CHAPITRE V
VJ
Air : Non} 'vous n avez pas la parole.
Ce portrait fait autant d’honneur A l’artiste qu’à son modèle;
L’enthousiasme créateur De l’un et l’autre s’y décèle.
Pour moi, je crois que l’amateur Des arts a fréquenté l’école,
Et que si l’artiste eût voulu,
Sans se gêner il aurait pu Donner au portrait (bis) la parole. »
Un républicain^ M. Victor Schœlcher, parle en ces termes modérés, en i83o, du modeste tableau d’un inconnu :
« La vue de Loches a du mérite. Elle est bien entendue de composition et d’effet général; mais l’exécution, dépourvue de vigueur, décèle dans l’auteur une timidité contre laquelle de nouveaux efforts l’apprendront à se prémunir. »
JD’autres écrivains ont le ton plus âpre ; mais voici un jugement de critique à critique bien fait pour donner quelque consolation aux justiciables des porteurs de férule :
VETIT MANUEL D'ART
Ce 7 décembre 1860.
Cher monsieur,
Je vous remercie de toutes ces démarches dans l’intérêt de nos volumes.
Je regrette M. Prévost-Paradol comme homme d’esprit; M. Cuvillier- Fleury, à mes yeux, ne l’est guère. Ne faites, je vous en prie, aucune démarche pour le tâter. Le même empressement qui lui a fait jeter les hauts cris et arracher le livre des mains de son confrère lui fera faire l'article. Quant à moi, je ne le crains ni ne le désire. M. Cuvillier-Fleury est depuis vingt-cinq ans entre le %ist et le ^ est , sans avoir jamais pu se décider. Comme il désire être de l’Académie, il flatte de temps en temps et il gratte; comme il est par nature pédant et désagréable, il se remet ensuite à chicaner. Il a non pas une, non pas deux, mais par trois fois au moins, manqué à mon égard de tact et de convenance. C’est un maladroit, — je dirai mieux, un animal, en bon français. — Quoi qu’il dise et fasse, je ne le remercierai pas. Ainsi, laissons-le faire, et ne vous en souciez pas. Il a fait, comme on dit, plein ma tasse; un peu plus ou un peu moins de sucre n’y fera rien.
Pardon de ce détail.
Croyez-moi, cher monsieur, tout à vous.
Sainte-Beuve <