‹ Petit manuel d'art, a l'usage des ignorantsChapitre 2 sur 117 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

les statues de femmes ; je lui dis de s’éloigner un peu, qu’il jugerait mieux ainsi de l’ensemble; qu’il est irrévérent de regarder les déesses et les femmes sous le nez. En garçon docile, il recula d’un pas, d’un demi-pas.

Que la vue de la parfaite beauté a le pouvoir de rendre modeste.

J’aimais à appeler son attention sur Y Antinous et Y Hercule F arnèse ; cette vue me semblait de nature à disposer le jeune M. Lagouette à l’humilité. Je trouvai bien de citer l’opinion deM.de Montabert :

« Il n'y a pas sept merveilles; il n’y en a qu’une : l’art grec. »

Moi je lui dis :

— Il n’y a qu’une merveille : l’art.

Devant Y Hercule, le jeune Lagouette avait dit : Il est bien bâti.

En face de YAntinoüs : Il est bel homme.

TE TI T MANUEL D'ART

Arrivé à la Vénus de Milo, je lui donnai pour vraisemblable cette hypothèse, qui est mienne: « Le statuaire de la Vénus de Milo a lui-même mutilé son œuvre : sa déesse avait des bras de femme. »

Et sans tenir en grand mépris les déesses de théâtre, qui semblent, au dire des lyriques de feuilleton, sortir « palpitantes » du marbre de Paros, je pensai qu’un travail de comparaison allait se faire en ce petit cerveau entre la fermeté du marbre antique et le sein de marbre « frissonnant » des déesses modernes : frissonnant est ici un euphémisme.

Qu’il est bien pour l’ignorant de visiter les musées en compagnie d’une personne sensible aux choses d’art.

Il aimait à me poser une question de façon à m’embarrasser ; il me dit d’un ton sour-

nois :

Page 1