CHAPITRE III
saute dans l’arène. J’étais bien mince et petit; on riait. Je ne riais pas, moi. J’attaque l’ours. Il pose sur mes épaules ses larges pattes et il pèse, — pas trop fort; — bonne bête! On disait : « Il est bon, le petit! » Le maître de l’ours dit un gros mot. L’ours se réveilla, et je tombai le nez dans la poussière; on me releva à demi suffoqué; mais les épaules n’avaient pas touché ! Cela ne vous semble-t-il pas être le duel de l’esprit et de la matière, le grand combat livré par l’artiste ?
Les peintres Bouguereau et Baudry.
— Suis-je un sot si je dis que M. Bouguereau est un grand peintre ?
— Un sot, non; un ignorant, oui.
— M. Bouguereau, l’auteur de ces séduisants tableaux tant regardés au Salon?
— Oui.
TETIT MANUEL D'ART
— M. Bouguereau, enfin î
— Il vend bien.
— Et M. Baudry ?
— Il peint bien. Heureux, ô Lagouette !
les artistes dont on peut dire avec raison ce qui a été dit de John Flaxman, le graveur et le statuaire anglais : Il s’est enrichi « innocemment. »
Deux mots sincères d’un élève de Gérôme. — Ce que c’est que bien dessiner. — Les bons livres d’art. — Un mot technique,— Définition du style.
Je savais Lagouette avide de formules, de ces formules qui dispensent de savoir et qui, produites habilement, font assez passablement illusion ; je lui fis lire ces lignes : « Les bons livres sur les arts ne sont pas les recueils d’arrêts à la Laharpe, mais ceux qui, jetant la lumière sur les profondeurs du cœur humain,