DK LA CRITIQUE ET DES CRITIQUES. — LETTRE INÉDITE DE M. SAINTE-BEUVE
Un critique de l’an VIII. — M. Victor Schœlcher, critique d’art. M. Louis Leroy. — M. Charles Blanc. — M. le marquis de Chennevières. — Mme Judith Mondes. — M. Jules Claretie. — M. Olivier Merson. — M. Paul Mantz. — M . Eugène Montrosier . — M. Paul de Saint- Victor. — M. Théophile Sylvestre. — M. Castagnary. M. Philippe Burty. — M. Théodore de Banville. — M. Albert Wolff. — M. Clément de Ris.
— J’ai lu souvent et souvent j’ai entendu ceci : Pour la critique spéciale il faut des hommes spéciaux, et il n’y a qu’un peintre, un statuaire, qui puisse, en connaissance de cause, raisonner peinture ou sculpture.
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— Est-ce vrai? est-ce juste? demanda Lagouette.
— Ce qu’un artiste de mérite pense d’un artiste de talent et de soi-même^ voilà ce qui a du prix, ce qu’il serait utile de connaître. Cette opinion intime de François Millet sur Jules Breton, de Baudry sur Bonnat, de Meissonier sur Gérôme, d’Henner sur Carolus Duran, ce qu’ils en disent n’a pas de valeur. Pensez du bien des tableaux que les peintres achètent. Un jeune sculpteur pressait gaiement Carolus Duran : — Vous ne ferez pas d’élève; c’est votre tempérament de coloriste qui vous tient lieu de science. — Vraiment! Eh bien, j’écrirai un livre sur la peinture. ■ — Nous attendons, mon maître.
Uncritiqued’artau mode plaisant, M. Louis Leroy, a fait un imprudent aveu. Il a dit : « Il y a vingt ans, il n’y avait que deux aquafortistes et demi; la demie, c’était moi ! » Ce qui fait penser à plusieurs personnes que la moitié d’un graveur suffit à faire un critique complet.
Voilà M. Charles Blanc rendu à la critique.