‹ Petit manuel d'art, a l'usage des ignorantsChapitre 52 sur 117 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

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paraîtra à l’horizon. Dès que la tribune est vide, il s’y précipite et expectore aussitôt l’immense discours qu’il médite.

« Ce petit être, c’est M. Louis Blanc !

« Figaro, i5 janvier 1874.

« Signé : Albert Millaud. »

Paysage avec figures.

« Le jeune homme et la jeune fille marchaient à petits pas.

« Par une éclaircie de la forêt, on apercevait la campagne : c’était un magnifique tableau du printemps. La terre a vingt ans au mois de mai, elle en a quinze en avril; c’est l’instant du réveil, c’est pour tous l’heure d’être. Les arbres et les plantes croissent, et le sang, composé du fruit de ces arbres et du suc de ces plantes, fermente comme le vin lors de la floraison. Tout croît ou expire; il faut re-

TE Tl T MANUEL D'ART

verdir ou disparaître; tout fait un mouvement en avant. L’homme épuisé réserve pour cet instant un dernier souffle; il faut marcher, dût-on mourir de Leffort. C’est l’heure où le poète ramasse à ses pieds ses meilleures pensées, pensées de gloire, pensées d’amour, aussitôt cueillies, aussitôt enrubanées. Les animaux se dépouillent de leur toison pour laisser le soleil les inonder. Le poulain, qui vient de manger de jeunes pousses, a de fougueux élans; il échappe au garçon qui le tient en laisse. La jument, elle lente en ses mouvements, reste des heures indolente, puis, cinglée par une lanière invisible, se livre à une course effrénée et revient tomber palpitante, exténuée, près de son poulain, qui fait entendre alors de joyeux hennissements. La chèvre fait de petits bonds, des sauts capricieux, comme si elle avait brouté quelque herbe magique. On croirait que les arbres ont des veines et des artères, et qu’elles se gonflent sous le flux et le reflux du sang. Les lianes enlacent le pin et l’étreignent. C’est l’heure où la sève se fait jour- à travers

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