‹ Petit manuel d'art, a l'usage des ignorantsChapitre 20 sur 117 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

dit, rien que des grisailles ; apprenez à vous passer de la palette, et quand vous aurez réussi, saisissez la palette; tout vous sera aisé alors : vous aurez fait de la couleur avec du blanc et du noir; vous ferez facilement delà couleur avec de la couleur.

C’était un bien pauvre coloriste, ce théoricien chaleureux !

Un jour, je dis à Lagouette :

— Liriez-vous une étude sérieuse et dans son entier développement dont voici le titre : de V Influence des beaux-artî sur la civilisation ?

— Je ne la lirais pas.

De la tenue à garder et de la conduite à tenir au Salon.

— Vous dédaignez les bonnes gens qui, au Salon, rient bruyamment, s’appellent les uns les

VETIT MANUEL D'ART

autres à haute voix. Beau dédain! Mais vous qui prenez un air pénétré et dites à demivoix, de façon à être entendu cependant : Ah ! c’est un Corot! — Voilà un Gérôme ! — Un Meissonier ! vous n’êtes pas moins plaisant. Devant d’autres tableaux , vous dites: — Ce n’est pas de la peinture. — Qu'en savez-vous? Ou bien vous vous penchez sur une toile, vous vous absorbez dans la contemplation de l’œuvre, vous avez l’attitude de l’artiste étudiant les procédés d’un maître, et vous n’y entendez rien.

— - Mais...

— Vous n’y- entendez rien. Ce n’est pas la peinture qui vous attire, c’est le sujet, c’est aussi la beauté parlante d’une femme nue; et si vous vous laissez aller à admirer, froidement toujours, vous admirez misérablement la minutie du détail, le poil de l’homme et les crins du balai ; vous dites : « Il y a beaucoup de travail. » Retenez-vous de dire : ce T out y est, » quand rien n’y est. Ce qui est fini est une chose, ce qui est lisse en est une autre. Alors le principal manque, le ton juste, le mouvement

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