, comme ceux que mentionne l'Ancien Testament, sur les hauts lieux.
Les Grecs avaient commencé à adorer la divinité sous la forme de pierres frustes ou de troncs d'arbres grossièrement taillés; de simples niches dans un rocher ou dans le creux d'un arbre suffisaient à ces divinités primitives. Mais, à mesure que les dieux prenaient la forme humaine et que la sculpture les représentait sous des traits de plus en plus parfaits,
l'abri de leurs images devait aussi se transformer : il devint; comme pour l'hommO; une maison. Les dieux eurent alors pour demeure soit une modeste cabane au toit incliné en pignon et supporté par des poutres, soit de ces petites maisons en pierre aux murs nus et lisses, dont on a découvert plusieurs spécimens dans l'ile d'Eubée (temple du mont Ocha). Ces édifices furent le point de départ des grandes œuvres architecturales dont les ruines seules excitent encore notre admiration.
Le progrès et l'embellissement consistèrent surtout en colonnes. On multiplia les supports, on sculpta les surfaces planes et les extrémités des poutres transversales, on coloria richement l'ensemble en bleu, en rouge et en or. C'est ce qu'on appelle la polychromie. Le résultat fut le style appelé en architecture ordre dorique, dont plus tard Vordre ionique, et, plus tard encore, Vordre corinthien furent des variétés mais non des perfectionnements.
Ces trois ordres classiques se distinguent d'après la décoration de la colonne et principalement, dans la colonne, d'après la décoration du chapiteau (xt^àyaiov).
La colonne dorique na pas de base, elle repor.e directement sur le styJohatem soubassement; elle est conique, légèrement renflée vers le tiers de sa hauteur, ce renflement, qui 1 ui donne un aspect de force et d'élasticité, s»appelle entasis (eVoc^tç); elle est creusée de
vingt cannelures à arêtes vives. A l'époque classique, elle a moins de six fois son diamètre de haut. Le chapiteau de la colonne dorique comprend trois parties : le gorgerin, [<ir.ozrjoi.yXiiov)\ V échine ou cuvette {l/po;) \ et V abaque ou tailloir («6ai). Le gorgerin, qui n'est que la continuation du fût, est compris entre deux rangs de rainures ou annelets, qui semblent réunir par une ligature les forces de résistance du fût. U échine est un tore circulaire fortement évasé sur lequel repose Vabaque, plaque triangulaire qui fait saillie au-dessus de Véchine. Ce puissant support soutient un entablement composé de trois ])mt\es :Varchii7'ave,l£i frise et la corniche. V architrave ou épistyle ou maitresse-poiitre représente la poutre en bois des constructions primitives et en travers de laquelle étaient posées les poutres qui soutenaient la toiture; la frise, séparée de Y architrave par une bande ou tœnie^ représente par les triglyphes et les métopes les extrémités entaillées de ces mêmes poutres ainsi que les intervalles qui les séparaient ; ces intervalles, anciennement vides (voir Euripide), furent plus tard fermés par une plaque de pierre ornée de figures. Enfin, la corniche {yzi^ov) couronne l'entablement. La partie essentielle de la corniche est le larmier, sorte de plafond formé par les midules qui en soutiennent la sailhe. Une moulure appelée cymaise court au-dessus du larmier et termine la corniche. Au-dessus de tout cela s'élève un fronton
(««r6)^a), c'est-à-dire un champ de forme triangulaire à cause de la pente du toit. La surface intérieure du fronton ou tympan (-rvan-avov) était couverte de sculptures en relief. Fréquemment, les extrémités et le sommet du fronton étaient ornés 6.'acr(Mres, sortes de socles supportant des figures, sphinx, vases, etc. Les acroières, les ornements sculptés, les colonnes étaient peints en rouge, bleu et jaune : les dorures étaient prodiguées.
La colonne ionique (hauteur neuf diamètres), repose sur une base ronde, sans plinthe, qui comprend deux tores séparés par une scotie ou moulure creuse. Les cannelures du fût sont moins profondes que dans la colonne dorique, et séparées par des baguettes plates. Le chapiteau a deux traits caractéristiques : Yabaqiie qui est très petit, et les volutes, moulures en spirale qui cachent en partie Véchine ornée de palmettes, tresses, oves et perles. Varchitrave est divisée en trois faces superposées.
