CHAPITRE VII
les gens les moins laids d’entre nous, et la génération suivante prendrait bonne opinion de nos personnes médiocres : on nous jugerait sur ces spécimens agréables. Nous y gagnerions en considération. Vous êtes de petite taille, Lagouette ; ce ne serait rien si Ton montrait moins et si l’on utilisait mieux nos petits hommes ; c’est ainsi que j’en ferais des cavaliers : le cheval rend les petits hommes imposants. Je dispenserais des marches forcées les petites jambes. Tout un système de philosophie tient en ces derniers mots.
— Peut-être bien.
— Quand le bourgeois, engraissé, vieilli, ne ressemble plus à son portrait, il a des regrets; un peu plus, et il voudrait que son portrait fût « tenu à jour », ainsi qu’une biographie. Alorsl’artisteajouterait chaqueannée uneride,
ferait une éclaircie dans les cheveux; faute de
quoi on a un rival en son portrait de l’homme d’autrefois ; on vous oppose ainsi à vousmême : « Vous êtes aujourd’hui plus rouge et plus gras. » Que le bourgeois aisé y songe avant de se faire peindre, qu’il y songe longue-
TETIT MANUEL D'ART
ment. Mais s’ilsedécide, qu’il chasseles pensées basses pendant l’heure de pose ; qu’il ne se laisse point aller à un demi-sommeil ; qu’il tienne la pose comme un modèle d’atelier, mieux^ sinon rien de bien fait. Aux peintres je donne ce conseil : Si le modèle est apathique, qu\ine femme fasse entendre d’une pièce voisine de l’atelier le bruit particulier et charmant du froissement d’une robe de soie; cela donnera de la physionomie à la femme qui pose. Si le modèle est un homme, le moyen réussira aussi. Un enfant pose-t-il? à l’instant où il fait sa moue, un coup de sonnette, et le joli modèle est retrouvé. Que l’épreuve en soit faite. Si le peintre ne tient pas un compte bien exact de la forme du vêtement à la mode, c’est qu’il sait que les variations radicales dans la mode donnent une date au portrait. A son aise. Si le portrait est mauvais, c’est bien plus la faute du modèle que le tort du peintre. Le modèle a mal choisi le peintre ou, ayant bien choisi, n’a pas laissé toute liberté à l’artiste. Le modèle a le devoir d’être obéissant.
— Je n’ai à faire peindre ni père, ni mère,