UNE IGNORANTE AU SALON
Les portraits.
Mlle Héloïse s’arrêtait devant les portraits d’acteurs; elle disait leur nom tout haut, un peu trop haut. Elle prit aussi quelque plaisir à voir les bonnes têtes de gens bien portants, fleuris, charnus, bonnes gens non dissimulés, reposés, doux ; gens qui ronflent certainement ; bruyants éveillés, bruyants endormis, inoffensifs, tous braves gens.
TET JT MANUEL D’ART
Plusieurs peintres ont fait le portrait de leur médecin ; mais cela en pleine convalescence, sans élan, comme on acquitte, une fois guéri, la note du sauveur.
Le portrait de M. Mounet- Sully, par M . J .-B. Poncet, fut bientôt aperçu par Mlle Héloïse. M. Mounet-Sully tente de tout rendre, de tout peindre. Il cherche ses effets en pleine réalité crue. S’il dit : « Il fait froid, » ses membres sont agités par un tremblement douloureux. C’est ce que Mlle Héloïse admire en cet acteur consciencieux, volontaire. Je citai les morts célèbres au théâtre par leur réalisme : Mme Doche, dans la Dame aux Camélias ; Rachel en catalepsie, dans QAdrienne Lecouvreur ; les mortes au nez pincé, aux joues livides; enfin l’acteur anglais qui fait râler Roméo. Mlle Héloïse, dédaigneuse pour tous, et par M. Mounet-Sully charmée, dit : Lui, s’il joue la mort.. . il se décompose!...
Le portrait de M. Alexandre Dumas fils, par M. Dubufe, l’arrêta : M. Alexandre Dumas une plume à la main ! On dirait Descartes rêvant au Discours de la méthode , non