CHAPITRE VI
— Voici ce que je crois, Lagouette, mais, je vous le signale, un fervent chrétien assure que : inspiration, est un mot païen ; dites donc la grâce.
— La grâce, soit.
— Je ne crois pas que l’artiste puisse obtenir par des moyens factices autre chose que des résultats factices. Ce que je sais, c’est qu’il est possible de s’entraîner noblement. Que l’artiste prenne ses pinceaux en quittant la femme aimée. Toute émotion vive produit une commotion qui peut être utilisée dans le sens de l’impression ressentie. Un jour, j’avais donné cent sous à un pauvre homme; je rentre et j’écris une bonne page. Qui connaît la raison première d’une œuvre? Lorsque Tassaërt a jeté l’esquisse de l’C^om^qui est au musée du Luxembourg, peut-être venait-il de voir écraser un chien.
TE TI T MANUEL D'A RT
De la fantaisie.
— Je n'en médis point; j’aime la raison ; la fantaisie est le lit où je découche. Rien de plat comme la fantaisie moyenne. Le sens commun est une chose; la fantaisie, une autre; la sotte invention, qu’une fantaisie au mode tempéré ! Alors, on voit des coquins qui ne méritent la corde qu’à demi et des coquines sincères par instants. Si Ton m’annonce un invincible sacripant, ce n’est pas faireassez quedele montrer s’escrimant un contre quatre. Qu’un géant apparaisse, je veux que son front se perde dans les nuages. J’entends aussi qu’il déraisonne ; avec la raison, la force fait double emploi. Autrement, pas de fantaisie; la raison, la raison sévère ! Que d’un point de départ précis sorte une action nettement exposée; et que, par une déduction rigoureuse, le