‹ Petit manuel d'art, a l'usage des ignorantsChapitre 63 sur 117 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

— Gomment avez-vous répondu?

— - En femme sensible.

Que penser ?

De Mlle Héloïse à une femme insensible, il y a la distance qui sépare une muette d’une femme qui ne parle pas toujours.

En passant devant un tableau de M. Ed. de Beaumont, elle dit : — Voilà un peintre qui ne prendrait pas une chandelle d’un sou pour un cierge.

Ce qui est vrai.

Je retins un instant Mlle Héloïse près d'un tableau d'Eugène Millet : ÏHeure de la leçon. Une jeune fille, debout devant un piano, regarde deux colombes amoureuses.

Les jeunes filles de Boucher et de Watteau aimaient aussi les oiseaux galants ; les jeunes filles ont toujours épié les colombes. La jeune fille pâle du tableau d’Eugène Millet est songeuse ; elle jouera tout à l’heure quelque mélodie tendre, en effleurant les touches et laissera , distraite , s’éteindre les sons, en regardant se becqueter les colombes.

T ET LT MANUEL D'ART

Et Mlle Héloïse allait toujours, cherchant la femme, cherchant l’amour.

Interrogée sur le pouvoir qu’avait pris sur elle un homme aimable. Mlle Héloïse avait répondu :

— Il me fait faire tout ce que nous voulons.

La dédaigneuse, je l’ai su, a eu une heure de sensibilité : le petit auteur, son ami, avait sans doute quelque rancune au cœur ; au demiaveu de Mlle Héloïse, il avait répondu par ce sixain irrévérent :

Vous plairait-il me tenir quitte Du paîment de tendre retour?

Bien mieux que la faim c’est l’amour Qui chasse le loup hors du gîte $

Cependant souffrez, cette fois,

Que je ne sorte point du bois.

La femme de théâtre se montrait par instants. Devant un tableau à soldats, elle dit :

— Ce sont là des batailles pour rire : le général en chef, c’est le premier ténor ; les soldats sont les coryphées, ils regardent de notre côté, ils connaissent quelqu’un à la galerie, ils sont contents d’être de la pièce.

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