‹ Petit manuel d'art, a l'usage des ignorantsChapitre 1 sur 117 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Des connaissances spéciales du jeune M. Lagouette.

Souvent, écoutant à demi le jeune M. Lagouette qui béatement s’écoutait, je lui reconnus.une opinion sur le mérite comparé des constitutions politiques; je vis qu’il jugeait d’une façon suffisante les différents modes d’entraînage,« les attaques» de Mérignac,« l’àpropos » de Robert, les romans de mœurs de M. Adolphe Belot, les comédies de caractère de M. Victorien Sardou, mais qu’il n’avait aucune opinion raisonnable sur les choses d’art. Et je pris ainsi l’envie de lui donner le goût de ces choses ignorées. Je sais qu’il y a un certain nombre de savants, écrivains spéciaux, ayant beaucoup écrit sur les styles et sur les écoles ; ils conduisent honnêtement, gravement, le lecteur à Munich, à Berlin, à Anvers, à Rome, à Madrid. Moi qui ai vu

TETIT MANUEL D'ART

la mer au Havre et l’Orient chez le peintre Gérôme, je conduisis le jeune M. Lagouette là tout près, au musée du Louvre, au musée du Luxembourg, et, en regardant, nous causions.

Un jour, le jeune Lagouette médit :

— - Après vous avoir écouté, qu’aurai-je appris?

— A vous taire sur ce que vous ignorez; ce sera un assez beau premier résultat.

Qu’il faut aussi bien respecter les belles déesses que les jolies femmes.

Au musée du Luxembourg, dans un long corridor sombre, on distingue vaguement des statues , ce qui est fait pour consoler les statuaires dont les œuvres ne sont pas acquises par l’Etat. Le jeune M. Lagouette examina de près, de tout près, les statues de déesses et

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