Enfin, la colonne corinthienne (hauteur dix diamètres) ressemble, pour la structure de sa base et de son fût cannelé, à la colonne ionique. Mais le chapiteau prend, immédiatement au dessus de Vastragale, la forme d'un calice composé de hautes feuilles d'acanthe; des hélices, volutes et caulicoles soutiennent un tailloir plus mince que dans le dorique, et échancré au lieu d'être rectangulaire comme dans les deux
autres ordres. Enfin Ventablement est à peu de chose près celui de l'ordre ionique.
La manière la plus simple et la plus naturelle de réunir les colonnes avec le corps entier du temple consiste à supprimer Tune des quatre murailles, celle de l'Est, où se trouve l'entrée. Les Grecs appelaient le temple construit sur ce modèle Iv irapaorÀ^tv, car les colonnes y étaient placées entre deux piliers frontaux ou antes {napnTcû^t;) terminant les deux murs latéraux. Une plus savante disposition des colonnes fait donner au temple le nom de prostyUy s'il est pourvu d'un portique à colonnes sur la face antérieure; A'amphiprostyle, s'il a un semblable portique sur la face antérieure et sur la face postérieure; àe périptère, s'il est entouré de colonnes sur toutes les faces; de diptèrej si cette enceinte de colonnes est double, comme au temple d'Apollon Didyméen à Milet.
Les colonnes ioniques, quoique généralement employées en Asie-Mineure, l'étaient rarement en Grèce, sauf à l'intérieur des temples et pour les temples de petite dimension et très ornés. Quant aux colonnes corinthiennes, à peine connues avant le règne d'Alexandre, elles ne devinrent à la mode qu'à l'époque de la domination romaine.
Tandis que les temples étaient si splendides à l'extérieur, et, avec leurs larges degrés et leurs vastes portiques, si commodes pour la foule des adorateurs,
PETIT MANUEL D'ARGUÉOLOOIB S
rintériciir en était simple et sombre. L'intérieur d'un temple se divisait en trois parties : le pronaos ou vestibule, le naos, qui était par excellence la demeure de la divinité, Vopisthojiaos ou trésor, où l'on conservait les dons, objets précieux, etc. Il paraît établi aujourd'hui que les temples périptères, diptères et pseudo-périptèrca étaient htjpèthres, c'est-à-dire qu'une j)artie du naos était sans toiture; seule, la stiUue du dieu était abritée par un toit : le reste était ouvert pour donner passage au jour, laisser sortir l'encens et la fumée des sacrifices et permettre d'offrir les prières à la divinité en présence même du ciel. Quand le temple était vaste, une colonnade régnait dans l'intérieur de la ceZ/a, parallèlement à li colonnade extérieure. Cette colonnade intérieure supportait la toiture.
Les colonnades et les portiques qui ornaient les marches, les places publiques et les quais dans les ports de mer, étaient construits d'après le modèle des temples.
Fortifications et murailles. — A l'époque la plus reculée^ les murailles étaient construites de gros blocs informes juxtaposés. C'était là ce qu'on appelle les constructions cydopéennes : on en voit encore à TjTinthe. Plus tard, on employa des blocs polygonaux bien taillés et juxtaposés avec soin sur les faces extérieures de la muraille ; Tintérieur était comblé avec de la blocaille et du mortier. Cet appareil polygonal
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est parfois emboîté avec tant d'art qu'il est difficile, comme dans certains murs de Mégare, d'apercevoir les joints. Les murailles les plus solides sont celles d'Éleuthère, de Phylé, de Mcssène dont les pierres rectangulaires sont soudées avec du fer et du plomb, sans mortier. Ce mode de construction pourrait durer éternellement. Thucydide raconte qu'il fut employé pour les fortifications du Pirée. Mais, «n cet endroit, elles ont été détruites à dessein par la main des hommes, et c'est à peine s'il en reste aujourd'hui quelques vestiges.