CHAPITRE XV
nos peintres ont pu la peindre. Elle allait d’une toile à l’autre toile; et en passant elle vit plus d’une des héroïnes de la gueuserie galante, non point de ces filles déplaisantes, à baiser près de l’oreille, mais de belles filles avenantes et fières qui savent ce qu’elles valent, ce qu’elles coûtent; des filles belles à faire peur. Leur peintre les flatte : elles roulent, et c’est à croire qu’elles glissent.
Devant une Charmeuse de M. Georges de Dramard, une charmeuse nue, Mlle Héloïse s’écria : — Comment, après le péché!
L’étonnement naïf d’une Marguerite aux bijoux avaitamené ce mot sincère de Mlle Héloïse : — On ne surprend une femme qu’en ne lui donnant rien.
Comme elle s’étonnait de l’amour passionné d’un jeune homme pour une fille sans pudeur dont l’image elle-même arrêtait au Salon les passants, je lui dis : — De la ceinture de Vénus est fait le bandeau de l’amour heureux.
A l’homme le plus aimé, Héloïse dirait : — Moi, c’est la meilleure moitié de nous.
Mlle Héloïse montre du dédain pour les
TETIT MANUEL D'ART
scènes d’amour et les batailles : — Tout ça est faux, arrangé, dit-elle; ça ne se passe pas comme ça; les plus beaux spectacles n’ont pas de témoins ! La guerre ! l’amour! ça fait pitié ! Ce ne sont pas des amoureux les peintres ; le tête-à-tête est sans témoins. — Ce n’est pas ça, dit-elle de souvenir. — Les soldats n’ont pas de sang-froid au moment de l’action, ils s’appliquent à tuer. Il n’y a pas de bon peintre : les peintres sont des témoins à distance, des témoins à lorgnettes.
Devant les soldats de M. Alphonse de Neuville, cependant, les soldats des Dernières Cartouches■, Jules Vallès eût dit: « Ils embaumaient la poudre. »
Mlle Héloïse aimait-elle ? avait-elle aimé ? est-ce une fille tendre ?
— Quasi.
Interrogée sur le galant directeur de son théâtre, elle dit : — Nos yeux ne se sont jamais rencontrés.
Que croire ?
Quelqu’un lui avait dit l’aimer. On demanda à Mlle Héloïse :