‹ Petit manuel d'art, a l'usage des ignorantsChapitre 17 sur 117 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

mettent à ma portée des beautés que mon âme est faite pour sentir, mais qui, faute d’instruction, ne pouvaient traverser mon esprit (i). » Malgré tout, Lagouette m’interrogeait :

— Et la grande question de la couleur et de la ligne ?

— Ce n’est pas une question, c’est une énigme. Un bon élève de M. Gérôme, lauréat de l’Ecole des beaux-arts, à qui il était demandé: — Etes-vous coloriste? a répondu :

— Je ne suis pas cabotin. Le meme jeune artiste, il est vrai, n’a pu dormir de toute une nuit après avoir vu une marine de Vollon. L’air vif venant de la pleine mer l’avait grisé, a-t-il dit.

Vivement poussé par Lagouette, je lui dis :

— Je consens à vous renseigner à l’occasion sur la technique artistique. Entendez cette langue un peu, ne la parlez pas du tout.

Lagouette était épris d’une certaine façon de dessiner, sans accent, académique. Je lui don-

(l) Histoire de la peinture en Italie , par M. B. A. A. — P. Didot aîné. M DCCCXVII.

PE TIT MANUEL D'ART

nai pour bonne cette définition de M. Alexandre de Saint-Chéron: « On dessine bien quand on montre par l’aspect d’une figure l’action qu’elle remplit, le sentiment qui l’anime; par celui d’un groupe, la diversité ou l’identité d’actions et de sentiments de toutes les figures qui le composent. »

— Et vous aimez Eugène Delacroix ?

— Je l’aime.

— Et vous aimez Ingres?

-- Je le respecte.

Je signalai à Lagouette ces lignes précises de M. Edmond About : Tableaux d’une excellente localité ; « c’est-à-dire que toutes les parties qui les composent sont prises au même endroit, éclairées de la même lumière, sans disparate , sans heurt, sans rien qui vienne rompre l’unité. »

Un jour, Lagouette me dit :

— Qu’entendez-vous par ceci : avoir du style?

Je répondis :

— C’est être dans un état innocent d’esprit.

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